Lois relatives aux fondements de la Thora
Elles comprennent dix commandements : six commandements positifs et quatre commandements négatifs. En voici le détail :
- Savoir qu’il existe un D.ieu
- Ne pas imaginer qu’il existe un dieu autre que D.ieu
- Savoir qu’Il est Un
- L’aimer
- Le craindre
- Sanctifier Son Nom
- Ne pas profaner Son Nom
- Ne pas détruire les choses qui portent Son Nom
- Écouter le prophète qui parle en Son Nom
- Ne pas mettre à l’épreuve la parole divine qu’il transmet
Ces commandements sont exposés dans les chapitres ci-après.
« Je suis l’Éternel ton D.ieu ». C’est par cette Parole que s’ouvrent le Décalogue et la révélation du mont Sinaï, source de la Loi. Pour le Rambam, connaître l’existence de D.ieu est un commandement et non pas un article de foi qui précéderait les commandements. C’est le premier des commandements : « savoir qu’il y a une Existence première et que c’est elle qui fait venir à l’existence tout ce qui est ». C’est aussi « savoir qu’Il est nécessaire à tous les êtres créés, mais qu’aucun d’eux ne Lui est nécessaire ».
Le second principe est celui de l’Unité de D.ieu. D.ieu est Un et non composé. Ce qui implique bien sûr l’absence de toute corporalité chez D.ieu, infini et illimité. Le Rambam explique ainsi que toutes les références corporelles qui Lui sont attribuées dans la Bible ne sont que des anthropomorphismes, car « la Thora parle le langage des hommes ». Mais Lui n’est sujet à aucun des attributs liés au corps ni à aucune des émotions humaines. D.ieu est un, immuable et éternel.
La connaissance de D.ieu et de la grandeur de Son œuvre, la création, conduit nécessairement à L’aimer et à Le craindre. Ces deux derniers points sont aussi des commandements. En conséquence, le Rambam expose ici les principes de base de Maassé Beréchit, la connaissance du monde créé, dont la contemplation permet d’atteindre cet amour et cette crainte. Ces quatre premiers chapitres relèvent du Sod, de la dimension ésotérique de la Thora, appelée traditionnellement Pardess (littéralement : le verger) en référence au récit talmudique (‘Haguiga 14b) des quatre Sages qui « entrèrent dans le verger » dans ce sens métaphorique.
Le chapitre cinq porte sur la mitsva de Kidouch Hachem, la sanctification du Nom divin (et, à l’opposé, l’interdiction du ‘Hiloul Hachem, la profanation du Nom). Ce devoir est ainsi exprimé dans la Thora : « Et Je serai sanctifié parmi les enfants d’Israël ». Dans son Séfer Hamitsvot, le Rambam définit cette mitsva : Nous sommes tenus de répandre la foi de vérité dans le monde sans jamais avoir peur d’un danger. Même si un oppresseur nous oblige par la force à nier [notre foi en D.ieu], nous ne devons pas nous soumettre mais plutôt nous laisser tuer […] ». C’est en cela que consiste le commandement de la sanctification du Nom de D.ieu qui a été ordonné à tous les enfants d’Israël : plutôt se laisser tuer par un persécuteur pour l’amour du Saint béni soit-Il et pour notre foi en Son unicité. Autrement dit, la sanctification du Nom divin est la conséquence immédiate des commandements de foi, d’amour et de crainte évoqués aux chapitres précédents : la foi et notre amour pour D.ieu sont tels que nous sommes prêts à souffrir la mort plutôt que de Le renier. À l’opposé, le ‘Hiloul Hachem est la profanation du Nom divin. C’est l’agissement contraire à la conduite dictée par le Kidouch Hachem.
Le chapitre six traite du respect qui est dû à tout ce qui est associé au Nom de D.ieu. Ainsi, il est interdit de détruire toute inscription du Nom divin, des lieux de culte ou des livres sacrés. Comme l’explique le Séfer Ha’hinoukh, cette interdiction participe de la crainte de D.ieu. Il s’agit, par le respect porté aux lieux et aux objets associés à Son Nom, d’ancrer Sa crainte dans le cœur de chacun.
Enfin, les chapitres sept à dix portent sur un autre principe fondamental de la foi d’Israël : la notion de prophétie. Il s’agit de « savoir que D.ieu communique avec l’homme par la prophétie ». Cette communication avec D.ieu, sous forme de vision prophétique, peut être une révélation pour le prophète, qui grandit ainsi dans sa connaissance du Divin. Ce peut être aussi un message divin que le prophète doit transmettre à une population donnée. Le Rambam expose tout d’abord les qualités requises pour mériter la prophétie et le déroulement de la vision prophétique. C’est une mitsva de la Thora que de croire en la prophétie et d’écouter celui qui se réclame de cette qualité sur la base d’un signe qu’il accomplira, sous réserve qu’il remplisse les conditions nécessaires et qu’il ne vienne pas contredire la prophétie de Moïse. En effet, la foi en la prophétie de Moïse, qui fut d’ailleurs, dans son principe même, différente de celle de tous les autres prophètes antérieurs et ultérieurs, n’est pas fondée sur les signes et les prodiges qu’il accomplit. Comme l’explique le Rambam, le peuple juif fut le témoin direct de l’authenticité de la prophétie puisqu’il entendit au même moment la Parole divine qui s’adressait à lui. Dès lors, tout « prophète » qui démentirait la prophétie de Moïse serait regardé comme un faux prophète en dépit des nombreux signes et des prodiges qu’il pourrait accomplir.
Ce chapitre ouvert sur la prophétie conduit à une autre réflexion autour de l’éternité de la Thora, prophétie de Moïse : la Thora est une loi éternelle et immuable. Comme le montre le Rambam au chapitre neuf, le texte même de la Thora atteste à plusieurs reprises de ce statut éternel et de l’immuabilité de la loi. Aucune de ses 613 lois ne saurait donc être supprimée ou modifiée et rien ne saurait y être ajouté. Même si le prophète est autorisé sous certaines conditions à prendre des mesures de circonstances, celui qui remettrait en cause l’un des principes de la Thora ou même l’une de ses interprétations reçues par la tradition orale serait de ce fait même regardé comme faux prophète.
Chapitre un : L’existence et l’unité de D.ieu
Ce chapitre présente le fondement de tous les commandements de la Thora, qui est l’existence d’un D.ieu unique. Connaître l’existence de D.ieu est le fondement des fondements et le pilier des sagesses. On remarque que le Rambam n’emploie pas le terme croire, mais le terme « connaître », « savoir ». La foi, en effet, ne saurait faire l’objet d’un commandement. C’est donc là un sujet qui doit être étudié et acquis intellectuellement. Ainsi, le Rambam donne des détails concernant l’existence de D.ieu et conclut que savoir cela constitue un commandement positif (voir § 5). De même, la notion d’unité de D.ieu est précisée. L’affirmation de l’unité de D.ieu amène le Rambam à clarifier le sens des anthropomorphismes présents dans la Bible et à réaffirmer l’absence chez D.ieu de toute corporalité.
- Le fondement des fondements et le pilier des sagesses est de savoir qu’il existe une Existence Première et que c’est elle qui fait venir à l’existence tout ce qui existe. Toutes les choses existantes, du Ciel, de la Terre et ce qui est entre eux, ne sont venues à l’existence qu’en vertu de la vérité de Son existence.
- Supposons qu’Il ne soit pas existant, rien d’autre ne pourrait exister.
- Supposons que tous les êtres en dehors de Lui n’existent pas, Lui seul demeurerait existant : Son existence ne serait pas annihilée par leur non-existence. Car Il est nécessaire à tous les êtres, mais eux – ni aucun d’eux – ne Lui sont nécessaires, béni soit-Il. C’est pourquoi, la vérité de Son existence n’est comparable à celle d’aucun d’entre eux.
- C’est là ce que dit le prophète: « L’Éternel, D.ieu, est vrai » ; Lui seul est vrai, et rien d’autre n’a de réalité semblable à la Sienne. C’est cette idée que la Thora exprime : « Il n’est pas d’autre à part Lui », c’est-à-dire « il n’est pas d’autre existence vraie, à part Lui, comme Lui ».
- Cette Existence est le D.ieu du monde, maître de toute la terre. Il dirige la sphère de l’univers avec une force qui n’a ni fin ni limite, une force n’a pas interruption. En effet, la sphère tourne perpétuellement, et il est impossible qu’elle tourne sans une cause qui la fasse tourner ; c’est Lui, béni soit-Il, qui la fait tourner, sans main ni corps.
- Savoir cela constitue un commandement positif, comme il est dit: « Je suis l’Éternel ton D.ieu ». Quiconque imagine qu’il existe un autre dieu hormis Lui transgresse un interdit, ainsi qu’il est dit : « Tu n’auras pas d’autre dieu devant Moi », et nie l’essentiel de la foi, car ceci est le principe fondamental dont tout dépend.
- Ce D.ieu est Un. Il n’est pas deux ni plus, mais Un, d’une unité à laquelle aucune des unités qui existent dans le monde ne peut être comparée, c’est-à-dire qu’il n’est pas un comme l’unité de l’espèce qui comprend de nombreuses unités, ni un comme l’unité d’un corps subdivisé en différentes parties et dimensions. Mais c’est une unité qui ne trouve aucun autre type d’unité similaire dans le monde. S’il y avait de multiples déités, elles seraient corporelles, car des entités qu’on peut compter et qui sont égales quant à leur existence, ne se distinguent l’une de l’autre que par des faits qui affectent les corps. Et si le Créateur était corporel, il serait fini et limité, car il est impossible qu’un corps soit infini ; et tout être dont le corps est fini et limité, sa force est aussi finie et limitée. Or, notre D.ieu, béni soit Son Nom, étant donné que Sa force est infinie et ininterrompue – puisque la sphère de l’univers tourne perpétuellement – Sa force n’est pas une force corporelle. Et dès lors qu’Il est incorporel, Il n’est pas sujet aux propriétés du corps pour qu’Il soit distingué d’un autre. C’est pourquoi il est impossible qu’Il soit autrement qu’Un. Savoir cela constitue un commandement positif, comme il est dit : « l’Éternel est notre D.ieu, l’Éternel est Un ».
- Il est expressément indiqué dans la Thora et les Prophètes que D.ieu est dépourvu de corps et de forme physique, ainsi qu’il est dit: « que l’Éternel est D.ieu dans les cieux en haut et sur la terre en bas » ; or, un être corporel ne peut être simultanément à deux endroits. Il est dit aussi: « car vous n’avez vu aucune apparence ». Et il est dit: « À qui m’assimileriez-vous, à qui ressemblerai-Je ? » ; or, s’Il était corporel, Il ressemblerait aux autres corps.
