Lois relatives aux fondements de la Thora
Chapitre dix
Dans ce dernier chapitre consacré à la prophétie, le Rambam traite des signes par lesquels le « prophète » doit prouver sa qualité. Cependant, une fois que l’authenticité de sa prophétie est établie, il est interdit de le mettre constamment à l’épreuve.
- Un prophète qui s’élève parmi nous et déclare que D.ieu l’a envoyé n’a pas besoin d’accomplir un signe similaire à ceux de Moïse notre maître ou à ceux des prophètes Élie et Élisée, qui bouleversent l’ordre de la nature. Mais voilà le signe qu’il devra faire pour que l’on ait le devoir de croire qu’il est envoyé par D.ieu: il prédira des évènements à venir dans le monde, et ses prédictions s’avèreront, ainsi qu’il est dit : « Et si tu dis en ton cœur : comment reconnaîtrons-nous la parole… ». C’est pourquoi, si un homme, apte à la prophétie par ses qualités intellectuelles et morales, vient en messager de D.ieu, non pour ajouter ou retrancher un quelconque commandement de la Thora, mais pour exhorter le peuple à servir D.ieu suivant les commandements de la Thora, on ne lui dira pas : « Ouvre pour nous la mer » ou « Ressuscite un mort » – ou autre miracle similaire – « et ensuite nous aurons foi en toi ». Mais on lui dit : « Si tu es un prophète, prédis les évènements à venir » et il prédit, après quoi on attend de voir si ce qu’il a dit se réalise ou non. Si ne serait-ce qu’un petit détail manque, il est certain que c’est un faux prophète. Et si toutes ses paroles s’accomplissent, il sera digne de foi à nos yeux.
- On l’examine de la sorte à maintes reprises ; si toutes ses paroles se réalisent, c’est un prophète authentique, comme il est dit à propos du prophète Samuel: « Tout Israël, depuis Dan jusqu’à Beer Chéva, sut que Samuel était établi comme prophète de l’Éternel ».
- Mais les astrologues et les devins ne prédisent-ils pas, eux aussi, l’avenir ? Quelle différence y a-t-il donc entre eux et un prophète ? C’est que les astrologues, les devins et leurs pairs, une partie de leurs prédictions s’accomplissent alors qu’une partie ne s’accomplit pas, ainsi qu’il est dit : « qu’ils se lèvent donc et te sauvent, ces contemplateurs du ciel qui observent les étoiles, qui pronostiquent à chaque lunaison certaines de ces choses qui t’arriveront ». Ils ne prédisent qu’une partie « des choses qui t’arriveront » et non « tout ce qui t’arrivera ». Il peut arriver aussi qu’aucune de leurs paroles ne s’accomplisse et que leurs prédictions se révèlent complètement erronées, comme le décrit le verset: « J’annule les signes des astrologues diseurs de mensonges, Je frappe de démence les devins ». Mais le prophète, toutes ses paroles s’accomplissent, ainsi qu’il est dit : « Sachez donc qu’il ne tombera à terre aucune des paroles prononcées par l’Éternel ». De même il est dit : « Que le prophète qui se targue d’un songe raconte ce songe ! Mais que celui qui est favorisé de Ma parole annonce fidèlement Ma parole : « que vient faire la paille avec le grain ? » dit l’Éternel ». Cela veut dire que les paroles des devins et les songes sont composés en majorité de mensonges, comme de la paille à laquelle seul un peu de grain s’est mélangé, alors que la parole de D.ieu est comme du grain totalement dépourvu de paille. C’est ce que l’Écriture a promis, à savoir qu’à la place des prédictions totalement ou partiellement fausses faites par les astrologues et les devins aux nations, le prophète vous annoncera des paroles de vérité ; vous n’aurez donc pas besoin d’astrologue, de devin, ou de personne semblable, comme il est dit : « Qu’il ne se trouve personne chez toi, qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille par le feu, qui pratique la divination, qui prédise les moments, se livre aux présages ou à la sorcellerie, etc. Car ces nations… se tournent vers les astrologues et les devins… » ; et du peuple juif, il est dit : « L’Éternel suscitera pour toi un prophète du milieu de toi, un de tes frères… » Tu apprends donc de ces versets que le prophète s’élève parmi nous uniquement pour nous annoncer les évènements futurs qui adviendront dans le monde : satiété et famine, guerre et paix, et autres choses semblables. Il peut aussi donner à un particulier des informations concernant ses besoins personnels, comme Saül qui se rendit chez le prophète Samuel pour savoir où se trouvait ce qu’il avait perdu. Dire des choses de cette nature relève de la fonction d’un prophète, mais non de fonder une nouvelle doctrine, d’ajouter ou de retrancher un précepte à la loi de la Thora.
