Lois relatives à la prière et à la bénédiction des cohanim
Chapitre quatorze
Après les lois relatives à la prière à proprement parler, les chapitres quatorze et quinze portent sur la bénédiction des cohanim, récitée aussi au cours de la prière. La Thora enjoint les cohanim de bénir le peuple : ils sont, en quelque sorte, le canal de la bénédiction divine.
Le texte de référence est le suivant (Nomb. 6, 22-27) : « L’Éternel parla à Moïse en ces termes : Parle ainsi à Aaron et à ses fils : Ainsi vous bénirez les enfants d’Israël ; vous leur direz : « Que l’Éternel te bénisse et te protège ! Que l’Éternel fasse rayonner Sa face vers toi et te soit bienveillant ! Que l’Éternel dirige Sa face vers toi et t’accorde la paix ! » Ils imposeront ainsi Mon Nom sur les enfants d’Israël, et Moi, Je les bénirai. »
Cette bénédiction est prononcée par les cohanim lors de la répétition de la Amida par l’officiant, juste après l’avant-dernière bénédiction, appelée bénédiction de « reconnaissance ». Elle était aussi récitée autrefois quotidiennement dans le Temple de Jérusalem et le Nom ineffable de D.ieu était alors prononcé (voir §§ 9-10). La bénédiction des cohanim est aussi appelée nessiat kapaïm (littéralement : « levée des paumes ») car c’est ainsi que les cohanim bénissent le peuple, en levant les mains.
- À cha’harit, à moussaf et à neïla, les cohanim lèvent les paumes pour bénir le peuple. En revanche, il n’y a pas de bénédiction des cohanim à min’ha. En effet, à l’heure de min’ha, tous les gens ont déjà pris leur repas. Il est donc à craindre que les cohanim aient bu du vin. Or, il est interdit à un cohen ivre de prononcer la bénédiction des cohanim. Même un jour de jeûne où le problème ne se pose pas, ils ne récitent pas la bénédiction des cohanim à la prière de min’ha : c’est là un décret pris pour que l’on n’en vienne pas à prononcer la bénédiction sacerdotale à la prière de min’ha quotidienne.
- Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Les jours de jeûne où l’on récite les prières de min’ha ainsi que neïla, comme le jeûne de Kippour et les jeûnes communautaires décrétés à cause des malheurs qui frappent la communauté. En revanche, les jours de jeûne où l’on ne récite pas la prière de neïla, comme le 9 av et le 17 tamouz, étant donné que la prière de min’ha est récitée peu avant le coucher du soleil, elle ressemble à neïla et n’est pas confondue avec la prière de min’ha de tous les jours. C’est pourquoi, la bénédiction des cohanim y est récitée. Si un cohen a transgressé et est monté sur l’estrade durant la prière de min’ha de Kippour, étant donné que tout le monde sait qu’il n’y a pas d’ivresse en ce jour, il peut réciter la bénédiction des cohanim. On ne le fait pas descendre, à cause de la suspicion que cela éveillerait à son égard, c’est-à-dire pour que les gens ne disent pas : « Ils l’ont fait descendre parce qu’il était disqualifié en tant que cohen ».
- Comment se déroule la bénédiction des cohanim hors du Temple ? Au moment où l’officiant arrive à la bénédiction relative à la restauration du service dans le Temple, lorsqu’il dit : Retsé, tous les cohanim présents dans la synagogue quittent leur place et ils avancent et montent sur l’estrade. Ils se tiennent debout, le visage face à l’arche, faisant dos aux fidèles, les doigts repliés dans leurs paumes, jusqu’à ce que l’officiant termine la seconde des trois bénédictions finales, appelée bénédiction de « reconnaissance ». Ils tournent alors leur visage vers les fidèles, étendent leurs doigts, lèvent les mains au niveau de leurs épaules et commencent d’eux-mêmes en disant le premier mot de la bénédiction des cohanim : Yevarékhekha (« Que l’Éternel te bénisse »). L’officiant leur dicte la suite de la bénédiction mot à mot et ils répondent en répétant après lui. En effet, il est écrit : « vous leur direz », ce qui signifie qu’ils doivent attendre jusqu’à ce qu’on leur dise le texte de la bénédiction. Lorsqu’ils terminent le premier verset, tout le monde répond Amen. L’officiant leur dicte alors le second verset mot à mot et ils répètent jusqu’à ce qu’ils terminent le second verset et tout le monde répond Amen. Et il en va de même pour le troisième verset.