- Puisqu’il en est ainsi, quel est donc le sens de ce ces expressions que l’on trouve dans la Thora : « Sous Ses pieds», « écrites du doigt de D.ieu », « la main de l’Éternel », « les yeux de l’Éternel», « les oreilles de l’Éternel » et autres expressions semblables ? Tous ces anthropomorphismes se rapportent à l’esprit humain, qui ne reconnaît que les réalités corporelles, et la Thora s’est exprimée dans le langage de l’homme. Ainsi, ce sont tous des termes descriptifs, comme l’indique clairement le verset : « J’aiguiserai l’éclair de Mon glaive ». En effet, a-t-Il un glaive et exécute-t-Il avec un glaive ? C’est donc une métaphore, et de même toutes ces expressions sont à prendre dans un sens métaphorique. La preuve en est qu’un prophète dit avoir vu le Saint Béni soit-Il « portant un vêtement blanc comme la neige », et un autre dit L’avoir vu avec « des vêtements teints de rouge de Bassora ». Moïse lui-même Le vit sur la mer comme un Puissant engagé dans la bataille et au Sinaï comme un officiant enveloppé de son châle de prière. Cela pour dire qu’Il n’a ni image, ni forme, toutes ces apparitions ne relevant que de la vision prophétique. Mais la réalité de l’existence de D.ieu ne peut être appréhendée et sondée par l’esprit humain. C’est là ce que dit le verset: « Peux-tu, en cherchant, trouver D.ieu, trouver la perfection du Tout-Puissant ? »
- Que Moïse demanda-t-il donc à apercevoir, quand il dit: « Montre-moi, de grâce, Ta gloire » ? Il demanda à connaître la réalité de l’existence du Saint béni soit-Il, de sorte qu’elle soit saisie dans son esprit, comme l’on connaît un homme dont on a vu le visage et dont on a l’image gravée dans l’esprit, ce qui permet de le distinguer des autres hommes. Ainsi, Moïse voulut que la réalité de l’existence de D.ieu soit perçue dans son esprit de manière à être distinguée des autres êtres existants, au point qu’il connaisse la réalité de Son existence, telle qu’elle est. D.ieu, Béni soit-Il, lui répondit qu’il n’est pas dans le pouvoir d’un être humain vivant, composé d’un corps et d’une âme, de saisir pleinement cette réalité. Néanmoins, le Saint béni soit-Il lui donna à connaître ce que personne ne connut avant lui ni après lui, de sorte qu’il perçut, dans une certaine mesure, la réalité de Son existence, et le Saint béni soit-Il devint, dans son esprit, distinct des autres êtres comme l’on distinguerait des autres un homme que l’on a vu de dos et dont on a saisi du regard tout le corps et l’habillement. C’est à cela que l’Écriture fait allusion en disant: « Tu Me verras par derrière, mais Ma face ne peut être vue ».
- Dès lors qu’il a été clairement établi que D.ieu est dépourvu de corps et de forme physique, il est tout aussi clair qu’aucun des faits qui affectent les corps ne saurait lui être attribué : ni jonction ni séparation, ni lieu ni mesure, ni montée ni descente, ni droite ni gauche, ni avant ni arrière, ni position assise ou debout. Il ne s’inscrit pas non plus dans le temps pour avoir un début, une fin ou un nombre d’années. Il ne subit aucun changement puisqu’il n’y a rien qui puisse causer un quelconque changement en Lui. Il n’est sujet ni à la mort, ni à une vie semblable à la vie du corps. On ne peut lui attribuer ni folie ni sagesse semblable à la sagesse d’un homme sage, ni sommeil ni éveil, ni colère ni rire, ni joie ni tristesse, ni silence ni parole semblable à la parole humaine. Voici ce que les Sages ont dit : « il n’y a en haut ni position assise ni position debout, ni séparation ni jonction ».
- Dès lors qu’il en est ainsi, toutes ces expressions et autres similaires qui sont employées dans la Thora et dans les paroles des Prophètes relèvent toutes de la métaphore et du langage figuré. Comme ce qui est dit: « Celui qui siège dans les cieux rira », « Ils m’ont mis en colère avec leurs vanités », « comme l’Éternel s’était plu», et autres versets semblables. Concernant tout cela, les Sages ont dit : « La Thora a parlé le langage de l’homme ». De même il est dit : « Est-ce Moi qu’ils mettent en colère ? » Voilà qu’il est dit : « Moi, l’Éternel, Je n’ai pas changé ». Or, s’Il était tantôt en colère tantôt en joie, Il serait sujet aux changements. Mais tous ces phénomènes n’existent que chez les êtres corporels, obscurs et bas, qui habitent des maisons d’argile, dont le fondement est dans la poussière. Mais Lui, béni soit-Il est exalté et élevé au-dessus de tout cela.
Chapitre deux : Connaître D.ieu et Ses œuvres
Les trois chapitres qui suivent se rapportent au commandement d’aimer et craindre D.ieu. C’est en Le connaissant et en connaissant Ses œuvres qu’il est possible de percevoir Sa grandeur et d’atteindre ces sentiments. On souligne ici ce qu’il appartient à l’homme de faire dans sa relation avec D.ieu : méditer, entreprendre sur ces sujets une réflexion profonde. Cette démarche est fondamentale car elle conditionne la réalisation de ces commandements que sont l’amour et la crainte de D.ieu. Mais la connaissance de la Divinité n’est pas juste un moyen de parvenir à des sentiments, c’est aussi une finalité recherchée. Comme l’indique le Rambam dans le présent chapitre : « de cette manière tu connaitras Celui qui a dit et le monde fut ». Ces sujets sont donc fondamentaux car ils s’inscrivent dans le cadre du commandement de « connaître D.ieu » et sont donc les piliers sur lesquels se fondent tous les commandements de la Thora.
À la différence des chapitres trois et quatre qui portent sur la connaissance de l’œuvre de D.ieu dans le monde tangible, le chapitre deux s’intéresse à ce que les Sages ont qualifié de connaissance de « l’œuvre du Char céleste ».
- Ce D.ieu, honoré et révéré, c’est un devoir de L’aimer et de Le craindre, ainsi qu’il est dit: « Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu », et il est dit : « tu craindras l’Éternel ton D.ieu ».
- Quel est le chemin pour parvenir à L’aimer et à Le craindre ? Lorsqu’on méditera sur Ses œuvres et Ses créations grandes et extraordinaires, et que l’on y apercevra Sa sagesse qui est incommensurable et infinie, on aimera aussitôt D.ieu, on Le louera, on Le glorifiera et on concevra un immense désir de connaître le Grand Nom. Comme l’a dit David: « Mon âme a soif de D.ieu, du D.ieu vivant ». De même, lorsqu’on pensera à ces sujets, on reculera aussitôt, saisi de peur et de crainte, et l’on aura alors conscience d’être une créature petite, humble et obscure, qui se tient avec un esprit léger et insignifiant devant Celui dont la connaissance est parfaite, comme l’a dit David : « Lorsque je contemple Tes cieux, œuvre de Tes doigts… qu’est donc l’homme, que Tu penses à lui ». En conséquence, je vais exposer quelques grands principes concernant l’œuvre du Maître du monde qui, pour celui qui est doué de compréhension, seront une porte pour parvenir à aimer D.ieu, ainsi que l’ont dit les Sages, concernant l’amour de D.ieu : « De cette manière, tu connaîtras Celui Qui a dit et le monde fut ».
- Tout ce que D.ieu a créé dans son monde est divisé en trois parties: (1) les êtres terrestres composés de matière et de forme qui naissent et se décomposent constamment, tels les corps des êtres humains, des animaux, des végétaux et des minéraux. (2) Les êtres du ciel qui sont composés de matière et de forme, mais qui ne subissent pas de changement d’un corps à l’autre ou d’une forme à l’autre comme les premiers. Ils gardent pour toujours leur forme dans leur matière et sont inchangés. Ce sont les sphères et les astres : leur matière est différente des autres matières et leur forme différente des autres formes. (3) Les êtres qui sont pure forme sans matière, ce sont les anges. Les anges sont incorporels : ce sont des formes distinctes l’une de l’autre.
- Que signifie donc ce que disent les prophètes, quand ils affirment avoir vu un ange de feu avec des ailes ? Toutes ces descriptions relèvent de la vision prophétique et de l’allégorie, pour exprimer l’idée qu’un ange n’est pas corporel et n’a pas de gravité comme les corps pesants. Tout comme, par exemple, il est dit: « Car l’Éternel ton D.ieu est un feu dévorant » ; Il n’est pas feu, c’est seulement une métaphore. Et comme encore il est dit : « Il fait ses anges des vents ».
- Dès lors qu’elles sont incorporelles, qu’est-ce qui différencie ces formes l’une de l’autre? La réponse est qu’elles ne sont pas égales quant au rang de leur existence : elles se situent l’une en dessous de l’autre et chacune existe par la force de celle qui est au-dessus d’elle ; mais toutes existent par la force du Saint béni soit-Il et Sa bonté. C’est à cela que le roi Salomon fit allusion dans sa sagesse quand il dit : « car l’un plus haut que l’autre domine ».
- Ce que nous avons dit au § précédent, « l’une en dessous de l’autre », ne doit pas être compris du point de vue de la hauteur dans l’espace, tel un homme qui serait assis plus haut qu’un autre. En fait, ce terme est à prendre dans un sens hiérarchique, comme on dirait de deux sages, dont l’un dépasse l’autre en sagesse, qu’il est « supérieur à l’autre » ou comme on dirait de la cause qu’elle est supérieure à son effet.
- Les différents noms des anges reflètent leur degré. Ils sont pour cela appelés : ‘Hayot Hakodech – ceux-là sont supérieurs à tous les autres– Ofanim, Erelim, ‘Hachmalim, Serafim, Mala’him, Elokim, fils d’Elokim, Kerouvim et Ichim. Ces dix noms qui désignent les anges reflètent leurs dix degrés. Le plus haut degré qui n’a pas de supérieur si ce n’est le degré de D.ieu, béni soit-Il, est celui de la forme appelée ‘Hayot. C’est pourquoi, il est dit dans les texte prophétiques que ces anges sont situés en dessous du Trône de gloire. Le dixième degré – le plus inférieur – est celui de la forme appelée Ichim : ce sont les anges qui communiquent avec les prophètes et qui leur apparaissent dans la vision prophétique. Aussi sont-ils appelés Ichim (« Hommes »), car leur niveau se rapproche de celui de l’esprit humain.
- Toutes ces formes sont vivantes et reconnaissent le Créateur, elles Le connaissent d’une connaissance immense, chaque forme selon son degré, mais aucune ne Le connaît selon Sa véritable grandeur. Même la forme la plus élevée ne peut appréhender la réalité du Créateur tel qu’Il est, son intelligence étant trop limitée pour Le saisir et Le connaître. Néanmoins, sa perception et sa connaissance sont supérieures à celles de la forme inférieure en rang. Et ainsi de suite chaque forme, jusqu’à la dixième : cette dernière aussi connaît le Créateur d’une connaissance que l’humain, fait de matière et de forme, n’a pas le pouvoir d’atteindre. Aucune de toutes ces formes ne connaît le Créateur tel qu’Il Se connaît Lui-même.
- Tous les êtres existants, à l’exception du Créateur, depuis la forme la plus élevée jusqu’au petit moustique sur la surface de la terre, sont venus à l’existence par la force de la réalité de Son existence. Et puisqu’Il se connaît Lui-même et a connaissance de Sa grandeur, Sa splendeur et Sa vérité, Il connaît tout et rien ne Lui est caché.
- Le Saint béni soit-Il a connaissance de Sa vérité et la connaît telle qu’elle est. Il ne connaît pas par une connaissance qui est extérieure à Lui, à la manière dont nous connaissons les choses. Car notre connaissance ne fait pas un avec nous-mêmes; mais le Créateur, béni soit-Il, Lui, Sa connaissance et Sa vie ne font qu’Un en tout point, sous tous les angles et dans chaque mode d’unité. S’il vivait par une vie et connaissait par une connaissance extérieures à Lui, il y aurait une pluralité de dieux : Lui, Sa vie, Sa connaissance. Mais il n’en est pas ainsi : Il est Un en tout point, sous tous les angles et dans chaque mode d’unité. En conséquence, tu diras : Il est Celui qui connaît, Celui qui est connu et la Connaissance elle-même : tout cela ne faisant qu’un. La bouche n’est pas en mesure d’exprimer une telle idée, ni l’oreille de l’entendre ni l’esprit de l’appréhender pleinement. C’est pour cela que la langue sainte dit: « par la vie du Pharaon! », « par la vie de ton âme! », mais pas « par la vie de D.ieu ! ». On dit, au contraire, « par le D.ieu vivant! », car le Créateur et Sa vie ne sont pas deux choses distinctes comme la vie des corps vivants ou comme la vie des anges. C’est pourquoi, Il connaît et appréhende les créatures non pas du fait des créatures, comme nous les connaissons, mais du fait de Lui-même. Aussi, parce qu’Il se connaît, Il connaît tout, car l’existence de tout découle de Lui.
