Lois relatives à la Maison d’élection
Chapitre sept
Après avoir décrit le Temple avec ses différentes parties, on s’intéresse à l’injonction faite par la Thora de le révérer. Comme expliqué au chapitre précédent, la sainteté du lieu du Temple perdure malgré la destruction. L’observance de ce commandement est donc toujours d’actualité.
- C’est un commandement positif de révérer le Temple, ainsi qu’il est dit : « et vous craindrez mon Sanctuaire ». Ce n’est pas le Temple que tu crains, mais Celui Qui a prescrit de le révérer.
- En quoi consiste le fait de le révérer ? On n’entre pas sur le mont du Temple avec son bâton à la main, ni avec les chaussures aux pieds, ni en maillot de corps, ni avec de la poussière sur les pieds, ni avec de l’argent enveloppé dans son linge noué que l’on porte de façon visible. Il va de soi qu’il est interdit de cracher par terredans tout l’espace dumont du Temple ; si besoin, on absorbera le crachat dans son vêtement. On ne traversera pas le mont du Temple en entrant par une porte et en sortant par la porte opposée pour raccourcir le trajet, mais on en fera le tour par l’extérieur, et on n’y pénétrera que pour un acte de mitsva.
- Tous ceux qui entrent sur le mont du Temple avancent en faisant le tour par la droite et sortent par le côté gauche, à l’exception de celui à qui il est arrivé un fâcheux évènement, comme un deuil ou une mise au ban de la communauté, qui fait le tour par la gauche et marche à contresens. C’est pourquoi les gens l’interrogeaient : « Pourquoi donc fais-tu le tour par la gauche ? » S’il répondait : « Je suis en deuil ! », les gens lui disaient alors : « Que Celui qui réside dans cette demeure te console ! ». S’il répondait : « J’ai été mis au ban », les gens lui disaient alors : « Que Celui qui réside dans cette demeure instille la raison en ton cœur, que tu agrées les paroles de tes amis et qu’ils te réintègrent en levant la mise au ban! ».
- Tout cohen qui a fini de servir dans le Temple et s’en va ne doit pas sortir en tournant le dos au Heikhal, mais reculer petit à petit et marcher calmement en tournant son corps sur le côté jusqu’à ce qu’il sorte du parvis. De même, les cohanim de la garde en fonction, les israélites de la délégation (maamad) et les lévites qui chantent sur leur tribune, sortent du Temple de cette manière, comme quelqu’un qui fait des pas à reculons après avoir fini sa prière. Tout cela, en vue de révérer le Temple.
- On ne se comportera pas avec légèreté face à la porte Est du Temple – appelée porte de Nikanor – car elle fait face au Saint des saints. Quiconque entre dans le parvis y marchera calmement, là où il lui est permis d’entrer. Il considérera qu’il se tient devant D.ieu ainsi qu’il est dit : « Mes yeux et Mon cœur seront là-bas à jamais ». Il avancera avec respect, crainte et frayeur, comme il est dit : « dans la Maison de D.ieu, allons avec émoi ».
- Il est interdit à quiconque de s’asseoir, dans toute la surface du parvis ; ce n’est qu’aux rois de la lignée de David qu’il est autorisé de s’y asseoir, ainsi qu’il est dit: « le roi David entra et s’assit devant l’arche deD.ieu ». Les membres du Grand Sanhédrin, qui s’asseyaient dans la loge de pierre taillée, ne prenaient place que dans la moitié non sanctifiée de cette loge.
- Bien que le Temple soit aujourd’hui détruit à cause de nos fautes, on est tenu de lui témoigner le même respect que lorsqu’il était construit : on ne pénètrera que dans les espaces où l’on avait le droit d’entrer, on ne s’assiéra pas dans l’espace qui était celui du parvis, et on ne se conduira pas avec légèreté face à la porte Est du parvis. C’est ce qu’on apprend du verset : « Vous garderez mes chabbat et craindrez Mon Sanctuaire » : tout comme l’observance du chabbat est un commandement éternel, de même le respect du Temple est éternel, car bien que détruit, la sainteté du lieu subsiste.
- Du temps où le Temple était construit, il était interdit de se comporter avec légèreté à l’approche de Jérusalem, depuis Tsofim – endroit situé hors de Jérusalem mais à partir duquel il était possible de voir le Temple– et en deçà. Cela, à condition qu’on voie effectivement le Temple de l’endroit où l’on se trouveet qu’il n’y ait pas de barrière faisant séparation entre soi et le Temple.