- Une fois que les cohanim ont terminé de réciter les trois versets, l’officiant commence la dernière bénédiction de la prière, qui est : « Instaure la paix » (Sim Chalom). Les cohanim retournent leur visage vers l’arche et peuvent alors plier leurs doigts. Ils se tiennent sur l’estrade jusqu’à ce que l’officiant termine la bénédiction, puis ils retournent à leur place.
- L’officiant n’a pas le droit d’appeler « Cohanim ! » tant que la communauté n’a pas fini de répondre Amen à la bénédiction de reconnaissance. Et les cohanim n’ont pas le droit de commencer la bénédiction : « Béni sois Tu… Qui nous a ordonné de bénir Son peuple Israël avec amour », tant que l’appel de l’officiant n’est pas fini. La communauté ne doit pas répondre Amen tant que les cohanim n’ont pas fini de prononcer la bénédiction. Et les cohanim ne doivent pas commencer la bénédiction qui suit tant que la communauté n’a pas fini de répondre Amen à la précédente. L’officiant n’a pas le droit de se joindre aux autres fidèles pour répondre Amen à la bénédiction des cohanim de crainte qu’il ne s’embrouille et ne sache plus quelle bénédiction il doit dicter aux cohanim, le deuxième ou le troisième verset.
- Une fois qu’ils ont fini de réciter la bénédiction sacerdotale, les cohanim n’ont pas le droit de tourner le dos à la communauté tant que l’officiant n’a pas commencé Sim chalom. De même, ils n’ont pas le droit de quitter leur place sur l’estrade tant que l’officiant n’a pas terminé Sim chalom. Ils n’ont pas non plus le droit de replier leurs doigts avant d’avoir tourné le dos à la communauté. L’une des ordonnances de Rabban Yo’hanan ben Zakaï dispose que les cohanim ne montent pas sur l’estrade avec leurs chaussures, mais qu’ils s’y tiennent pieds nus.
- Lorsque les cohanim bénissent la communauté, ils ne doivent pas regarder les fidèles et distraire leur attention, mais leurs yeux doivent être orientés vers le sol, comme quelqu’un qui se tient en prière. Il n’est pas permis de regarder les cohanim au moment où ils bénissent la communauté, afin de ne pas distraire son attention. Les fidèles doivent tous se concentrer pour écouter la bénédiction, en orientant leur visage vers le visage des cohanim, sans toutefois les regarder.
- S’il y a un seul cohen qui bénit les fidèles, il commence de lui-même à bénir, sans que l’officiant n’appelle : « Cohanim ! ». Et l’officiant lui fait répéter la suite mot à mot, comme nous l’avons expliqué. Si les cohanim sont deux ou plus, ils ne commencent pas à bénir avant d’avoir été appelés par l’officiant. Celui-ci leur dit : « Cohanim ! », et les cohanim répondent et disent Yevarékhekha. Puis, l’officiant leur fait répéter la suite mot à mot selon l’ordre précédemment indiqué.
- Comment se déroule la bénédiction des cohanim dans le Temple ? Les cohanim montent sur l’estrade après avoir achevé le service du sacrifice quotidien du matin. Ils lèvent leurs mains au-dessus de la tête, les doigts étendus, à l’exception du grand-prêtre qui ne doit pas lever les mains plus haut que la plaque frontale qu’il porte et sur laquelle est gravé le Nom de D.ieu. L’un des israélites présents leur fait répéter le texte des bénédictions mot à mot, comme ce que l’on fait hors du Temple, jusqu’à ce qu’ils terminent les trois versets. Les gens ne répondent pas Amen après chaque verset ; ces trois versets sont lus, au Temple, comme une seule bénédiction. Et lorsque les cohanim terminent, tout le monde répond : « Béni soit l’Éternel D.ieu, D.ieu d’Israël depuis ce monde jusqu’au monde futur ».
