Lois relatives au service du jour de Kippour
Chapitre trois
L’un des moments essentiels du jour était le rituel des deux boucs expiatoires. L’un était destiné en offrande à D.ieu et l’autre était destiné à Azazel, c’est-à-dire à être projeté du haut d’une falaise dans le désert, emportant les fautes du peuple. Un tirage au sort avait lieu entre les deux, identiques par leur apparence. Une fois le bouc envoyé, le grand-prêtre lisait des passages de circonstance dans la Thora.
- Il y a deux « sorts ». Sur l’un est inscrit « à D.ieu » et sur l’autre est inscrit « à Azazel ». Ces sorts peuvent être faits en toute matière : bois, pierre ou métal. Mais il ne doit pas y en avoir un grand et un petit, un en or et un en argent ; ils doivent être identiques. Ils étaient initialement faits en bois, et à l’époque du Second Temple on les a faits en or. On dépose les deux « sorts » dans une urne qui peut contenir à peine deux mains, afin que le grand-prêtre y plonge ses deux mains sans pouvoir choisir ce qu’il prend . Cette urne n’était pas sanctifiée et était faite en bois. On l’appelle kalpi (urne).
- Où le grand-prêtre procède-t-il au tirage des sorts ? Dans la partie est du parvis, au nord de l’autel. On pose l’urne à cet endroit et on place les deux boucs le visage vers l’ouest, le dos vers l’est. Le grand-prêtre s’approche avec, à sa droite, l’adjoint (segan ) et, à sa gauche, le chef de la « famille » de cohanim en fonction . Les deux boucs sont devant lui, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.
- Il mélange les « sorts » dans l’urne en la remuant et tire avec les deux mains les deux « sorts », un dans chaque main, avec l’intention de le faire pour la mitsva du tirage au sort entre les deux boucs. Et il ouvre ses mains : si le sort avec la mention « à D.ieu » se trouve dans sa main droite, l’adjoint qui se tient à sa droite dit : « Mon maître le grand-prêtre, lève ta main droite ! » Et si le « sort » avec la mention « à D.ieu » se trouve dans sa main gauche, le chef de la « famille » de cohanim en fonction, qui se tient à la gauche du grand-prêtre, dit : « Mon maître, le grand-prêtre, lève ta main gauche ! ». Il place alors les deux « sorts » sur les deux boucs, celui de sa main droite sur le bouc de droite et celui de sa main gauche sur le bouc de gauche . S’il a omis de placer les « sorts » sur les boucs comme il se doit, cela n’invalide pas le tirage au sort et chaque bouc est tout de même affecté à sa destination, mais il a manqué à une prescription. En effet, placer les « sorts » sur les boucs » est une prescription qui n’est pas essentielle pour la validité de la procédure alors que le tirage au sort est essentiel à la procédure , bien que cela ne soit pas considéré comme un acte du « service ». C’est pourquoi , le placement des « sorts » sur les boucs peut être fait par un profane, alors que le tirage des sorts de l’urne est invalide s’il est fait par un profane.
- Il attache alors une bandelette de laine rouge d’un poids de deux séla sur la tête du bouc à envoyer à Azazel et le positionne en direction de la porte par laquelle il sera sorti pour être envoyé à Azazel. Et il attache aussi une bandelette au cou du bouc à sacrifier . Puis il fait l’abattage de son taureau expiatoire et du bouc destiné « à D.ieu » par le sort .