- Il est interdit pour toujours, même après la destruction du Temple, de déféquer ou de dormir entre l’est et l’ouest, et il est inutile de dire que l’on n’oriente pas un lieu d’aisances entre l’est et l’ouest, et ceci en tout lieu, car le Heikhal était à l’ouest. C’est pourquoi on ne défèque ni vers l’ouest ni vers l’est – qui fait face à l’ouest – mais c’est entre le nord et le sud que l’on fait ses besoins et que l’on dort. Quiconque urine, à partir de Tsofim et en deçà, ne s’assiéra pas en faisant face au Temple mais vers le nord ou le sud, ou en se plaçant de façon à avoir le Temple sur le côté.
- Il est interdit de construire une maison sur le modèle du Heikhal, un vestibule sur le modèle de l’Oulam, une cour sur le modèle du parvis, une table ayant la forme de la table des pains de proposition, un candélabre ayant la forme de la ménora. Mais on peut faire un candélabre de cinq ou huit branches, ou encore un candélabre qui n’est pas en métal même s’il a sept branches.
- Il y avait trois camps dans le désert : le camp d’Israël avec ses quatre campements, le camp des lévites dont il est dit : « autour du Tabernacle ils camperont » et le camp de la Présence Divine, allant depuis la porte de la cour de la Tente d’assignation – c’est-à-dire la cour du tabernacle – et à l’intérieur. Il y a de même trois camps correspondants pour les générations futures: de l’entrée de Jérusalem et au-delà jusqu’au mont du Temple, c’est comme le camp d’Israël ; de l’entrée du mont du Temple jusqu’à l’entrée du parvis – la porte de Nikanor – c’est comme le camp des lévites ; depuis la porte du parvis et à l’intérieur, c’est le camp de la Présence Divine. Le ‘Heil et la cour des femmes étaient des endroits empreints d’une sainteté d’un degré supérieur à celle du mont du Temple, et cette distinction existait uniquement dans le Temple éternel et n’avait pas d’équivalent dans le tabernacle.
- La terre d’Israël tout entière est plus sainte que les autres terres. Comment s’exprime sa sainteté ? Par le fait que l’on apporte l’offrande de l’omer de l’orge qui y pousse, l’offrandedes deux pains du blé qui y pousse et les prémices des sept fruits de la terre d’Israël, alors que l’on n’apporte pas ces offrandes de la récolte provenant des autres terres.
- Il existe dix degrés de sainteté dans le pays d’Israël, l’un supérieur à l’autre : les villes entourées d’une muraille sont plus saintes que le reste du pays, puisque les personnes atteintes de tsaraat sont renvoyées de ces villes et que l’on ne peut y enterrer un corps que si les sept notables de la ville ou tous ses habitants y consentent. Et si le corps a déjà été emporté hors de la ville, on ne l’y ramène pas même si tous sont d’accord pour l’y ramener. Si les habitants de la ville entourée d’une muraille veulent déplacer une tombe hors de la ville, ils peuvent le faire : toutes les tombes peuvent être déplacées hors de la ville, exceptée celle d’un prophète ou d’un roi. Dans le cas d’une tombe qui a été entourée par la ville, c’est-à-dire que le territoire de la ville a été élargi et des maisons ont alors été construites autour de la tombe déjà existante, que la tombe ait été entourée par la ville de ses quatre côtés ou de deux côtés l’un face à l’autre, telle est la règle : si elle est située à plus de cinquante coudées de part et d’autre de la ville, elle ne sera déplacée que si tous les habitantsle veulent. Si elle est située à moins de cinquante coudées, on la déplace.
- Jérusalem est plus sainte que les autres villes entourées d’une muraille, puisqu’on peut consommer à l’intérieur de sa muraille la viande des sacrifices de moindre sainteté et la seconde dîme. Voici les choses qui ont été dites concernant Jérusalem : on n’y laisse pas un mort passer la nuit sans être enterré; on n’y fait pas passer des ossements humains; on n’y met pas des maisons en location ; on ne permet pas à un étranger résident (guer tochav) de s’y installer ; on n’y garde aucune sépulture excepté les sépultures des rois de la lignée de David et celle de la prophétesse ‘Houlda, qui s’y trouvaient déjà à l’époque des premiers prophètes ; on n’y plante pas de jardins ou de vergers, on n’ensemence pas de champ et on ne laboure pas le sol, de peur que cela ne crée une mauvaise odeur ; on n’y conserve aucun arbre, excepté dans le jardin des Roses qui y existait à l’époque des premiers prophètes ; on n’y garde pas des tas d’ordures afin d’éviter la présence de cheratsim ; on ne fait pas sur les murs des maisons de poutres en saillie ou de balcon qui avancent sur la voie publique, afin de ne pas propager l’impureté ; on n’y fait pas de fourneau de potier à cause de la fumée qui noircirait la muraille ; on n’y élève pas de volaille pour préserver la pureté de la viande des sacrifices. De même, les cohanim n’élèvent de volaille nulle part en terre d’Israël pour ne pas souiller la nourriture pure – la terouma – qu’ils reçoivent et qui doit être préservée en état de pureté. Une maison vendue à Jérusalem n’est pas acquise définitivement à son acheteur ; une maison ne peut y être rendue impure par des taches de tsaraat ; Jérusalem ne peut être déclarée « ville dévoyée » et la ville de Jérusalem n’apporte pas de génisse à la nuque brisée, la raison dans ces quatre derniers cas étant que Jérusalem n’a pas été partagée entre les tribus.
