Lois relatives aux dispositions et à la conduite morales

Chapitre un

Dans ce premier chapitre, Maïmonide expose ce qu’il considère comme la ligne de conduite idéale. C’est le chemin du milieu, le juste milieu dans chaque trait de caractère/disposition morale. Cette ligne intermédiaire est qualifiée de « chemin de D.ieu » et c’est en cela que consiste le commandement qui nous enjoint de Lui ressembler en « marchant dans Ses voies ».

  1. Les êtres humains possèdent chacun de nombreux traits de caractère/dispositions morales, qui diffèrent de l’un à l’autre, jusqu’à l’extrême opposé. L’un est irascible et toujours en colère, un autre est posé et jamais en colère ; ou s’il lui arrive de se mettre en colère, ce n’est que légèrement et une fois en plusieurs années. L’un est extrêmement hautain ; un autre se rabaisse à l’extrême. L’un manifeste de l’appétence et ses désirs ne sont jamais assouvis ; un autre a le cœur si pur qu’il n’aspire même pas au peu de choses dont le corps a besoin. L’un est si cupide que tout l’argent du monde ne lui suffirait pas, dans l’esprit du verset : « Qui aime l’argent n’est jamais rassasié par l’argent » ; à l’opposé, un autre se maintient à l’étroit et se contente même de ce qui est insuffisant pour lui, ne s’employant guère à obtenir tout ce qu’il lui faut. L’un souffrira la faim pour épargner son argent et ne dépensera pas la moindre pièce sans remords, alors qu’un autre gaspillera toute sa fortune de son plein gré. On trouve de la même façon ces extrêmes concernant les autres dispositions : par exemple, le frivole et le mélancolique, l’avare et le généreux, le cruel et le compatissant, le peureux et le courageux, et ainsi de suite.
  1. Entre chaque disposition morale et son extrême opposé, il existe des dispositions intermédiaires, éloignées l’une de l’autre. Parmi toutes ces dispositions morales, il y en a certaines qu’un être possède depuis sa naissance et qui correspondent à sa constitution naturelle ; il y a en a d’autres auxquelles un être est naturellement prédisposé, de sorte qu’il est enclin à les acquérir plus rapidement que d’autres dispositions ; certaines enfin ne sont pas innées, mais ont été apprises en suivant l’exemple des autres ou bien ont été cultivées par l’individu tout seul suivant l’idée qui s’est formée dans son esprit ou, ayant entendu qu’une certaine disposition était bénéfique pour lui et devait être cultivée, il s’y est habitué jusqu’à ce qu’elle devienne ancrée en lui.                                      
  1. Pour chaque disposition/trait de caractère, les deux extrêmes, aux antipodes l’un de l’autre, ne sont pas un bon chemin : il n’est convenable ni de les suivre ni de les apprendre. Si l’on constate que l’on tend par nature vers l’un de ces extrêmes ou que l’on a une prédisposition pour l’un d’eux ou bien si l’on a appris et a adopté dans son comportement l’un de ces traits de caractère/dispositions morales extrêmes, on rectifiera son comportement vers le bien et l’on suivra le chemin des bonnes personnes, c’est-à-dire le droit chemin qui est le chemin du milieu.
  1. Le droit chemin est le degré du milieu pour chacun des traits de caractère/dispositions propres aux hommes, c’est-à-dire le degré qui est à distance égale des deux extrêmes et qui n’est pas plus proche d’un extrême que de l’autre. C’est pour cela que les Sages d’autrefois ont exhorté l’homme à constamment évaluer ses traits de caractère de façon à les ajuster et les orienter selon la voie du milieu, afin qu’il soit entier dans son corps. Comment cela ? Il ne sera pas coléreux, prompt à la colère, ni indifférent comme un mort, mais il recherchera la voie du milieu, c’est-à-dire qu’il ne se mettra en colère que pour quelque chose de grave qui justifie la colère afin qu’une telle chose ne se reproduise plus. De même, il ne désirera que ce qui est indispensable au corps, dans l’esprit du verset : « Le juste mange pour apaiser sa faim ». De même, il ne fournira pas d’efforts démesurés dans ses affaires, mais juste de quoi pourvoir à ses besoins du moment, dans l’esprit du verset : « le peu pour le juste est meilleur ». Il ne fermera pas excessivement sa main et ne dépensera pas non plus immodérément son argent : il donnera la charité selon ses moyens et prêtera comme il convient à celui qui a besoin. Il ne sera ni frivole et rieur, ni triste et affligé : il sera joyeux toute sa vie avec sérénité et douceur. Et il en va de même des autres traits de caractère. Cette attitude médiane est le chemin des sages.
  1. Tout homme qui observe le milieu dans ses dispositions est appelé un sage. Et celui qui est particulièrement scrupuleux et s’écarte légèrement, d’un côté ou de l’autre, du degré du milieu, est appelé un pieux (‘hassid). Comment cela ? Celui qui s’éloigne de l’orgueil jusqu’à l’extrême limite et qui est extrêmement humble est désigné comme pieux : telle est la mesure de la piété. S’il s’écarte de l’orgueil jusqu’au trait du milieu seulement et est modeste, il est désigné comme sage : telle est la mesure de la sagesse. Il en va de même de tous les autres traits de caractère/dispositions morales. Les pieux d’antan faisaient pencher leurs traits de caractère de l’attitude médiane vers l’un des deux extrêmes, pour certains traits dans une direction et pour d’autres dans l’autre direction. Ceci était un comportement allant au-delà de la stricte exigence de la loi.
  1. Nous sommes enjoints de suivre ces chemins intermédiaires, qui sont les chemins bons et droits, comme il est dit : « et tu marcheras dans Ses voies » ; voici ce que les Sages ont enseigné, en explication de ce commandement : « Tout comme D.ieu est appelé bienveillant, sois toi aussi bienveillant ; tout comme Il est appelé compatissant, sois toi aussi compatissant ; tout comme Il est appelé saint, sois saint toi aussi ». Ainsi les prophètes ont-ils décrit D.ieu par tous ces attributs : lent à la colère, plein de bienveillance, juste et droit, parfait, vaillant et puissant, et autres attributs similaires pour enseigner que ce sont les bons et droits chemins qu’un homme doit adopter dans son comportement et par lesquels il doit, selon ses capacités, Lui ressembler.
  1. Comment l’homme peut-il s’habituer à ces traits de caractère/dispositions morales de sorte qu’ils deviennent ancrés en lui ? Il se conformera une fois, deux fois, trois fois, dans ses actions, à ces dispositions morales médianes, et répétera cette attitude continuellement, jusqu’à ce que ces agissements deviennent faciles pour lui et qu’il n’y trouve plus d’effort, et que ces traits/dispositions morales deviennent ancrés en lui. Étant donné que le Créateur est appelé par ces attributs et qu’ils constituent la voie médiane que nous sommes tenus d’emprunter, cette voie est appelée le « chemin de D.ieu ». C’est ce chemin qu’Abraham notre père a enseigné à ses enfants, comme il est dit : « Car Je l’ai distingué, parce qu’il ordonne à ses fils et à sa maison après lui d’observer le chemin de D.ieu ». Celui qui emprunte ce chemin appelle la bienveillance et la bénédiction à son égard, comme il est dit : « afin que l’Éternel accomplisse sur Abraham ce qu’Il a déclaré à son égard ».
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