- Ces principes que nous avons exposés au cours ces deux chapitres ne sont qu’une goutte dans l’océan comparé à ce qu’il faudrait expliquer sur la question. L’exposé de tous les principes fondamentaux abordés dans ces deux chapitres est ce qu’on appelle Maassé Merkava.
- Les Sages des premiers temps ont enjoint de n’exposer ces notions qu’à un seul homme à la fois. Encore faut-il qu’il soit sage et qu’il comprenne par sa propre intelligence. Alors on lui en transmettra seulement les premiers éléments et lui par sa propre intelligence en comprendra la conclusion et pénètrera le sujet dans sa profondeur. Ces notions sont extrêmement profondes et il n’est pas donné à tout esprit de les appréhender. À ce propos, Salomon dit, par allégorie : « Des brebis (כבשים) donneront la laine pour ton vêtement », allégorie que les Sages ont ainsi expliquée : « des choses qui forment le mystère (כבשונו) de l’univers seront sous ton vêtement », c’est-à-dire pour toi uniquement et tu ne les exposeras pas publiquement. À ce sujet, Salomon dit encore : « Réserve-les à toi seul, et non pour l’étranger avec toi ». Et Il dit aussi : « Du miel et du lait sont sous ta langue », ce que les Sages des premiers temps ont expliqué ainsi : « les choses de la sagesse ésotérique qui sont douces comme le lait et le miel devront rester sous ta langue ».
Chapitre trois : Les sphères célestes et les quatre éléments
Le précédent chapitre a abordé la connaissance de D.ieu et de Ses œuvres. Le Rambam a divisé la création en trois parties : les êtres immatériels (anges), les êtres composés de matière et de forme mais non sujets à changement (les sphères et les astres célestes) et les êtres terrestres qui se modifient constamment. La première catégorie a déjà été exposée. Le présent chapitre s’intéresse à la seconde, celle des sphères et astres célestes. Le Rambam expose aussi à la fin de ce chapitre les quatre éléments dont sont composés tous les êtres terrestres. Ces êtres et leurs propriétés feront quant à eux l’objet du chapitre suivant.
- Les sphères sont appelées dans la Bible cieux, firmament, demeure, et hauteurs célestes. Il y a neuf sphères : la plus proche de nous est la sphère de la lune. La seconde qui est au-dessus est la sphère dans laquelle se trouve la planète Kokhav (Mercure). Dans la troisième sphère au-dessus se trouve la planète Noga (Vénus). Dans la quatrième sphère se trouve le soleil. Dans la cinquième sphère se trouve la planète Maadim (Mars). Dans la sixième sphère se trouve la planète Tsédek (Jupiter). Dans la septième sphère se trouve la planète Chabtaï (Saturne). Dans la huitième sphère se trouvent toutes les autres étoiles que l’on voit dans le firmament. La neuvième est une sphère qui fait un tour complet chaque jour d’est en ouest ; elle entoure et fait tourner toutes les autres. Si les astres donnent l’impression d’être tous dans la même sphère, bien qu’ils soient positionnés l’un plus haut que l’autre, c’est parce que les sphères sont pures et transparentes comme le verre et le saphir. Aussi les étoiles de la huitième sphère paraissent-elles en dessous de la première sphère.
- Chacune des huit sphères qui englobent les astres est divisée en plusieurs sphères, l’une au-dessus de l’autre, comme les tuniques – enveloppes superposées – d’un oignon. Certaines sphères tournent d’ouest en est, d’autres tournent d’est en ouest, comme la neuvième sphère qui suit un mouvement diurne d’est en ouest. Il n’y a aucun espace vide entre toutes ces sphères.
- Toutes ces sphères ne sont ni légères, ni pesantes. Elles ne sont ni de couleur rouge, ni de couleur noire ni d’une autre couleur. Si nous les voyons d’une couleur semblable à l’azur, ce n’est qu’une illusion optique due à la hauteur du ciel. De même, elles n’ont ni goût, ni odeur, car ces faits n’existent que chez les corps qui leur sont inférieurs.
- Toutes ces sphères qui entourent le monde sont rondes comme un globe, et la terre est suspendue au centre. Quelques-uns parmi les astres sont rattachés à des petites sphères qui n’entourent pas la terre. Mais une petite sphère qui n’entoure pas la terre est fixée à une grande sphère qui l’entoure.
- Les sphères qui entourent le monde entier sont au nombre de 18. Les petites sphères qui ne l’entourent pas sont au nombre de huit. À partir du mouvement des astres, de la mesure de leur rotation chaque jour et chaque heure, de leur inclinaison vers le nord ou vers le sud, et de leur hauteur par rapport à la terre, on peut connaître le nombre de ces sphères, le mouvement qu’elles décrivent et la nature de leur rotation. Ceci est la science de l’astronomie sur laquelle les savants grecs ont composé de nombreux ouvrages.
- La neuvième sphère, qui entoure toutes les autres, fut partagée en douze par les savants d’autrefois. À chaque partie, ils donnèrent un nom suivant la figure que les étoiles situées en dessous paraissent former. Ce sont les constellations, nommées : Bélier, Taureau, Gémeaux, Cancer, Lion, Vierge, Balance, Scorpion, Sagittaire, Capricorne, Verseau, Poissons.
- La neuvième sphère n’a elle-même aucune division, aucune de ces figures, aucun astre. Il s’agit en fait du regroupement des étoiles – des plus grandes étoiles – de la huitième sphère qui apparait sous l’aspect de ces figures-là ou sous une forme à peu près ressemblante. Ces douze figures ne correspondaient aux douze parties de la sphère céleste qu’à l’époque du déluge et c’est alors qu’on leur donna ces noms. Mais à l’époque actuelle, elles ont légèrement tourné, car toutes les étoiles de la huitième sphère tournent, comme le soleil et la lune, si ce n’est qu’elles tournent pesamment et non rapidement comme le soleil. Ainsi, l’angle parcouru par le soleil en un seul jour sera parcouru par chacune de ces étoiles en à peu près 70 ans.
- Parmi tous les astres visibles, certains sont petits de sorte que la terre est plus grande que chacun d’eux ; et d’autres sont si grands que chacun d’eux fait plusieurs fois la taille de la terre. La terre fait environ 40 fois la taille de la lune. Le soleil fait environ 170 fois la taille de la terre. Ainsi, la lune fait approximativement 1/6800 du soleil. Il n’existe pas parmi tous ces astres d’étoile plus grande que le soleil, ni de plus petite que Mercure qui se trouve dans la seconde sphère.
- Les astres et les sphères sont tous dotés d’une âme et sont doués de raison et d’intelligence. Ils sont vivants et connaissent Celui qui a dit et le monde fut. Ils louent et glorifient leur Créateur, chacun selon sa grandeur et selon son degré, comme les anges. Et de la même manière qu’ils connaissent le Saint béni soit-Il, ils se connaissent eux-mêmes et connaissent les anges qui sont au-dessus d’eux. L’intelligence des astres et des sphères est inférieure à celle des anges, mais dépasse celle des hommes.
- D.ieu a créé en dessous de la sphère de la lune une matière primordiale qui n’est pas comme la matière des sphères. Et Il a créé quatre formes pour cette matière, formes qui ne sont pas comme la forme des sphères. Chaque forme fut fixée à une partie de cette matière. La première forme, celle du feu, fut combinée à une partie de cette matière, et les deux ensemble formèrent le corps du feu. La seconde forme, celle du vent, fut combinée à une partie de cette matière, et les deux ensemble formèrent le corps du vent. La troisième forme, celle de l’eau, fut combinée à une partie de cette matière et les deux ensemble formèrent le corps de l’eau. La quatrième forme, celle de la terre, fut combinée à une partie de cette matière et les deux ensemble formèrent le corps de la terre. Il y a donc, en dessous du firmament, quatre corps distincts, l’un au-dessus de l’autre, et chacun entoure celui qui est en dessous de lui de tous les côtés, comme une sphère. Le premier corps, le plus proche de la sphère de la lune, est le corps du feu ; en dessous de lui le corps du vent ; en dessous de lui le corps de l’eau ; en dessous de lui le corps de la terre. Entre ces corps, il n’y a aucun espace vide.
- Ces quatre corps n’ont pas d’âme. Ils n’ont ni connaissance, ni perception, mais sont comme des corps morts. Chacun d’eux a un mode qu’il ne connaît pas et qu’il ne peut changer. Ce que David a dit : « Louez l’Éternel depuis la terre : monstres marins et profondeurs, feu et grêle, neige et », ne doit pas être compris comme un appel lancé aux éléments de la création à louer D.ieu puisqu’ils n’ont pas d’âme, mais en voici la signification : Hommes, louez-Le, pour les manifestations de Sa puissance que vous voyez dans le feu, la grêle et autres créations que vous apercevez en dessous du firmament et dont la puissance est visible pour celui qui est petit comme pour celui qui est grand.
Chapitre quatre : Les êtres terrestres et leur composition
Dernier de ces quatre chapitres consacrés à la connaissance de D.ieu et de Ses œuvres, le quatrième chapitre s’intéresse en particulier aux propriétés des êtres de ce monde et aux transformations auxquels ils sont sujets. Il traite aussi de la nature de l’âme humaine et du principe qui la caractérise : l’intelligence. Enfin, on trouvera, en guise de conclusion, des recommandations quant à l’étude des sujets portant sur la création et la Divinité.
- Ces quatre corps que sont le feu, le vent, l’eau et la terre, sont les éléments fondamentaux de tous les êtres créés qui se trouvent en dessous du firmament. Toutes les choses terrestres – hommes, animaux, oiseaux, rampants, poissons, végétaux, minéraux, pierres précieuses, perles, autres sortes de pierres de construction, montagnes, et mottes de terre – tous sont, quant à leur matière, composés de ces quatre éléments. Ainsi, tous les corps en dessous du firmament, hormis ces quatre éléments, sont une combinaison de matière et de forme, leur matière consistant en une combinaison de ces quatre éléments. Mais chacun des quatre éléments n’est qu’une combinaison de matière primordiale et de forme.
- La nature du feu et du vent est d’avoir un mouvement du bas vers le haut, de la surface de la terre vers le ciel. La nature de l’eau et de la terre est d’avoir un mouvement descendant, de dessous le ciel vers le centre, le centre du globe céleste – la terre – étant le point le plus bas. Leur mouvement n’est ni conscient, ni volontaire : c’est un mode qui leur a été fixé, une nature qui leur a été implantée. Le feu a une nature chaude et sèche, et il est plus léger que tous les autres éléments. Le vent est chaud et humide. L’eau est froide et humide. La terre est sèche et froide, et est plus lourde que tous les autres éléments. L’eau est plus légère qu’elle, c’est pourquoi elle se situe au-dessus de la terre. Le vent est plus léger que l’eau, c’est pourquoi il plane sur la surface de l’eau. Quant au feu, il est plus léger que le vent. Puisque ce sont les éléments fondamentaux de tous les corps qui existent en dessous du firmament, la matière de tout corps – de l’homme, du bétail, des animaux sauvages, de la volaille, des poissons, des végétaux, des minéraux ou de la pierre – est une combinaison de feu, de vent, d’eau et de terre. Ces quatre éléments se mélangent ensemble et chacun d’eux subit des changements au moment où il est mélangé, si bien que la chose qui est combinée des quatre éléments ne ressemble à aucun d’eux pris séparément. Et dans ce mélange il n’y a pas ne serait-ce qu’une partie qui serait du feu, de l’eau, de la terre, ou du vent tel que cet élément existe en soi. Plutôt, tous ces éléments se sont modifiés et sont devenus un autre corps. Tout corps composé de ces quatre éléments présente à la fois chaleur et froideur, humidité et sécheresse. Mais dans certains corps l’élément de feu est dominant – comme c’est le cas des êtres animés – et c’est pourquoi la chaleur y est plus apparente. Dans d’autres corps, comme les pierres, l’élément de terre est dominant et c’est pourquoi la sécheresse est leur principale caractéristique. Dans d’autres, l’élément d’eau est dominant et c’est pourquoi l’humidité y est plus apparente. De cette manière on trouvera un corps plus chaud qu’un autre corps chaud, ou un corps plus sec qu’un autre corps sec. De même on trouvera des corps où seule la froideur apparaît, des corps où seule l’humidité apparaît, des corps où apparaissent à la fois et de manière égale la froideur et la sécheresse, ou à la fois et de manière identique la froideur et l’humidité, ou à la fois et de manière identique la chaleur et la sécheresse, ou à la fois et de manière identique la chaleur et l’humidité. Selon l’importance de l’élément prépondérant de la composition, l’action et la nature de cet élément apparaîtront dans le corps composé.