- Les prédictions malheureuses d’un prophète, comme lorsqu’il dit : « Untel mourra » ou « Telle année sera une année de famine » ou « de guerre » ou autres prédictions funestes, si elles ne s’accomplissent pas, ne remettent pas en cause la qualité de sa prophétie. On ne dira pas : « Voici ! Il a parlé et cela n’est pas arrivé ». En effet, le Saint béni soit-Il est lent à la colère, plein de bienveillance et Il révoque le mal. Ainsi, il est possible que les hommes visés par le décret se soient repentis et qu’il leur ait été pardonné – comme les habitants de Ninive – ou que, grâce au repentir, la punition ait été reportée, comme ce fut le cas pour le roi Ézéchias. En revanche, si le prophète promet un bienfait en disant qu’un certain événement bénéfique aura lieu, et que le bienfait annoncé ne se produit pas, il est certain qu’il est un faux prophète. Car tout bienfait décidé par D.ieu, même sous condition, n’est jamais révoqué. Tu apprends donc qu’un prophète ne peut être testé que d’après les bienfaits qu’il annonce. C’est là ce que Jérémie dit en réponse à ‘Hanania fils d’Azour, lorsque Jérémie prophétisait un sort malheureux et ‘Hanania des bienfaits, il dit à ‘Hanania : « Si mes paroles ne s’accomplissent pas, ce ne prouvera pas que je suis un faux prophète. Mais si tes paroles ne s’accomplissent pas, on saura que tu es un faux prophète ! », ainsi qu’il est dit : « Toutefois écoute, je t’en prie, la parole… Mais le prophète qui prédit un événement heureux n’est reconnu comme véritablement envoyé de D.ieu qu’autant que sa prédiction s’accomplit ».
- Quand un prophète atteste la qualité de prophète d’un autre, le second est présumé prophète et il n’est pas nécessaire de faire des investigations à son sujet. En effet, Moïse notre maître attesta la qualité de prophète de Josué, et tous les juifs eurent foi en lui avant qu’il n’accomplisse un signe. Il en est de même pour les générations à venir : un prophète dont la prophétie est connue et dont les paroles se sont avérées une fois après l’autre, ou un prophète dont la qualité a été attestée par un autre prophète, et qui suit les chemins de la prophétie, on ne doit pas nourrir de soupçons à son égard et douter de l’authenticité de sa prophétie. Il est interdit de le mettre à l’épreuve excessivement. On ne continuera pas éternellement à éprouver ses paroles, comme il est dit : « Ne tentez pas l’Éternel votre D.ieu comme vous L’avez tenté à Massa », où les juifs querellèrent Moïse et dirent : « Nous verrons si l’Éternel est au milieu de nous ou non ». Au contraire, une fois que sa qualité de prophète est établie, on aura foi en lui et l’on saura que D.ieu est parmi nous ; on n’aura pas de soupçons à son égard, comme l’indique le verset : « ils sauront qu’il y avait un prophète parmi eux ».
Fin des lois des fondements de la Thora, avec l’aide de D.ieu.