- Les cohanim dans le Temple prononcent le Nom de D.ieu comme il s’écrit, c’est-à-dire le Nom Youd—Hé—Vav—Hé. C’est le « Nom explicite » auquel il est partout fait référence. Mais hors du Temple, les cohanim prononcent le Nom divin de la manière habituelle, à savoir Alef–Dalet-Noun–Youd, car ce n’est que dans le Temple que le Nom de D.ieu est prononcé comme il s’écrit. Depuis la mort de Chimone le juste, les cohanim ont arrêté de bénir le peuple avec le Nom explicite de D.ieu, même dans le Temple, afin d’éviter qu’un homme indigne et inapte ne l’apprenne. Les Sages des premières générations n’enseignaient ce Nom à leurs disciples et à leurs fils, dignes, qu’une fois tous les sept ans : tout cela, par respect pour le Nom révéré et redoutable.
- Quel que soit l’endroit où elle est récitée, la bénédiction des cohanim n’est dite que dans la langue sainte, ainsi qu’il est dit : « Ainsi vous bénirez les enfants d’Israël ». Telle est l’interprétation que les Sages ont reçue par tradition orale depuis Moïse notre maître, puisse son âme reposer en paix : « Ainsi vous bénirez », debout ; « Ainsi vous bénirez », en levant les mains ; « Ainsi vous bénirez », dans la langue sainte ; « Ainsi vous bénirez », face à face avec la communauté; « Ainsi vous bénirez », à haute voix ; « Ainsi vous bénirez », en prononçant le Nom explicite ; cela, dans le Temple uniquement, comme nous l’avons expliqué.
- Quel que soit l’endroit où ils récitent la bénédiction, les cohanim n’ont pas le droit d’ajouter une bénédiction aux trois versets précédemment cités, comme par exemple : « Veuille l’Éternel, D.ieu de vos pères, vous rendre mille fois plus nombreux encore » ou autre verset semblable, que ce soit à voix haute ou à voix basse. En effet, il est dit : « vous n’y ajouterez rien ». Chaque cohen dit, lorsqu’il quitte sa place pour monter sur l’estrade : « Qu’il soit Ta volonté, Éternel notre D.ieu, que cette bénédiction, par laquelle Tu nous as ordonné de bénir Ton peuple Israël, soit une bénédiction pleine et qu’elle ne soit pas entravée par des obstacles ou par la faute, de maintenant et à jamais ». Et avant de tourner le visage pour bénir le peuple, il récite la bénédiction : « Béni sois-Tu, Éternel notre D.ieu, Roi de l’univers, Qui nous a sanctifiés par la sainteté d’Aaron et nous a ordonné de bénir Son peuple Israël avec amour. » Puis, il tourne son visage vers la communauté et commence à bénir les fidèles. Lorsqu’il tourne le dos à la communauté après avoir terminé, il dit : « Nous avons fait ce que Tu as décrété sur nous, fais envers nous ce que Tu nous as promis : regarde de Ta sainte demeure, des cieux, et bénis Ton peuple Israël. »
- Lorsque les cohanim tournent leur visage vers les fidèles pour les bénir, et lorsqu’ils tournent le dos aux fidèles après les avoir bénis, ils doivent se tourner du côté droit, dans le sens des aiguilles d’une montre. Cela s’applique en tout lieu, aussi bien au Temple qu’en dehors. De même, à chaque fois que l’on fait un tour, on le fera seulement du côté droit.
- Dans le Temple, on récite la bénédiction des cohanim une fois dans la journée, après le sacrifice quotidien du matin. Les cohanim viennent, se tiennent sur les marches menant au Oulam et récitent la bénédiction, comme nous l’avons expliqué. En revanche, hors du Temple, ils récitent la bénédiction après chaque prière de la journée, à l’exception de la prière de min’ha, comme nous l’avons expliqué. En tout lieu, on s’efforce d’avoir un israélite – qui n’est pas un cohen – pour faire répéter les bénédictions aux cohanim, ainsi qu’il est dit : « vous leur direz », ce qui implique que celui qui leur fait répéter les bénédictions n’est pas des leurs.