- Tout ce qui est composé de ces quatre éléments finit par s’y résoudre. Certaines choses composées se décomposent au bout de quelques jours, d’autres après de nombreuses années. Toute chose composée de ces éléments s’y résoudra inévitablement. Même l’or et le rubis doivent inévitablement se décomposer et revenir à leurs éléments fondamentaux. Ainsi, une partie reviendra au feu, une partie à l’eau, une partie au vent, et une partie à la terre.
- Étant donné que tout ce qui périt se décompose et retourne nécessairement à ces quatre éléments, pourquoi fut-il dit à l’homme: « et tu retourneras à la poussière » ? Parce que sa structure est en majorité constituée de poussière. Chaque chose qui se décompose ne retourne pas de façon immédiate aux quatre éléments fondamentaux. Elle se décompose progressivement et devient autre chose qui, à son tour, change en autre chose et, au terme de ces changements, elle retourne à ses éléments fondamentaux. Et ainsi, toutes les choses suivent un cycle qui se répète sans cesse.
- Ces quatre éléments changent l’un en l’autre en permanence, chaque jour, chaque heure. Mais ce n’est qu’une partie d’eux qui change et non tout leur corps. Comment cela ? Par exemple, une partie de la terre qui est proche de l’eau change en se dissolvant et devient eau. De même, une partie de l’eau qui est proche du vent change en s’évaporant et devient vent. De même, une partie du vent qui est proche du feu change et donne du feu. De même, une partie du feu qui est proche du vent change en se solidifiant et devient vent. De même, une partie du vent qui est proche de l’eau change en se solidifiant et devient eau. De même, une partie de l’eau qui est proche de la terre change en se solidifiant et devient terre. Ce changement a lieu petit à petit, avec le temps. Un élément ne change jamais complètement, de sorte par exemple que toute l’eau devienne vent, ou tout le vent devienne feu, car il est impossible que l’un des quatre éléments disparaisse complètement. Mais seule une partie du feu deviendra vent ou vice-versa ; de même, on trouvera des changements mutuels entre l’un et l’autre de ces quatre éléments, dans un cycle perpétuel.
- Ces transformations des éléments sont dues à la révolution de la sphère, et c’est par sa révolution que les quatre éléments sont combinés ensemble et que naissent les corps des hommes, créatures vivantes, végétaux, pierres et minéraux. Et D.ieu donne à chaque corps la forme qui lui convient, par l’intermédiaire des anges de la dixième catégorie, appelée Ichim.
- Tu ne verras jamais de matière sans forme, ni de forme sans matière ; en fait, c’est le cœur de l’homme qui divise le corps existant dans son esprit et sait qu’il se compose de matière et de forme. Et il sait qu’il existe des corps, comme les objets et êtres de ce monde, dont la matière est composée des quatre éléments, et d’autres corps comme les astres dont la matière est simple et non composée d’une autre matière. Les formes sans matière, à savoir les anges, ne sont pas visibles à l’œil ; elles ne sont connues que par la « vue de l’esprit », de la même manière que nous connaissons le Maître de tout sans vision de l’œil.
- L’âme de toute chair est la forme que D.ieu lui a donnée. L’intelligence supérieure que l’on trouve dans l’âme de l’homme est la « forme » de l’homme dont l’intelligence est entière. Au sujet de cette forme, il est dit dans la Thora: « Faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance », c’est-à-dire doté d’une forme qui connaît et appréhende les intelligences immatérielles – comme les anges – au point de leur ressembler. Lorsqu’il dit : « à notre image », le verset ne parle pas des traits visibles que sont la bouche, le nez, les joues et les autres parties du corps, car cela est appelé toar (apparence). Il ne parle pas non plus du principe de vie (néfech) présent en chaque être animé, grâce auquel il mange, boit, se reproduit, ressent et pense. Mais il s’agit de l’intelligence, qui est la forme de l’âme humaine. C’est de cette forme de l’âme que l’Écriture dit : « à notre image et à notre ressemblance ». De nombreuses fois cette forme est appelée « âme » (néfesh) ou « esprit » (roua’h). C’est pourquoi, il faut prêter attention à ces termes qui ont plusieurs acceptions, afin de ne pas s’y tromper. On devinera la signification de chaque terme suivant le contexte dans lequel il est employé.
- La forme de l’âme n’est pas composée des éléments fondamentaux pour se décomposer en eux et elle ne résulte pas de l’énergie du principe de vie pour avoir besoin de ce dernier de la même manière que le principe de vie a besoin du corps. Mais elle est issue de D.ieu, du ciel. C’est pourquoi, lorsque le corps qui est composé des éléments fondamentaux se décompose et que la vie disparaît – parce qu’elle n’existe qu’avec le corps et dépend du corps dans toutes ses fonctions – cette forme ne sera pas retranchée, car elle n’a pas besoin pas de la vie physique pour ses fonctions. Elle connaît et perçoit les intelligences dépourvues de matière, elle connaît le Créateur de tout et continue d’exister pour l’éternité. C’est pour cela que Salomon dit, dans sa sagesse: « La poussière retournera à la terre, redevenant ce qu’elle était, et l’esprit reviendra à D.ieu Qui l’a donné ».
- Tout ce que nous avons exposé sur ce sujet n’est qu’une goutte dans un seau. Ce sont des notions profondes, mais qui ne sont pas de la même profondeur que les sujets exposés dans les chapitres un et deux, sous le titre de Maassé Merkava. L’exposé de toutes les questions abordées aux chapitres trois et quatre forme ce qu’on appelle Maassé Béréchit. Les Sages des premiers temps ont enjoint de ne pas exposer ces sujets en public, mais on les communique et on les enseigne à un seul individu en privé.
- Quelle différence y a-t-il entre les restrictions concernant l’enseignement de Maassé Merkava et de Maassé Béréchit ? C’est que Maassé Merkava n’est pas même exposé en privé à un seul individu, à moins qu’il soit sage et capable de comprendre par lui-même. On lui transmet alors seulement les premiers éléments et il comprendra de lui-même le sujet en profondeur. En revanche, Maassé Béréchit est enseigné individuellement, même si la personne qui reçoit n’est pas capable de tout comprendre par elle-même, on lui communique tout ce qu’elle est en mesure de comprendre sur ces questions. Et pourquoi n’enseigne-t-on pas Maassé Béréchit publiquement ? Parce que chacun ne possède pas la largesse d’esprit pour comprendre l’explication de toutes ces choses correctement.
- Lorsqu’un homme méditera sur ces idées et qu’il percevra la nature de toutes les créations – anges, sphères, hommes et autres – et qu’il verra à travers toutes ces formes et créatures la sagesse du Saint béni soit-Il, son amour pour l’Omniprésent grandira, son âme aura soif et sa chair sera passionnée d’amour pour l’Omniprésent, béni soit-Il. De plus, il sera saisi de peur et de crainte en considérant sa propre petitesse, sa pauvreté, et son insignifiance en comparaison à l’un des saints et grands corps, et a fortiori en comparaison à l’une des formes pures totalement immatérielles, et il se considérera comme un vase plein de confusion et de honte, vide et déficient.
- Les sujets abordés dans ces quatre chapitres en relation avec ces cinq commandements, sont ce que les Sages des premiers temps ont appelé Pardess (« le verger »), comme ils ont dit dans le récit rapporté dans le Talmud: « quatre sages entrèrent dans le Pardess ». Bien qu’ils fussent des grands d’Israël et d’éminents sages, ils n’avaient pas tous la capacité de connaître et de comprendre tous ces sujets clairement. Quant à moi, je dis qu’il ne convient de se promener dans le Pardess que pour celui qui a rempli son ventre de pain et de viande. « Pain et viande » font référence à la connaissance de ce qui est interdit et ce qui est permis, et autres règles semblables concernant les commandements de la Thora. Et bien que de tels sujets aient été assimilés à « une petite chose » par les Sages, qui dirent : « Une grande chose, c’est Maassé Markava ; une petite chose, ce sont les débats juridiques d’Abayé et de Rava », néanmoins, il convient de donner priorité à cette étude, car elle assoit l’esprit de l’homme. De surcroît, c’est l’immense bien dispensé par le Saint béni soit-Il afin de permettre une existence stable en ce monde en vue d’hériter de la vie du monde futur. De plus, tout un chacun peut connaître ces lois, petit comme grand, homme ou femme, doté d’un esprit large ou d’un esprit plus étroit.
Chapitre cinq : Sanctification du Nom de D.ieu
Ce chapitre expose un principe fondamental de la foi juive : la sanctification du Nom de D.ieu. Le principe est le suivant : lorsque la Thora ordonne de se laisser tuer plutôt que de commettre une certaine transgression sous la contrainte, celui qui accepte de mourir pour ne pas transgresser sanctifie le Nom de D.ieu. C’est là ce que dit le verset : « Et Je serai sanctifié au milieu des enfants d’Israël ». Le contraire s’appelle une profanation du Nom de D.ieu. Il existe une autre forme de sanctification du Nom de D.ieu : la conduite exemplaire d’un sage, qui conduit les autres à louer le Nom de D.ieu. À l’opposé, tout manquement dans son comportement est assimilé à une profanation du Nom de D.ieu.
- Tous les membres de la Maison d’Israël sont enjoints de sanctifier le Grand Nom de D.ieu, comme il est dit: « et Je serai sanctifié au sein des enfants d’Israël », et ont aussi l’interdiction de Le profaner, comme il est dit : « Et vous ne profanerez pas Mon saint Nom ». Comment cela ? Si un gentil force un juif à transgresser l’un des commandements énoncés dans la Thora sous peine de le tuer, le juif devra transgresser plutôt que de se laisser tuer, car il est dit, concernant les commandements : « que l’homme accomplira et il vivra par eux », ce qui veut dire qu’il doit « vivre par eux et non mourir par eux ». Et s’il meurt en se laissant tuer plutôt que de transgresser, il devra répondre de la perte de sa vie.
- Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Pour tous les commandements, excepté les interdits de l’idolâtrie, des unions illicites et du meurtre. Mais concernant ces trois fautes, si l’on dit à un juif: « Transgresse l’un d’eux ou on te tue », il se fera tuer plutôt que de transgresser. Dans quel cas dit-on qu’il faut transgresser les autres interdits plutôt que de se laisser tuer ? Lorsque le non juif recherche son propre profit, par exemple, s’il contraint le juif à lui construire sa maison ou à lui cuire son plat durant le chabbat ou s’il force une femme juive à avoir des rapports avec lui, ou ce qui est semblable. En revanche, si sa seule intention est de faire transgresser au juif les commandements, d’autres règles s’appliquent : si cela se passe en privé et non en présence de dix juifs, le juif transgressera plutôt que de se faire tuer. Mais si c’est en présence de dix juifs que le gentil tente de le forcer à transgresser, il se fera tuer et ne transgressera pas. Et ce, même si le gentil cherche à lui faire transgresser uniquement l’un des commandements autres que les trois susmentionnés.