- Le mont du Temple a une sainteté supérieure à la ville de Jérusalem, car les hommes atteints de flux (zav), les femmes zava, les femmes nidda et les femmes accouchées ne peuvent y pénétrer. Mais il est permis d’amener un mort sur le mont du Temple, et inutile de dire qu’une personne devenue impure par contact avec un mort peut y pénétrer.
- Le ‘Heil est plus saint puisque les non-Juifs et ceux qui sont devenus impurs par contact avec un mort ou d’une relation avec une femme nidda ne peuvent y pénétrer.
- La cour des femmes est plus sainte que le ‘Heil puisqu’une personne qui s’est immergée au cours de la journée (tevoul yom) pour se purifier d’une impureté rituelle ne peut y pénétrer. Cependant,cette interdiction est d’ordre rabbinique. Au regard de la Thora, il est permis à un tevoul yom de pénétrer dans le camp des lévites. Et si une personne impure par contact avec un mort entre involontairement dans la cour des femmes, elle n’est pas tenue d’apporter un sacrifice expiatoire car l’interdiction est d’ordre rabbinique.
- La cour des israélites est plus sainte que la cour des femmes puisqu’un « individu auquel l’expiation manque »ne peut y entrer. Et celui qui y entre en état d’impureté est passible de retranchement (karet).
- La cour des cohanim est encore plus sainte, puisqu’un non-cohen n’y entre pas, si ce n’est pour les besoins de son offrande: pour l’imposition des mains sur l’offrande, l’abattage du sacrifice et pour le balancement de certaines parties du sacrifice lorsque cela est requis.
- L’espace entre l’autel et l’Oulam revêt une sainteté supplémentaire, puisque les cohanim atteints de défauts corporels, ceux qui ont laissé croître leur chevelure ou qui ont des vêtements déchirés ne peuvent y accéder.
- Le Heikhal revêt une sainteté encore supérieure par rapport à l’espace entre l’Oulam et l’autel, puisque seul le cohen qui a procédé aux ablutions des mains et des pieds avec l’eau du kior peut y entrer.
- Le Saint des saints est plus saint que les autres parties du Heikhal, puisque seul le grand-prêtre y entre, le seul jour de Kippour, au cours de son service.
- L’endroit qui, à l’étage supérieur, se situe juste au-dessus du Saint des saints, n’est visité qu’une fois tous les sept ans, pour envisager des travaux de réfection. Lorsque des ouvriers doivent entrer dans le Heikhal pour effectuer des travaux de construction ou de réparation ou pour sortir une impureté, c’est une mitsva de choisir à cet effet des cohanim exempts de défauts corporels et aptes au service. Si l’on n’en trouve pas, on choisira des cohanim atteints de défauts corporels. S’il n’y a pas de cohanim pour effectuer ces tâches, on pourra y faire entrer des lévites ; si l’on ne trouve pas non plus de lévites, on pourra y faire entrer des israélites. C’est une mitsva de choisir des personnes en état de pureté rituelle. Si on ne trouve pas de personnes en état de pureté rituelle, on pourra y faire entrer des personnes en état d’impureté rituelle. Entre deux cohanim, un qui est impur et un qui est atteint d’un défaut physique, on choisira ce dernier et non celui qui est impur, car l’impureté n’est que repoussée pour la collectivité. Tous ceux qui pénètrent dans le Heikhal pour y travailler y pénètrent dans des nacelles. S’il n’y a pas de nacelle ou s’il n’est pas possible aux ouvriers d’effectuer les travaux demandés à partir d’une nacelle, ils entreront par les portes.