- Il apporte le sang du taureau et du bouc à l’intérieur du Heikhal et fait en ce jour 43 aspersions de leur sang. Voici comment il procède: il fait d’abord, avec le sang du taureau, huit aspersions dans le Saint des Saints en se tenant dans l’espace situé entre les barres de l’arche sainte ; il fait l’aspersion du sang en l’air et le sang retombe au sol à proximité du couvercle de l’arche dans l’espace d’un téfa’h , ainsi qu’il est dit : « Il aspergera devant le couvercle de l’arche ». Il fait une aspersion orientée vers le haut et sept aspersions orientées vers le bas. La tradition orale enseigne que les aspersions dont parle le verset : « et devant le couvercle il aspergera sept fois » viennent en complément de la première aspersion . Voici comment il comptait les aspersions : une, une et une, une et deux, une et trois, une et quatre, une et cinq, une et six, une et sept. Pourquoi comptait-il de cette façon ? De peur qu’il n’oublie et n’en vienne à compter la première aspersion parmi les sept. Ensuite, il fait aspersion du sang du bouc huit fois, entre les barres de l’arche sainte, une fois vers le haut et sept fois vers le bas, en les comptant de la même façon que les aspersions du sang du taureau. Il procède ensuite à huit aspersions du sang du taureau dans le Heikhal, en direction du rideau qui sépare le Kodech du Saint des Saints, en faisant une aspersion vers le haut et sept aspersions vers le bas. Car c’est ainsi qu’il est dit à propos du sang du taureau aspergé à l’intérieur du Saint des Saints : « sur le couvercle de l’arche et devant le couvercle », ce qui indique qu’il fait aspersion du sang vers le haut et vers le bas, puis le verset continue : « et ainsi il fera de même dans la tente d’Assignation », c’est-à-dire dans le Heikhal. Et il compte ces aspersions de la même façon que celles qu’il a comptées à l’intérieur du Saint des Saints. Puis il asperge ainsi le sang du bouc de la même façon huit fois en direction du rideau, une fois vers le haut et sept fois vers le bas, car c’est ainsi qu’il est dit concernant le sang du bouc : « il fera avec son sang comme il aura fait avec le sang du taureau ». Et il compte ces aspersions comme celles qu’il a comptées à l’intérieur du Saint des Saints. Pour toutes ces aspersions vers le rideau et vers le couvercle de l’arche, il ne cherche ni à viser le haut du rideau ou du couvercle ni le bas de l’un ou de l’autre, mais il lance le sang comme quelqu’un qui frappe avec un bâton. Après quoi, il mélange les deux sangs, le sang du taureau et le sang du bouc, et fait quatre aspersions des deux mélangés ensemble sur les quatre coins de l’autel d’or qui est dans le Heikhal et sept aspersions sur le dessus de cet autel.
- Pour toutes ces 43 aspersions, il trempe son doigt dans le sang ; il trempe son doigt pour chaque aspersion et ne doit pas faire deux aspersions en ayant trempé son doigt une fois. Le reste des sangs est versé sur le soubassement ouest de l’autel extérieur.
- Ensuite, il envoie le bouc vivant destiné à Azazel en le confiant à un homme désigné à cet effet depuis la veille pour l’emmener jusqu’à une falaise située dans un lieu désertique . Tout juif est apte à emmener le bouc jusqu’à la falaise, mais les grands-prêtres s’étaient donnés pour règle de confier cette tâche à un cohen uniquement et ils ne laissaient pas un simple israélite l’emmener. Des tentes étaient disposées sur la route depuis la sortie de Jérusalem jusqu’à l’entrée du désert : dans chacune de ces tentes, un ou plusieurs hommes passaient le jour de Kippour depuis la veille afin d’accompagner le messager d’une tente à l’autre. Dans chacune des tentes, on disait au messager : « Voilà devant toi de la nourriture et de l’eau ». S’il s’était affaibli et avait besoin de manger, il mangeait. Mais personne n’en a jamais eu besoin. Les personnes présentes dans la dernière tente l’accompagnaient et s’arrêtaient à la « limite du chabbat » depuis leur tente et restaient à le regarder de loin. Que faisait-il alors ? Arrivé à destination, il coupait en deux la bandelette de laine rouge attachée aux cornes du bouc. Il nouait une moitié à un rocher et l’autre moitié, il la nouait entre les deux cornes du bouc . Puis il poussait le bouc à reculons dans le vide et le bouc dégringolait. Il n’était pas arrivé à la moitié de la falaise que ses membres s’étaient séparés. Le messager revenait alors jusqu’à la dernière tente où il demeurait jusqu’au soir . On faisait des postes d’observation le long de la route, et lorsque le messager arrivait à la falaise, on agitait des fanions afin que l’on sache à Jérusalem que le bouc était parvenu au désert et que le grand-prêtre soit informé que le moment était venu de lire la Thora. Après avoir envoyé le bouc entre les mains du messager , le grand-prêtre s’occupe à nouveau du taureau et du bouc sacrifiés dont il a aspergé les sangs à l’intérieur du Saint des Saints et du Heikhal. Il les éventre et extrait les parties sacrificielles pour les déposer dans un récipient en vue de les brûler plus tard sur l’autel. Il découpe le reste des chairs en grands morceaux qu’il ne détache pas complètement, de sorte que ces morceaux restent attachés l’un à l’autre comme une tresse, et il les fait porter par d’autres jusqu’à l’endroit de la combustion hors de Jérusalem. C’est là-bas qu’ils sont découpés et brûlés avec leur peau, comme nous l’avons expliqué .