- Toutes ces règles sont valables seulement à une époque exempte de persécutions religieuses. Mais en temps de persécutions, c’est-à-dire lorsqu’un roi scélérat comme Nabuchodonosor et ses pairs se lève et promulgue des décrets contre les juifs pour abolir leur religion ou l’un des commandements, on se fera tuer plutôt que de transgresser, même l’un des autres commandements que les trois susmentionnés, que cette contrainte soit exercée en présence de dix juifs ou en privé en la seule présence des non juifs.
- Si une personne, se trouvant dans une situation où il est prescrit de transgresser plutôt que de se faire tuer, s’est laissé tuer au lieu de transgresser, elle devra répondre de la perte de sa vie. Et si une personne, se trouvant dans une situation où il est prescrit de se laisser tuer plutôt que de transgresser, s’est effectivement laissé tuer et n’a pas transgressé, elle a sanctifié le Nom de D.ieu. Si les faits ont eu lieu en présence de dix juifs, elle a sanctifié le Nom de D.ieu publiquement, comme Daniel, ‘Hanania, Michael et Azaria, et comme Rabbi Akiva et ses pairs. Ce sont les martyrs exécutés par les autorités romaines, dont il n’est pas de plus haut niveau. À leur sujet, il est dit : « Mais pour Toi, nous subissons chaque jour la mort ; on nous considère comme des brebis destinées à l’abattage ». Il est dit également à leur sujet : « Rassemblez-moi mes pieux serviteurs, qui ont contracté Mon alliance par un sacrifice ». Et si une personne, se trouvant dans une situation où il est prescrit de se laisser tuer plutôt que de transgresser, a transgressé plutôt que de se faire tuer, elle a profané le Nom de D.ieu. Si les faits ont eu lieu en présence de dix juifs, c’est une profanation publique du Nom de D.ieu. En agissant de la sorte, elle a manqué à un commandement positif, qui est la sanctification du Nom de D.ieu et a transgressé un commandement négatif, qui est la profanation du Nom de D.ieu. Néanmoins, étant donné qu’elle a transgressé sous la contrainte, on ne lui inflige pas la flagellation et inutile de dire que le tribunal ne l’exécute pas, même si elle a commis un meurtre sous la contrainte. En effet, on ne condamne à mort ou à la flagellation que celui qui a transgressé de son plein gré, en présence de témoins et après avertissement. Car il est dit, concernant celui qui offre sa descendance à Molekh : « Je dirigerai Ma face sur cet homme ». La Tradition orale enseigne l’interprétation suivante : « cet homme » et non celui qui a agi sous la contrainte, ni celui qui a agi par inadvertance, ni celui qui a agi en étant induit en erreur par d’autres. Or, si, concernant le péché d’idolâtrie, qui est plus grave que tout, celui qui transgresse sous la contrainte n’est pas puni de retranchement, et inutile de dire de mort par le tribunal, a fortiori en est-il de même de celui qui transgresse sous la contrainte les autres commandements de la Thora. De même, dans le cadre des unions illicites, il est dit concernant la jeune fille liée matrimonialement (aroussa) qui a été violentée : « et à la jeune fille tu ne feras rien ». (Toutefois, s’il peut s’échapper et fuir l’autorité de ce roi scélérat mais ne le fait pas, il est comme « un chien qui retourne lécher sa vomissure». Il est alors considéré comme quelqu’un qui pratique délibérément l’idolâtrie : il est chassé du monde futur et descend au niveau le plus bas de la Géhenne).
- Si des gentils disent à un groupe de femmes : « Livrez-nous l’une d’entre vous, que nous allons souiller ; sinon, nous vous souillerons toutes », elles se feront toutes souiller plutôt que de leur livrer une seule âme d’Israël. De même, si des gentils disent à des juifs : « Livrez-nous l’un d’entre vous, que nous allons tuer ; sinon, nous vous tuerons tous », ils se laisseront tous tuer plutôt que de leur livrer une seule âme juive. En revanche, si les gentils spécifient la personne qu’ils veulent et disent : « Livrez-nous untel, ou nous vous tuerons tous », la règle suivante est appliquée : s’il s’agit d’une personne passible de mort, comme ce fut le cas de Cheva ben Bi’hri, ils peuvent leur livrer cette personne, mais a priori, on ne leur donnera pas une telle directive. Et si la personne demandée n’est pas passible de mort, ils se feront tous tuer plutôt que de leur livrer une seule âme juive.
- Les principes que les Sages ont énoncés concernant la transgression sous la contrainte s’appliquent aussi concernant une transgression en cas de maladie. Comment cela ? Si quelqu’un tombe gravement malade et que les médecins disent qu’il peut être guéri par un remède qui implique la transgression de l’un des interdits de la Thora, on fait le nécessaire. Lorsqu’il y a danger de mort, on peut traiter la maladie par tous les moyens nécessaires nonobstant les interdits de la Thora, exception faite de l’idolâtrie, des unions interdites (arayot) et du meurtre, interdictions auxquelles on ne peut en aucun cas déroger pour guérir une personne même lorsqu’il y a danger de mort. Et si le malade a transgressé l’interdit et a guéri, le tribunal lui applique la peine correspondant à sa faute.
- D’où savons-nous qu’aucune de ces trois fautes ne doit être commise, même en cas de danger de mort ? Car il est dit : « Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir ». L’expression : « de toute ton âme » veut dire même s’il te prend ton âme, c’est-à-dire ta vie. Quant au meurtre d’une personne d’Israël pour en guérir une autre, ou pour sauver une autre personne de son oppresseur, il est logique qu’on ne cause pas la perte d’une vie pour en sauver une autre. Et il en va de même pour les unions illicites, car la Thora a assimilé les unions illicites au meurtre comme il est dit : « Car comme un homme qui se lève contre son prochain et le tue, ainsi est cette chose-là ».
- Cette règle, selon laquelle les autres choses interdites ne peuvent servir de remède qu’en cas de danger de mort, s’applique uniquement lorsqu’il s’agit de profiter normalement de la chose interdite, par exemple, lorsqu’on donne à manger à un malade de la viande d’animaux interdits ou du pain levé (‘hamets) durant Pessa’h, ou qu’on lui donne à manger le jour du jeûne de Kippour. Mais lorsque les choses interdites ne sont pas utilisées de manière à en profiter normalement, par exemple, lorsqu’on fait à un malade un pansement ou un emplâtre à base de ‘hamets durant Pessa’h ou à base de fruits orla, ou qu’on lui donne à boire des substances amères mélangées à des choses interdites à la consommation, de sorte que son palais n’en tire aucune jouissance, l’utilisation des substances interdites est autorisée même lorsqu’il n’y a pas danger de mort. Sont exclus les produits issus de cultures hétérogènes dans un vignoble et les mélanges viande–lait cuits ensemble, lesquels sont interdits même lorsqu’ils ne procurent aucun profit. Aussi ne doivent-ils pas servir de remède, même s’ils ne procurent pas de profit, sauf en cas de danger de mort.
- Si un homme s’éprend d’une femme et tombe malade d’amour au point d’être en danger de mort, si bien que les médecins disent : « Il n’y a pas de remède pour lui si ce n’est qu’il ait des rapports avec elle », qu’il meure et qu’elle n’ait pas de rapports avec lui, même s’il s’agit d’une femme célibataire. Et quand bien même il lui faudrait seulement parler avec elle de l’autre côté d’un mur, on ne lui donnera pas une telle autorisation; mieux vaut qu’il meure plutôt que de lui donner une telle autorisation, afin que les filles juives ne soient pas traitées avec légèreté et qu’on en vienne à des mœurs licencieuses.
- Celui qui transgresse sciemment, sans y être contraint, l’un des commandements de la Thora avec dédain et par rébellion, profane le Nom de D.ieu. C’est pourquoi, il est dit au sujet du serment mensonger: « et tu profanerais le nom de Ton D.ieu, Je suis l’Éternel ». S’il a transgressé en présence de dix juifs, il a profané publiquement le Nom de D.ieu. Réciproquement, quiconque s’est abstenu de la faute ou a accompli une mitsva sans aucune motivation extérieure : ni peur, ni crainte, ni recherche d’honneurs, mais uniquement pour le Créateur, béni soit-Il, tout comme Joseph le juste s’est tenu à l’écart de la femme de son maître, celui-là a sanctifié le Nom de D.ieu.
- Il y a d’autres choses qui sont une profanation du Nom de D.ieu. Lorsqu’un homme éminent dans l’étude de la Thora et reconnu pour sa piété fait des choses qui suscitent les murmures des gens contre lui, bien qu’il n’y ait pas eu de transgression à proprement parler, il profane le Nom de D.ieu. Par exemple, s’il fait des achats et ne paye pas immédiatement alors qu’il en a les moyens, si bien que les vendeurs lui réclament leur dû et il atermoie ; ou s’il se livre à la plaisanterie ou mange et boit chez des ignorants et en leur compagnie ; ou si sa façon de s’adresser aux autres n’est pas douce et il ne reçoit pas chacun avec affabilité, mais est querelleur et irascible, et de même pour d’autres comportements similaires à ceux-là. Plus grand est le sage, plus il devra être pointilleux vis-à-vis de lui-même et agir au-delà de la stricte exigence de la loi. Réciproquement, si le sage est pointilleux envers lui-même dans son comportement, affable dans sa façon de parler aux autres, qu’il s’accorde avec les créatures et se montre bienveillant dans sa façon de les recevoir, ne répliquant pas aux affronts qui lui sont faits, respectant même ceux qui ne le respectent pas, qu’il est intègre dans ses affaires, qu’il n’accepte pas volontiers l’hospitalité des ignorants et ne fréquente pas leur compagnie, et qu’on ne le voit toujours qu’en train d’étudier la Thora, enveloppé de son talit et couronné des téfiline, agissant dans toutes ses actions au-delà de la stricte exigence de la loi – sans toutefois pousser à l’extrême et à l’extravagance – si bien que tous le louent, l’aiment, et aspirent à lui ressembler, il sanctifie le Nom de D.ieu. À son sujet, l’Écriture dit : « Et Il m’a dit : Tu es Mon serviteur, Israël, par lequel Je serai glorifié. »
Chapitre six : Le respect dû au Nom de D.ieu et aux choses sacrées
Le respect accordé au Nom de D.ieu concerne également les inscriptions de ce Nom. Ainsi, il est interdit d’effacer toute inscription du Nom divin. Il existe sept autres Noms qui, dans la Bible, désignent D.ieu et entrent dans le cadre de cet interdit.
- Quiconque détruit l’un des Noms saints et purs par lesquels on désigne le Saint Béni soit-Il est passible de la peine de flagellation prévue par la Thora, car il est dit, concernant l’idolâtrie: « et vous détruirez leurs noms de cet endroit ; vous n’agirez pas ainsi envers l’Éternel votre D.ieu ».
- Il y a sept Noms de D.ieu: le Nom écrit youd—hé—vav—hé (le Tétragramme). C’est le Nom explicite de D.ieu et il est également écrit alef–dalet–noun–youd. Les six autres Noms sont E-l, Elo-ha, Elo-him, Elo-haï, Cha-daï, Tseva-ot. Celui qui efface même une seule lettre de l’un de ces sept Noms est passible de la flagellation.
- Un préfixe du Nom divin, comme le lamed de לה׳, le beit de בא-להים ou autres préfixes semblables, n’a pas la même sainteté que le Nom et il est permis de l’effacer. Et un suffixe du Nom divin, comme le khaf de א-להיך, et le khaf mem de א-להיכם et autres suffixes semblables, ne peut pas être effacé : ses lettres sont considérées comme les autres lettres du Nom divin, parce que le Nom les sanctifie. Bien que les lettres du suffixe soient sanctifiées et qu’il soit interdit de les effacer, celui qui efface ces lettres adjointes au Nom n’est pas passible de la peine de flagellation prévue par la Thora ; toutefois, on lui administre makat mardout.
