Lois relatives à la prière et à la bénédiction des cohanim
Chapitre un
Ce chapitre définit l’obligation de la Thora relative à la prière. Il explique l’origine des trois prières quotidiennes et de leurs horaires ainsi que les raisons qui ont conduit à l’adoption d’un texte de prière normalisé, dit prière de la Amida ou des « prière des dix-huit bénédictions ».
- Prier D.ieu chaque jour est un commandement positif, comme il est dit: « Vous servirez l’Éternel votre D.ieu » ; la tradition orale explique que le « service » dont il est ici question est la prière. En effet, il est dit: « et Le servir de tout votre cœur » ; les Sages ont dit : « Quel est le service du cœur ? C’est la prière. » Ni le nombre de prières journalières, ni le texte de cette prière ne sont prescrits par la Thora. Il n’y a pas non plus de temps fixe pour la prière selon la loi de la Thora.
- Ainsi, les femmes et les esclaves cananéens ont l’obligation de prier, puisqu’il s’agit d’un commandement positif dont l’accomplissement n’est pas lié à un temps déterminé. L’obligation liée à ce précepte consiste à prier et implorer D.ieu chaque jour : on prononce d’abord les louanges du Saint Béni soit-Il, puis on demande ce dont on a besoin, avec requêtes et supplications, après quoi on exprime des louanges et des remerciements à D.ieu pour le bien qu’Il nous a dispensé – chacun selon son aptitude, comme expliqué ci-après.
- Celui qui est éloquent multiplie supplications et requêtes. Celui qui est « incirconcis des lèvres » s’exprime comme il le peut et à tout moment où il le souhaite. De même, le nombre de prières dépend des aptitudes de chacun : certains prient une fois par jour, d’autres plusieurs fois. Mais tous doivent prier en direction du Temple, où qu’il se trouve. Telle fut la pratique depuis Moïse jusqu’à Ezra.
- Lorsque les juifs furent exilés, à l’époque de Nabuchodonosor l’impie, ils furent mêlés aux Perses, aux Grecs et aux autres nations, et leurs enfants naquirent dans des pays étrangers. Une confusion s’ensuivit dans la langue parlée par ces enfants. Chacun s’exprimait dans un mélange de plusieurs langues et ils ne parvenaient guère à exprimer ce qu’ils souhaitaient en une seule langue sans altération, comme il est dit : « Leurs enfants parlaient un jargon composé à moitié d’hébreu et à moitié de la langue d’Ashdod : ils ne connaissaient parfaitement ni la langue juive, ni l’idiome local. » Aussi, lorsque l’un d’eux priait, il ne parvenait pas à formuler ses requêtes ou à prononcer les louanges du Saint Béni soit-Il en langue sainte sans y mélanger d’autres langues. Voyant cela, Ezra et son tribunal, les « membres de la Grande Assemblée », instituèrent les dix-huit bénédictions de la Amida, dans l’ordre. Les trois premières bénédictions sont des louanges à D.ieu, les trois dernières des remerciements et les bénédictions intermédiaires sont des requêtes pour des choses que l’on peut considérer comme des catégories générales englobant tous les désirs individuels ainsi que les besoins de la collectivité. Ils instituèrent ces dix-huit bénédictions afin qu’elles soient bien ordonnées dans la bouche de chacun et qu’elles soient apprises rapidement, de sorte que la prière de ceux qui ne savent pas s’exprimer soit entière, comme celle des plus éloquents. C’est pour cette même raison qu’ils établirent comme une norme toutes les bénédictions et prières pour tous les juifs, afin que chaque bénédiction soit familière dans la bouche de celui qui ne sait pas s’exprimer.
- De même, ils instituèrent que le nombre de prières corresponde au nombre d’offrandes communautaires apportées au Temple, c’est-à-dire deux prières par jour, correspondant aux deux sacrifices quotidiens et, pour chaque jour comprenant un sacrifice additionnel (moussaf), comme chabbat, jours de fête et Roch ‘Hodech, ils instaurèrent une troisième prière correspondant à celui-ci. La prière qui correspond au sacrifice quotidien du matin est appelée « prière du matin » (cha’harit). La prière qui correspond au sacrifice quotidien de l’après-midi est appelée « prière de min’ha ». Et la prière qui correspond au sacrifice additionnel est appelée « prière de moussaf ».
- De même, ils instituèrent que l’on récite une prière la nuit. En effet, dans le Temple, les différentes parties de l’animal offert en sacrifice l’après-midi se consumaient durant toute la nuit sur l’autel, comme il est dit : « c’est le sacrifice qui se consume sur le brasier de l’autel, toute la nuit jusqu’au matin ». Ces temps règlementaires de prière, fixés par Ezra et son tribunal, sont conformes au verset : « Le soir, le matin et à midi, je me répands en plaintes et en soupirs et Il écoute ma voix ». La prière du soir n’est pas une obligation comme celle du matin ou de l’après-midi. Néanmoins, tous les juifs, en tout lieu où ils sont établis, ont adopté l’usage de dire la prière du soir et l’ont acceptée comme une prière obligatoire.
- De même, Ezra et son tribunal instituèrent une prière après celle de l’après-midi, à l’approche du coucher du soleil, pour les jours de jeûne uniquement, afin d’ajouter des supplications et des requêtes en raison du jeûne. C’est la prière qu’on appelle neïla, « clôture », terme qui signifie que les portes du Ciel se sont closes devant le soleil qui s’est caché, cette prière n’étant récitée qu’à l’approche du coucher du soleil.
- Les prières quotidiennes sont donc au nombre de trois : arvit, la prière du soir, cha’harit, la prière du matin et min’ha, prière de l’après-midi. Les chabbat, les fêtes et jours de Roch ‘Hodech, il y en a quatre : les trois prières quotidiennes et la prière de moussaf. Le jour de Kippour, il y en a cinq : les quatre précédentes et la prière de neïla.
- Le nombre de ces prières ne doit pas être diminué, mais peut être augmenté : si un homme désire prier toute la journée durant, en répétant la prière des dix-huit bénédictions, il en a le droit et alors, toutes les prières qu’il ajoute sont considérées comme des offrandes volontaires. C’est pourquoi, lorsqu’on fait une prière en plus, à titre de prière volontaire, il faut ajouter une requête nouvelle dans chacune des bénédictions intermédiaires, liée au contexte de la bénédiction. Et a posteriori, si on a formulé une requête nouvelle ne serait-ce que dans une seule bénédiction, c’est suffisant. Formuler une requête nouvelle dans la prière volontaire est nécessaire, afin d’indiquer qu’il s’agit d’une prière volontaire et non d’une prière obligatoire. Quant aux trois premières et aux trois dernières bénédictions, on n’y fait ni ajout, ni omission, ni jamais aucun changement.
- La communauté ne peut pas réciter une prière collective en plus, à titre de prière volontaire, car la communauté n’apporte pas d’offrande volontaire au Temple. Quant à la prière de moussaf, même un particulier ne doit pas la réciter deux fois – l’une à titre d’obligation du jour et l’autre à titre de prière volontaire – car un sacrifice de moussaf ne peut pas être apporté en offrande volontaire. D’aucuns parmi les guéonim ont statué qu’il est interdit de réciter une prière volontaire les chabbat et Yom Tov, car en ces jours on ne peut pas offrir de sacrifice volontaire, mais uniquement les sacrifices qui sont obligatoires pour le jour même.