- Une fois le bouc arrivé à la falaise dans le désert, le grand-prêtre sort dans la cour des femmes , pour lire la Thora. Pendant qu’il est en train de lire, on incinère le taureau et le bouc à l’endroit des cendres hors de Jérusalem . C’est pourquoi celui qui assiste à la lecture du grand-prêtre ne peut pas voir l’incinération du taureau et du bouc . Cette incinération peut être faite par un non cohen, comme nous l’avons expliqué .
- La lecture de la Thora par le grand-prêtre ne fait pas partie du service sacerdotal, et c’est pourquoi il peut lire la Thora en portant ses vêtements blancs personnels s’il le souhaite. Et s’il veut lire en gardant les vêtements de lin blanc du service, il le peut aussi, bien que la lecture ne fasse pas partie du service sacerdotal, car il est permis de tirer profit des vêtements sacerdotaux même en dehors du service, comme nous l’avons expliqué .
- Comment se déroule la lecture de la Thora par le grand-prêtre? Le grand-prêtre est assis dans la cour des femmes et tous sont debout devant lui. Le bedeau de la synagogue prend le rouleau de la Thora et le transmet à l’administrateur de la synagogue, qui à son tour le transmet à l’adjoint du grand-prêtre qui le transmet au grand-prêtre. Celui-ci se lève et reçoit le rouleau. Il lit, debout, la section A’harei Mot , puis le passage qui commence par les mots « Mais le dixième jour » dans la section des fêtes, jusqu’à la fin du sujet. Il roule ensuite le rouleau de la Thora, le prend contre lui et déclare : « Il est écrit dans ce rouleau plus que ce que j’ai lu devant vous » et il récite ensuite par cœur le passage « et le dixième jour » du livre des Nombres , jusqu’à la fin du sujet. Pourquoi le récite-t-il par cœur ? Car on ne roule pas le rouleau de la Thora en public pour passer d’un passage à un autre, par respect pour la communauté . Et pourquoi ne lirait-il pas cette troisième section dans un autre rouleau de la Thora ? Car une personne ne doit pas lire un seul sujet dans deux rouleaux de la Thora, pour ne pas jeter le discrédit sur la validité du premier rouleau .
- Au moment de lire, il récite les bénédictions qui précèdent et suivent la lecture comme on le fait à la synagogue. Et il ajoute ensuite sept bénédictions supplémentaires, que voici : 1) Retsé: « Agrée, ô Éternel Notre D.ieu… », 2) Modim : « Nous sommes reconnaissants envers Toi… », 3) Sela’h : « Pardonne-nous, notre père, car nous avons péché… » qu’il conclut par « Béni sois-Tu, Éternel, Qui pardonne les fautes de Son peuple Israël avec miséricorde ». Cela fait trois bénédictions dites suivant la formulation habituelle telles qu’on les récite quotidiennement dans la prière de la Amida. Puis il récite 4) une bénédiction à part, qui se rapporte au Temple et dont l’objet est de demander que persistent le Temple et la Présence Divine qui l’habite, et qu’il conclut par « Béni sois-Tu Éternel Qui demeure à Sion ». Il prononce aussi 5) une bénédiction qui se rapporte au peuple d’Israël, pour demander que D.ieu prête secours à Israël et que la souveraineté ne leur soit pas retirée, et il conclut par « Béni sois-Tu Éternel Qui choisit Israël ». Il prononce encore 6) une bénédiction à part qui se rapporte aux cohanim, pour demander que D.ieu agrée leurs œuvres et leur service sacerdotal et qu’Il les bénisse, et il conclut cette bénédiction par « Béni sois-Tu, Éternel, Qui sanctifie les cohanim ». Enfin, 7) il adresse des prières, des supplications, des louanges et des requêtes, comme il le peut, et il conclut par « Sauve, ô D.ieu, Ton peuple Israël car Ton peuple Israël a besoin du salut. Béni sois-Tu, Éternel, Qui entend la prière ».