- Une fois que les lettres alef-lamed du nom E-lohim ou les lettres youd–hé du Tétragramme ont été écrites, elles ne peuvent pas être effacées. Et inutile de dire que si les lettres youd–hé ont été écrites en tant que nom en soi, elles ne peuvent pas être effacées parce que ce Nom – youd-hé – est sanctifié en tant que partie du Nom explicite. En revanche, si on a écrit les lettres chine et dalet du Nom Cha-daï ou bien les lettres tsaddi et beit du Nom Tseva-ot, elles peuvent être effacées.
- Les autres désignations par lesquelles le Saint béni soit-Il est loué, comme « Bienveillant », « Compatissant », « Grand », « Puissant », « Redoutable », « Fidèle », « Jaloux », « Fort » et autres désignations semblables, sont comme les autres écrits saints et il est permis de les effacer.
- Si un Nom divin est inscrit sur un ustensile, la partie où se trouve le Nom doit être coupée et enfouie. Même si le Nom est gravé sur un ustensile en métal ou en verre et qu’on fait fondre l’ustensile, c’est là un acte de destruction passible de la flagellation ; la seule solution est de couper la partie de l’ustensile où se trouve le Nom et de l’enfouir. De même, si un Nom divin est inscrit sur le corps d’une personne, elle ne devra ni se laver, ni s’enduire d’huile, ni se tenir dans un endroit souillé. Si l’occasion d’une immersion liée à une mitsva se présente à elle, elle enroulera un jonc sur le Nom et s’immergera. Si elle ne trouve pas de jonc, elle entourera son vêtement autour du Nom, sans toutefois trop serrer le jonc sur la peau, de manière à ne pas faire séparation entre l’eau et la peau, ce qui rendrait l’immersion invalide. Car la seule raison pour laquelle les Sages ont dit d’entourer la peau d’un jonc est qu’il est interdit de se tenir nu devant le Nom divin.
- Celui qui démolit ne serait-ce qu’une seule pierre de l’autel, du Heikhal ou du reste du parvis du Temple dans une intention destructrice est passible de la flagellation. Car il est dit concernant l’idolâtrie: « Vous démolirez leurs autels » et il est dit : « Vous n’agirez pas ainsi envers l’Éternel votre D.ieu ». De même, celui qui brûle du bois consacré pour le trésor du Temple dans un but destructif est passible de la flagellation, comme il est dit : « vous brûlerez leurs arbres sacrés (achéra) », et il est dit : « vous n’agirez pas ainsi envers l’Éternel votre D.ieu ».
- Tous les écrits saints de la Bible, leurs interprétations et leurs explications, il est interdit de les brûler ou de les détruire à la main. Celui qui les détruit directement se voit administrer makat mardout. Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Pour les écrits saints écrits par un juif avec une intention sainte. En revanche, un rouleau de la Thora écrit par un juif hérétique, on le brûle avec les Noms divins qu’il contient, car cet homme pas foi en la sainteté du Nom de D.ieu et ne l’a pas écrit dans cette intention sacrée, le considérant comme n’importe quel autre texte ordinaire. Puisque telle était son intention, le Nom qu’il a écrit n’est pas sanctifié ; c’est une mitsva de brûler un tel rouleau, afin de ne pas laisser de souvenir des hérétiques et de leurs actions. En revanche, si un gentil a écrit le Nom de D.ieu, on l’enfouit. Et de même, les textes saints qui sont devenus usés ou qui ont été écrits par un gentil seront enfouis.
- Tous les « Noms » mentionnés dans les sections de la Thora en rapport avec Abraham sont saints, c’est-à-dire qu’ils font référence à D.ieu. Même le Nom mentionné dans le verset: « Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux» est sacré. Tous les « Noms » mentionnés dans la Thora en rapport avec Loth sont profanes, à l’exception de celui-ci qui est sacré : « Oh, non ! Seigneur, voici donc Ton serviteur a trouvé grâce ». Tous les « Noms » mentionnés en rapport dans la Bible dans la section relative à la ville de Ghibea-en-Benjamin sont sacrés. Tous les « Noms » mentionnés dans la section relative à Micah sont profanes. Tous les « Noms » mentionnés dans la section relative à Navot sont sacrés. Toute mention du nom Chlomo dans le Cantique des cantiques est sacrée, c’est-à-dire qu’elle se rapporte à D.ieu et ce nom est considéré comme les autres désignations de D.ieu, exception faite de cette mention du nom Chlomo dans le verset : « à toi, Chlomo, les mille » qui a un sens profane puisqu’il fait référence au roi Salomon. À chaque fois que le terme « roi » est mentionné dans les paroles de Daniel, il a un sens profane, à l’exception de celui-ci : « Toi, ô, roi ! Le Roi des rois qui est le D.ieu du ciel t’a donné un puissant royaume », qui se rapporte à D.ieu et est considéré comme les autres désignations de D.ieu.
Chapitre sept : La prophétie
Savoir que D.ieu communique avec l’homme par la prophétie est l’un des fondements de la foi. Dans ce chapitre, le Rambam décrit la nature de la prophétie et les qualités requises pour y parvenir. Il fait aussi la distinction entre la prophétie en général et la prophétie de Moïse
- L’un des principes fondamentaux de la foi est que D.ieu communique avec l’homme par la prophétie. L’esprit prophétique ne repose que sur un homme sage qui se distingue par sa grande sagesse et la force de son caractère moral, qui n’est jamais dominé par son penchant, mais qui, au contraire, par ses facultés morales, en est toujours maître, un homme doué d’un esprit large et juste. Lorsqu’un homme, nanti de toutes ces qualités et physiquement sain, entre dans le Pardess, attiré par ces connaissances grandes et sublimes et doué de la justesse d’esprit requise pour comprendre et saisir les secrets abordés, qu’il se sanctifie et se sépare de la multitude qui chemine dans l’obscurité du temps, se dévouant avec empressement et s’exerçant à n’avoir aucune pensée liée aux futilités ou aux vanités et fantaisies du temps, mais au contraire, à avoir son esprit toujours libre et orienté vers des choses élevées comme s’il était lié sous le Trône de Gloire de D.ieu pour comprendre les intelligences saintes et pures, c’est-à-dire les anges, et qu’il contemple la sagesse du Saint Béni soit-Il à travers Sa création, depuis l’intelligence la plus élevée, les anges appelés ‘Hayot, jusqu’aux êtres créés à la surface de la terre, pour connaître à travers eux Sa grandeur, immédiatement l’esprit divin reposera sur lui. Lorsque l’esprit divin reposera sur lui, son âme sera mêlée au niveau des anges appelés Ichim, et il deviendra une autre personne. Il comprendra de lui-même qu’il n’est plus comme auparavant, qu’il s’est élevé au-delà du niveau des autres hommes sages. Comme il est dit, à propos de Saül : « tu prophétiseras avec eux, et tu deviendras un autre homme. »
- Il existe des prophètes de différents degrés. De même qu’en sagesse, un sage en dépasse un autre, de même dans le domaine de la prophétie, il existe des prophètes plus grands que d’autres. Tous les prophètes, à l’exception de Moïse, ne reçoivent la vision prophétique qu’à travers un rêve nocturne, ou le jour, après qu’un état de torpeur s’est emparé d’eux, comme il est dit : « Dans une vision Je Me ferai connaître à lui, dans un songe Je m’entretiendrai avec lui ». Quand ils reçoivent la prophétie, leurs membres tremblent, leur force physique disparaît, leurs pensées se troublent et leur esprit demeure ainsi disposé à saisir ce qu’ils voient. Comme il est dit, au sujet d’Abraham : « et voici qu’une angoisse sombre, profonde, pesait sur lui », et à propos de Daniel : « mon visage s’altéra jusqu’à en devenir livide, et mes forces m’abandonnèrent ».
- Les informations communiquées au prophète dans la vision prophétique lui sont communiquées sous une forme allégorique. L’interprétation s’imprime alors immédiatement dans son esprit, dans le cadre de la vision prophétique, de sorte qu’il est à même d’en saisir la signification. Telle la vision de l’échelle par Jacob notre père, avec des anges qui montaient et descendaient, métaphore pour l’ascension des empires et leur chute. De même, la vision des ‘Hayot par Ézéchiel, celle de la chaudière bouillonnante et du bâton d’amandier par Jérémie, la vision du rouleau d’Ézéchiel, et la mesure (épha) de Zacharie. Il en va de même des autres prophètes ; certains rapportent l’allégorie et son interprétation, comme ceux-là que l’on vient de citer, d’autres donnent uniquement l’interprétation. Et parfois, ils donnent l’allégorie seulement, sans son interprétation, comme c’est le cas de certaines paroles d’Ézéchiel et de Zacharie. Mais tous reçoivent la prophétie sous forme d’allégories et d’énigmes.
- Les prophètes ne prophétisent pas à tout moment où ils le souhaitent. Ils doivent concentrer leur esprit, et rester joyeux et de bonne humeur, isolés, car la prophétie ne repose pas dans un état de mélancolie ou d’indolence, mais au milieu de la joie. C’est pourquoi, les disciples des prophètes avaient luth, tambourin, flûte, et harpe, et ils recherchaient la prophétie. C’est le sens de l’expression : « s’adonnant à la prophétie », c’est-à-dire marchant dans la voie de la prophétie jusqu’à ce qu’ils prophétisent, comme l’on dit : « untel aspire à devenir grand ».
- Ceux qui cherchent à prophétiser sont appelés les « disciples des prophètes ». Bien qu’ils concentrent leur esprit, il est possible que la Présence divine repose sur eux tout comme il est possible qu’elle ne repose pas.
- Tout ce qui vient d’être dit s’applique à la prophétie telle qu’elle fut exercée par tous les prophètes, les premiers comme les derniers, à l’exception de Moïse notre maître, le maître de tous les prophètes. Quelle différence y a-t-il entre la prophétie de Moïse et celle de tous les autres prophètes ? (a) Tous les prophètes prophétisaient dans un rêve ou une vision, plongés dans un état de torpeur, alors que Moïse notre maître prophétisait tout en étant éveillé et debout, comme il est dit : « Quand Moïse entrait dans la Tente d’Assignation pour que D.ieu lui parlât, il entendait la Voix qui lui parlait. » (b) Tous les prophètes recevaient leur vision prophétique par l’entremise d’un ange, c’est pourquoi ils percevaient ce qui leur était donné de voir sous forme de métaphore et d’énigme, alors que la prophétie de Moïse notre maître ne lui était pas communiquée par l’intermédiaire d’un ange, ainsi qu’il est dit : « Je lui parle directement », et il est dit: « l’Éternel parlait avec Moïse face à face », et il est dit : « c’est l’image de D.ieu qu’il contemple », c’est-à-dire que la prophétie ne se présentait pas à lui sous la forme d’une image métaphorique, mais il voyait d’une perception claire, sans énigme ni métaphore. Ainsi, la Thora témoigne à son propos : « dans une vision et non dans des énigmes », ce qui veut dire qu’il ne recevait pas la prophétie sous forme d’une énigme mais d’une vision claire et lucide. (c) Tous les prophètes étaient pétris de crainte et d’effroi, et perdaient leurs forces lorsqu’ils prophétisaient, mais ce n’était pas le cas de Moïse. C’est ce que nous enseigne le verset : « comme un homme s’entretient avec un autre », c’est-à-dire de même qu’un homme n’est pas bouleversé lorsqu’il entend les paroles de son semblable, de même Moïse notre maître avait la force d’esprit suffisante pour comprendre les paroles prophétiques tout en restant en pleine possession de ses moyens. (d) Tous les prophètes ne recevaient pas la prophétie à tout instant où ils voulaient. Ce n’était pas le cas de Moïse : à tout moment où il le souhaitait, l’esprit divin le couvrait et la prophétie reposait sur lui. Il n’avait pas besoin de disposer son esprit et de s’y préparer, car il était déjà à tout moment disposé et prêt, comme les anges. Aussi pouvait-il prophétiser à tout moment, ainsi qu’il est dit : « Restez-là, que j’apprenne ce que l’Éternel ordonnera à votre égard ». C’est ce que D.ieu lui promit, comme il est dit : « Va, dis-leur de rentrer dans leurs tentes; et toi, reste ici avec Moi ». Tu apprends donc que, lorsque la prophétie les quittait, tous les prophètes retournaient à leur tente, c’est-à-dire à tous les besoins du corps, comme tout le monde, aussi ne se séparaient-ils pas de leur femme. En revanche, Moïse, notre maître, ne revint jamais à sa « tente » initiale, c’est pourquoi, il se sépara à jamais de sa femme et de tous les autres besoins physiques de même nature. Son esprit fut dès lors lié au Rocher éternel et la splendeur ne le quitta plus jamais, son visage devint rayonnant et il devint saint comme les anges.
