Lois relatives aux fondements de la Thora
Introduction
Elles comprennent dix commandements : six commandements positifs et quatre commandements négatifs.
En voici le détail :
- Savoir qu’il existe un D.ieu
- Ne pas imaginer qu’il existe un dieu autre que D.ieu
- Savoir qu’Il est Un
- L’aimer
- Le craindre
- Sanctifier Son Nom
- Ne pas profaner Son Nom
- Ne pas détruire les choses qui portent Son Nom
- Écouter le prophète qui parle en Son Nom
- Ne pas mettre à l’épreuve la parole divine qu’il transmet
Ces commandements sont exposés dans les chapitres ci-après.
« Je suis l’Éternel ton D.ieu ». C’est par cette Parole que s’ouvrent le Décalogue et la révélation du mont Sinaï, source de la Loi. Pour le Rambam, connaître l’existence de D.ieu est un commandement et non pas un article de foi qui précéderait les commandements. C’est le premier des commandements : « savoir qu’il y a une Existence première et que c’est elle qui fait venir à l’existence tout ce qui est ». C’est aussi « savoir qu’Il est nécessaire à tous les êtres créés, mais qu’aucun d’eux ne Lui est nécessaire ».
Le second principe est celui de l’Unité de D.ieu. D.ieu est Un et non composé. Ce qui implique bien sûr l’absence de toute corporalité chez D.ieu, infini et illimité. Le Rambam explique ainsi que toutes les références corporelles qui Lui sont attribuées dans la Bible ne sont que des anthropomorphismes, car « la Thora parle le langage des hommes ». Mais Lui n’est sujet à aucun des attributs liés au corps ni à aucune des émotions humaines. D.ieu est un, immuable et éternel.
La connaissance de D.ieu et de la grandeur de Son œuvre, la création, conduit nécessairement à L’aimer et à Le craindre. Ces deux derniers points sont aussi des commandements. En conséquence, le Rambam expose ici les principes de base de Maassé Beréchit, la connaissance du monde créé, dont la contemplation permet d’atteindre cet amour et cette crainte. Ces quatre premiers chapitres relèvent du Sod, de la dimension ésotérique de la Thora, appelée traditionnellement Pardess (littéralement : le verger) en référence au récit talmudique (‘Haguiga 14b) des quatre Sages qui « entrèrent dans le verger » dans ce sens métaphorique.
Le chapitre cinq porte sur la mitsva de Kidouch Hachem, la sanctification du Nom divin (et, à l’opposé, l’interdiction du ‘Hiloul Hachem, la profanation du Nom). Ce devoir est ainsi exprimé dans la Thora : « Et Je serai sanctifié parmi les enfants d’Israël ». Dans son Séfer Hamitsvot, le Rambam définit cette mitsva : Nous sommes tenus de répandre la foi de vérité dans le monde sans jamais avoir peur d’un danger. Même si un oppresseur nous oblige par la force à nier [notre foi en D.ieu], nous ne devons pas nous soumettre mais plutôt nous laisser tuer […] ». C’est en cela que consiste le commandement de la sanctification du Nom de D.ieu qui a été ordonné à tous les enfants d’Israël : plutôt se laisser tuer par un persécuteur pour l’amour du Saint béni soit-Il et pour notre foi en Son unicité. Autrement dit, la sanctification du Nom divin est la conséquence immédiate des commandements de foi, d’amour et de crainte évoqués aux chapitres précédents : la foi et notre amour pour D.ieu sont tels que nous sommes prêts à souffrir la mort plutôt que de Le renier. À l’opposé, le ‘Hiloul Hachem est la profanation du Nom divin. C’est l’agissement contraire à la conduite dictée par le Kidouch Hachem.
Le chapitre six traite du respect qui est dû à tout ce qui est associé au Nom de D.ieu. Ainsi, il est interdit de détruire toute inscription du Nom divin, des lieux de culte ou des livres sacrés. Comme l’explique le Séfer Ha’hinoukh, cette interdiction participe de la crainte de D.ieu. Il s’agit, par le respect porté aux lieux et aux objets associés à Son Nom, d’ancrer Sa crainte dans le cœur de chacun.
Enfin, les chapitres sept à dix portent sur un autre principe fondamental de la foi d’Israël : la notion de prophétie. Il s’agit de « savoir que D.ieu communique avec l’homme par la prophétie ». Cette communication avec D.ieu, sous forme de vision prophétique, peut être une révélation pour le prophète, qui grandit ainsi dans sa connaissance du Divin. Ce peut être aussi un message divin que le prophète doit transmettre à une population donnée. Le Rambam expose tout d’abord les qualités requises pour mériter la prophétie et le déroulement de la vision prophétique. C’est une mitsva de la Thora que de croire en la prophétie et d’écouter celui qui se réclame de cette qualité sur la base d’un signe qu’il accomplira, sous réserve qu’il remplisse les conditions nécessaires et qu’il ne vienne pas contredire la prophétie de Moïse. En effet, la foi en la prophétie de Moïse, qui fut d’ailleurs, dans son principe même, différente de celle de tous les autres prophètes antérieurs et ultérieurs, n’est pas fondée sur les signes et les prodiges qu’il accomplit. Comme l’explique le Rambam, le peuple juif fut le témoin direct de l’authenticité de la prophétie puisqu’il entendit au même moment la Parole divine qui s’adressait à lui. Dès lors, tout « prophète » qui démentirait la prophétie de Moïse serait regardé comme un faux prophète en dépit des nombreux signes et des prodiges qu’il pourrait accomplir.
Ce chapitre ouvert sur la prophétie conduit à une autre réflexion autour de l’éternité de la Thora, prophétie de Moïse : la Thora est une loi éternelle et immuable. Comme le montre le Rambam au chapitre neuf, le texte même de la Thora atteste à plusieurs reprises de ce statut éternel et de l’immuabilité de la loi. Aucune de ses 613 lois ne saurait donc être supprimée ou modifiée et rien ne saurait y être ajouté. Même si le prophète est autorisé sous certaines conditions à prendre des mesures de circonstances, celui qui remettrait en cause l’un des principes de la Thora ou même l’une de ses interprétations reçues par la tradition orale serait de ce fait même regardé comme faux prophète.