- Il est possible que la prophétie soit octroyée à un prophète pour son seul bénéfice personnel, pour élargir son esprit et accroître son savoir au point qu’il connaisse ce qu’il ne connaissait pas concernant ces sujets sublimes qui lui ont été révélés. Et il est possible qu’un prophète soit envoyé auprès d’une certaine population, ou auprès des habitants d’une certaine ville ou d’un certain royaume, pour les orienter et leur enseigner de ce qu’ils doivent faire, ou pour les empêcher de commettre les mauvais agissements dont ils se rendent coupables. Lorsqu’il est envoyé en mission, un signe ou un miracle à accomplir lui est enseigné, afin que le peuple sache que c’est vraiment D.ieu qui l’a envoyé. Cependant, on ne croit pas quiconque accomplit un signe ou un miracle et dit être un prophète. Mais uniquement un homme, dont on sait déjà auparavant qu’il est apte à la prophétie par sa sagesse et ses actions qui le distinguent de tous ses semblables. Un tel homme, qui marche dans les voies de la prophétie, dans la sainteté et le renoncement aux futilités de ce monde, s’il vient ensuite et accomplit un signe ou un miracle, disant que D.ieu l’a envoyé, on a le devoir de l’écouter, ainsi qu’il est dit : « c’est lui que vous écouterez ». Certes, il est possible qu’il accomplisse un signe ou un miracle sans être prophète, et que ce signe cache en fait autre chose, de la sorcellerie par exemple, néanmoins, on a le devoir de l’écouter : dès lors qu’il s’agit d’un homme grand et sage, apte à la prophétie, on s’en remet à la présomption qu’il est un véritable prophète. En effet, c’est là ce qui nous a été ordonné, tout comme il nous a été ordonné de rendre un jugement sur la base du témoignage de deux témoins. Bien qu’il existe toujours la possibilité qu’ils aient fait un faux témoignage, étant donné qu’ils sont reconnus comme des témoins valables, on s’en remet à leur présomption d’honorabilité. Au sujet de ces questions et autres semblables, il est dit : « Les choses cachées appartiennent à l’Éternel, notre D.ieu ; mais les choses révélées importent à nous et à nos enfants », et il est dit : « l’homme ne voit que ce qui apparaît à l’œil, mais D.ieu regarde le cœur ».
Chapitre huit : Principe de la foi en la prophétie de Moïse
Savoir que D.ieu communique avec l’homme par la prophétie est l’un des fondements de la foi. Dans ce chapitre, le Rambam décrit la nature de la prophétie et les qualités requises pour y parvenir. Il fait aussi la distinction entre la prophétie en général et la prophétie de Moïse.
- Ce n’est pas en raison des signes accomplit par Moïse notre maître que les juifs eurent foi en lui : en effet, le doute persiste dans l’esprit de celui dont la foi se fonde sur des signes, car il est possible que le signe ait été accompli par des sortilèges ou de la sorcellerie. En fait, Moïse accomplit tous ces signes dans le désert pour répondre aux besoins du moment et non pour prouver la véracité de sa prophétie. Quand il fut nécessaire de noyer les Égyptiens, il ouvrit la mer et les y engloutit. Quand les Hébreux eurent besoin de nourriture, il fit descendre la manne. Quand ils eurent soif, il fendit pour eux le rocher. Lorsque l’assemblée de Kora’h dénia son autorité, la terre les avala. Et de même pour tous les autres prodiges. En vertu de quoi les juifs eurent-ils foi en Moïse ? La révélation du Sinaï. Car ce sont nos propres yeux qui ont vu et non ceux d’un étranger, nos oreilles qui ont entendu et non celles d’un autre : le feu, les sons et les éclairs ; Moïse approchait du brouillard et la Voix lui parlait, et nous entendions : « Moïse, Moïse, va, dis-leur ceci et cela ». De même il est dit : « Face à face D.ieu a parlé avec vous » et il est dit : « Ce n’est pas avec nos pères seulement que D.ieu a contracté cette alliance, mais avec nous-mêmes, nous qui sommes ici, aujourd’hui, tous vivants ». D’où savons-nous que seule la révélation du Sinaï constitue la preuve indubitable de l’authenticité de la prophétie de Moïse ? Car il est dit : « L’Éternel dit à Moïse : Voici, Moi-même, Je t’apparaîtrai au plus épais du nuage, afin que le peuple entende que c’est Moi qui te parle, et qu’en toi aussi, ils aient foi à jamais », ce qui indique qu’avant cette révélation, leur foi en lui n’était pas une foi établie à jamais, mais une foi laissant subsister le doute.
- Ainsi, les juifs auprès de qui Moïse fut envoyé furent les témoins de l’authenticité de sa prophétie, et il n’eut pas besoin d’accomplir d’autre signe pour la leur prouver, car ils en furent les témoins comme lui. C’est comme deux témoins ayant vu ensemble quelque chose, chacun d’eux est alors témoin que ce que l’autre dit est vrai et aucun d’eux n’a besoin de prouver à l’autre la véracité de ses paroles. De même, concernant Moïse notre maître, tous les membres du peuple d’Israël furent les témoins de l’authenticité de sa prophétie après la révélation du Sinaï : il n’eut pas besoin d’accomplir pour eux un autre signe. C’est là ce que D.ieu lui dit, au début de sa prophétie, lorsqu’Il lui indiqua les signes à accomplir en Égypte : « et ils écouteront ta voix ». Moïse notre maître savait qu’une foi fondée sur des signes n’est pas entière et laisse subsister le doute, et par conséquent, il esquivait, disant : « mais ils ne me croiront pas ». C’est alors que le Saint béni soit-Il lui fit savoir que ces signes n’étaient qu’une mesure temporaire, jusqu’à ce qu’ils quittent l’Égypte, et qu’après leur départ, lorsqu’ils se tiendraient sur cette montagne, les soupçons à son égard disparaîtraient. Car Il lui donnerait un signe par lequel les Juifs sauraient qu’il avait réellement été envoyé par D.ieu depuis le début, et aucun doute ne subsisterait en leur cœur. Tel est le sens du verset : « Ceci sera le signe que c’est Moi qui t’envoie : quand tu auras fait sortir ce peuple d’Égypte, vous servirez le Seigneur sur cette montagne ». Tu en conclus, concernant tout prophète postérieur à Moïse, que notre foi en lui ne saurait être fondée uniquement sur un signe, de sorte que nous dirions : « s’il accomplit un signe, nous écouterons tout ce qu’il dira ». En fait, nous ajoutons foi à ses paroles uniquement en raison du commandement prescrit par Moïse dans la Thora : s’il donne un signe, « vous l’écouterez », au même titre qu’il nous a ordonné de rendre un jugement d’après le témoignage de deux témoins, bien que nous ne sachions pas si leur témoignage est vrai ou faux. Ainsi, on a le devoir d’écouter ce prophète, bien que nous ne sachions pas si ce signe est authentique ou s’il relève de la sorcellerie et de sortilèges.
- C’est pourquoi, s’il se lève un prophète qui accomplit des signes et des miracles fabuleux, tout en cherchant à démentir la prophétie de Moïse notre maître, on ne l’écoutera pas et l’on saura avec certitude que ces signes qu’il a accomplis ne sont que sortilèges et sorcellerie. Car la foi en l’authenticité de la prophétie de Moïse n’est pas fondée sur des miracles, pour que l’on compare les miracles de celui-ci à ceux de celui-là ; en fait, la prophétie de Moïse, nous l’avons vue de nos propres yeux et nous l’avons entendue de nos propres oreilles, lors de la révélation du Sinaï, comme lui. À quoi cela ressemble-t-il ? À des personnes qui viendraient témoigner devant un homme que les faits que ce dernier a observés de ses propres yeux n’ont pas eu lieu. Celui-ci ne les écouterait pas et saurait avec certitude que ce sont de faux témoins. C’est pourquoi, la Thora dit que, quand bien même « s’accomplirait le signe ou le miracle, etc. tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète», car celui-ci cherche par ce signe ou ce miracle à dénier ce que tu as vu de tes propres yeux. Et dès lors que nous n’ajoutons foi au signe accompli par un prophète comme gage de son authenticité qu’en vertu du commandement que Moïse nous a prescrit, comment pourrions-nous donc accepter ce signe, par lequel il vient démentir la prophétie de Moïse, que nous avons vue et entendue !
Chapitre neuf : Éternité et immuabilité de la Thora
De ce qui a été dit au chapitre précédent concernant la prophétie de Moïse, découle un autre article de foi : l’éternité et l’immuabilité de la Loi. Tout homme qui, s’affirmant prophète, remettrait en cause les paroles de la Thora ou ajouterait ou retrancherait un commandement serait regardé comme faux prophète. À partir de là, le Rambam s’interroge sur la mission des prophètes ultérieurs et sur le pouvoir de leurs décisions.
- Il est clairement et explicitement énoncé dans la Thora que ses préceptes dureront pour l’éternité sans modification, ni retranchement, ni ajout, ainsi qu’il est dit: « Tout ce commandement que je vous prescris, vous le garderez et le mettrez en pratique, tu n’y ajouteras rien et tu n’y retrancheras rien » ; et il est dit : « les choses révélées sont pour nous et à nos enfants à jamais, afin d’accomplir toutes les paroles de cette Loi ». Tu apprends donc que nous sommes enjoints d’accomplir tous les préceptes de la Thora à jamais. De même, il est dit: « loi perpétuelle pour vos générations ». Et il est dit: « elle n’est pas dans le ciel ». Tu apprends donc qu’un prophète n’est dès lors pas autorisé à faire une innovation dans la Loi écrite ou orale. C’est pourquoi, s’il se lève un homme – qu’il soit issu du peuple juif ou des nations – qui accomplit un signe ou un prodige et affirme que D.ieu l’a envoyé pour ajouter ou retrancher un commandement, ou pour donner à l’un des commandements une interprétation que nous n’avons pas entendue de Moïse, ou s’il affirme que les commandements ordonnés au peuple juif ne sont pas éternels pour toutes les générations, mais qu’ils étaient destinés à une certaine époque, c’est un faux prophète, car il est venu démentir la prophétie de Moïse. Il doit être exécuté par strangulation, pour avoir délibérément proféré au nom de D.ieu des propos qui ne lui avaient pas été ordonnés. En effet, Lui, béni soit-Il, a ordonné à Moïse, que cette Loi serait immuable pour nous et nos enfants, et « D.ieu n’est pas un homme, pour mentir ».
- S’il en est ainsi, pourquoi est-il dit dans la Thora : « Je leur susciterai un prophète du milieu de leurs frères, tel que toi, et Je placerai Mes paroles dans sa bouche et il leur parlera… » ? Ce n’est pas pour établir une nouvelle loi qu’il vient, mais pour ordonner d’observer les préceptes de la Thora et mettre en garde le peuple de ne pas transgresser celle-ci, comme l’a dit le dernier d’entre eux : « Souvenez-vous de la Thora de Moïse, Mon serviteur ». De même, si le prophète nous donne un ordre qui n’est pas du domaine des mitsvot de la Thora, en disant par exemple : « Allez à tel endroit » ou « N’y allez pas », « Engagez le combat aujourd’hui » ou « Ne l’engagez pas », « Construisez cette muraille » ou « Ne la construisez pas », on a le devoir de l’écouter s’il déclare qu’il s’agit d’un ordre de D.ieu, et celui qui contrevient à ses paroles est passible de mort par le Ciel, comme il est dit : « Et l’homme qui n’écoutera pas Mes paroles, que le prophète prononcera en Mon Nom, c’est Moi qui lui en demanderai compte ».
- De même, un prophète qui contrevient à ses propres paroles ou qui se retient de livrer sa prophétie est passible de mort par le Ciel. Concernant les trois s’applique la phrase : « Je lui en demanderai compte ». De même , si un prophète, dont nous avons établi la qualité de prophète, nous enjoint de transgresser, comme une mesure temporaire de circonstance, l’un des préceptes de la Thora ou même plusieurs préceptes, mineurs ou majeurs, on a le devoir de l’écouter. Car voici ce qui nous a été enseigné par les anciens Sages, d’après l’autorité de la Tradition : dans tout domaine, si un prophète te dit de transgresser les préceptes de la Thora, comme le prophète Elie sur le Mont Carmel, écoute-le, sauf pour la pratique de l’idolâtrie. Cela, à condition que ce soit une mesure temporaire, à l’exemple du prophète Elie sur le Mont Carmel, qui offrit un sacrifice holocauste hors du Temple, alors que Jérusalem avait déjà été choisie et le Temple construit et qu’il était par conséquent interdit d’offrir un sacrifice à l’extérieur sous peine de retranchement (karet). Puisqu’il s’agit d’un prophète, il nous incombe de l’écouter, et dans ce cas aussi s’applique le verset : « c’est lui que vous écouterez ». Si l’on avait alors interrogé le prophète Elie, en lui disant : « Comment pouvons-nous abolir ce qui est écrit dans la Thora : « Garde-toi d’offrir tes holocaustes en tout lieu, où bon te semblera » ? », il aurait répondu : « il est dit uniquement que celui qui offre un sacrifice à l’extérieur, pour toujours, est passible de retranchement, comme l’a ordonné Moïse. Mais moi, je vais offrir aujourd’hui, en tant que mesure d’exception, un sacrifice à l’extérieur, sur ordre de D.ieu, afin de démentir les prophètes de Baal ». De cette manière, si tous les autres prophètes ordonnent de transgresser à titre de mesure temporaire un ordre de la Thora, il incombe de les écouter. Mais si le prophète affirme que le précepte est aboli pour toujours, il doit être exécuté par strangulation, car la Thora a dit : « à nous et nos enfants à jamais ».
- De même, s’il tente d’abolir l’une des règles que nous avons apprises par la Tradition orale ou s’il affirme, concernant une question sur un point de loi, que D.ieu lui a dicté la décision et que la halakha suit l’opinion de tel sage, c’est un faux prophète et il doit être exécuté par strangulation. Cela, bien qu’il ait accompli un signe, parce qu’il vient par cela nier la Thora qui a dit: « elle n’est pas dans le ciel ». Mais quand il s’agit d’une mesure temporaire de circonstance, on l’écoute pour tout.
- Dans quel cas dit-on qu’on a le devoir d’écouter le prophète qui sursoit momentanément à un précepte de la Thora? Pour tous les commandements autres que l’idolâtrie. Mais concernant l’idolâtrie, on ne l’écoute pas, même si son ordre est temporaire. Même s’il accomplit des signes et des prodiges fabuleux et dit que D.ieu a ordonné que l’on pratique un culte idolâtre aujourd’hui seulement ou à cet instant seulement, on considère qu’il a « prêché la révolte contre D.ieu ». À ce sujet, l’Écriture enjoint que « quand bien même s’accomplirait le signe ou le miracle… tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète… car il a prêché la révolte contre l’Éternel votre D.ieu », puisqu’il est venu nier la prophétie de Moïse. On sait dès lors avec certitude qu’il est un faux prophète et que tout ce qu’il a accompli n’est que sortilèges et sorcellerie. Il doit être exécuté par strangulation.
Chapitre dix : La foi accordée aux prophètes
Dans ce dernier chapitre consacré à la prophétie, le Rambam traite des signes par lesquels le « prophète » doit prouver sa qualité. Cependant, une fois que l’authenticité de sa prophétie est établie, il est interdit de le mettre constamment à l’épreuve.
- Un prophète qui s’élève parmi nous et déclare que D.ieu l’a envoyé n’a pas besoin d’accomplir un signe similaire à ceux de Moïse notre maître ou à ceux des prophètes Élie et Élisée, qui bouleversent l’ordre de la nature. Mais voilà le signe qu’il devra faire pour que l’on ait le devoir de croire qu’il est envoyé par D.ieu: il prédira des évènements à venir dans le monde, et ses prédictions s’avèreront, ainsi qu’il est dit : « Et si tu dis en ton cœur : comment reconnaîtrons-nous la parole… ». C’est pourquoi, si un homme, apte à la prophétie par ses qualités intellectuelles et morales, vient en messager de D.ieu, non pour ajouter ou retrancher un quelconque commandement de la Thora, mais pour exhorter le peuple à servir D.ieu suivant les commandements de la Thora, on ne lui dira pas : « Ouvre pour nous la mer » ou « Ressuscite un mort » – ou autre miracle similaire – « et ensuite nous aurons foi en toi ». Mais on lui dit : « Si tu es un prophète, prédis les évènements à venir » et il prédit, après quoi on attend de voir si ce qu’il a dit se réalise ou non. Si ne serait-ce qu’un petit détail manque, il est certain que c’est un faux prophète. Et si toutes ses paroles s’accomplissent, il sera digne de foi à nos yeux.
- On l’examine de la sorte à maintes reprises ; si toutes ses paroles se réalisent, c’est un prophète authentique, comme il est dit à propos du prophète Samuel: « Tout Israël, depuis Dan jusqu’à Beer Chéva, sut que Samuel était établi comme prophète de l’Éternel ».
- Mais les astrologues et les devins ne prédisent-ils pas, eux aussi, l’avenir ? Quelle différence y a-t-il donc entre eux et un prophète ? C’est que les astrologues, les devins et leurs pairs, une partie de leurs prédictions s’accomplissent alors qu’une partie ne s’accomplit pas, ainsi qu’il est dit : « qu’ils se lèvent donc et te sauvent, ces contemplateurs du ciel qui observent les étoiles, qui pronostiquent à chaque lunaison certaines de ces choses qui t’arriveront ». Ils ne prédisent qu’une partie « des choses qui t’arriveront » et non « tout ce qui t’arrivera ». Il peut arriver aussi qu’aucune de leurs paroles ne s’accomplisse et que leurs prédictions se révèlent complètement erronées, comme le décrit le verset: « J’annule les signes des astrologues diseurs de mensonges, Je frappe de démence les devins ». Mais le prophète, toutes ses paroles s’accomplissent, ainsi qu’il est dit : « Sachez donc qu’il ne tombera à terre aucune des paroles prononcées par l’Éternel ». De même il est dit : « Que le prophète qui se targue d’un songe raconte ce songe ! Mais que celui qui est favorisé de Ma parole annonce fidèlement Ma parole : « que vient faire la paille avec le grain ? » dit l’Éternel ». Cela veut dire que les paroles des devins et les songes sont composés en majorité de mensonges, comme de la paille à laquelle seul un peu de grain s’est mélangé, alors que la parole de D.ieu est comme du grain totalement dépourvu de paille. C’est ce que l’Écriture a promis, à savoir qu’à la place des prédictions totalement ou partiellement fausses faites par les astrologues et les devins aux nations, le prophète vous annoncera des paroles de vérité ; vous n’aurez donc pas besoin d’astrologue, de devin, ou de personne semblable, comme il est dit : « Qu’il ne se trouve personne chez toi, qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille par le feu, qui pratique la divination, qui prédise les moments, se livre aux présages ou à la sorcellerie, etc. Car ces nations… se tournent vers les astrologues et les devins… » ; et du peuple juif, il est dit : « L’Éternel suscitera pour toi un prophète du milieu de toi, un de tes frères… » Tu apprends donc de ces versets que le prophète s’élève parmi nous uniquement pour nous annoncer les évènements futurs qui adviendront dans le monde : satiété et famine, guerre et paix, et autres choses semblables. Il peut aussi donner à un particulier des informations concernant ses besoins personnels, comme Saül qui se rendit chez le prophète Samuel pour savoir où se trouvait ce qu’il avait perdu. Dire des choses de cette nature relève de la fonction d’un prophète, mais non de fonder une nouvelle doctrine, d’ajouter ou de retrancher un précepte à la loi de la Thora.
- Les prédictions malheureuses d’un prophète, comme lorsqu’il dit : « Untel mourra » ou « Telle année sera une année de famine » ou « de guerre » ou autres prédictions funestes, si elles ne s’accomplissent pas, ne remettent pas en cause la qualité de sa prophétie. On ne dira pas : « Voici ! Il a parlé et cela n’est pas arrivé ». En effet, le Saint béni soit-Il est lent à la colère, plein de bienveillance et Il révoque le mal. Ainsi, il est possible que les hommes visés par le décret se soient repentis et qu’il leur ait été pardonné – comme les habitants de Ninive – ou que, grâce au repentir, la punition ait été reportée, comme ce fut le cas pour le roi Ézéchias. En revanche, si le prophète promet un bienfait en disant qu’un certain événement bénéfique aura lieu, et que le bienfait annoncé ne se produit pas, il est certain qu’il est un faux prophète. Car tout bienfait décidé par D.ieu, même sous condition, n’est jamais révoqué. Tu apprends donc qu’un prophète ne peut être testé que d’après les bienfaits qu’il annonce. C’est là ce que Jérémie dit en réponse à ‘Hanania fils d’Azour, lorsque Jérémie prophétisait un sort malheureux et ‘Hanania des bienfaits, il dit à ‘Hanania : « Si mes paroles ne s’accomplissent pas, ce ne prouvera pas que je suis un faux prophète. Mais si tes paroles ne s’accomplissent pas, on saura que tu es un faux prophète ! », ainsi qu’il est dit : « Toutefois écoute, je t’en prie, la parole… Mais le prophète qui prédit un événement heureux n’est reconnu comme véritablement envoyé de D.ieu qu’autant que sa prédiction s’accomplit ».
- Quand un prophète atteste la qualité de prophète d’un autre, le second est présumé prophète et il n’est pas nécessaire de faire des investigations à son sujet. En effet, Moïse notre maître attesta la qualité de prophète de Josué, et tous les juifs eurent foi en lui avant qu’il n’accomplisse un signe. Il en est de même pour les générations à venir : un prophète dont la prophétie est connue et dont les paroles se sont avérées une fois après l’autre, ou un prophète dont la qualité a été attestée par un autre prophète, et qui suit les chemins de la prophétie, on ne doit pas nourrir de soupçons à son égard et douter de l’authenticité de sa prophétie. Il est interdit de le mettre à l’épreuve excessivement. On ne continuera pas éternellement à éprouver ses paroles, comme il est dit : « Ne tentez pas l’Éternel votre D.ieu comme vous L’avez tenté à Massa », où les juifs querellèrent Moïse et dirent : « Nous verrons si l’Éternel est au milieu de nous ou non ». Au contraire, une fois que sa qualité de prophète est établie, on aura foi en lui et l’on saura que D.ieu est parmi nous ; on n’aura pas de soupçons à son égard, comme l’indique le verset : « ils sauront qu’il y avait un prophète parmi eux ».
Fin des lois des fondements de la Thora, avec l’aide de D.ieu.
