Lois relatives à la prière et à la bénédiction des cohanim
Introduction
Elles comprennent deux commandements positifs : le premier, servir D.ieu chaque jour par la prière ; le second, que les cohanim bénissent le peuple juif chaque jour. Ces commandements sont exposés dans les chapitres ci-après.
La prière occupe une place fondamentale dans le judaïsme. Véritable rendez-vous quotidien, elle ponctue la journée juive. Matin, après-midi et soir, dans chaque période du jour, il y a un temps pour la prière.
Évoquée à plusieurs reprises dans la Thora et dans la Bible en général, la prière apparaît avant tout comme une expression d’humilité et une prise de conscience de la grandeur divine. Elle est un moyen de penser à D.ieu, de L’aimer et de Le craindre. La prière est l’expression d’un manque fondamental : le fidèle est conscient de son inachèvement. Par la prière il présente aussi ses requêtes devant D.ieu. Mais la formulation d’une requête doit toujours être précédée des louanges de D.ieu et suivie de remerciements. L’exemple de Moïse est ici suivi : l’entrée en terre d’Israël qu’il sollicite fait suite à un hommage rendu à D.ieu (cf. Deut. 3, 25). La prière dépasse cependant le cadre des requêtes et des besoins de l’humain. Elle se veut un véritable dialogue entre l’homme et son Créateur, dans lequel la conscience du moi s’efface devant celle du Divin. C’est que le terme en hébreu qui signifie la prière n’est pas bakacha (traduction du mot requête), mais tefila. L’étymologie du mot tefila est à trouver dans les expressions naftoulei elokim niftalti (Gen. 30, 8) et hatofel keli héress (Michna, Kélim 3, 5), où il est synonyme d’attache, de lien. Au-delà des requêtes personnelles formulées, la prière se veut donc un lien entre l’humain et le Divin, une forme de dépassement de soi, entre matérialité et spiritualité. Dans une autre acception, le mot tefel, orthographié avec un têt, veut alors dire « accessoire, secondaire ». C’est bien l’effacement du moi qui est ici signifié : l’homme en prière se défait de son propre ego pour approcher le Divin.
Le Livre de la Genèse rapporte le rêve du patriarche Jacob, celui d’une échelle « posée à terre et dont le sommet atteint le Ciel » (Gen. 28, 12). Selon le Zohar (I, 266b ; III, 306b), cette échelle figure la prière dont, en quelque sorte, on gravit les échelons, du plus bas du monde matériel au plus haut du spirituel. On peut dès lors mieux comprendre l’apparent paradoxe que renferme la prière. Moment privilégié, cette expérience spirituelle n’oublie pas les réalités de la vie pratique : le texte de la prière ne regorge-t-il pas de requêtes aux connotations très matérielles ? Précisément, c’est ce lien, cette jonction entre terre et Ciel, que l’homme en prière s’efforce de réaliser.
La Thora elle-même ne fixe pas le nombre et les horaires des prières. Les trois prières quotidiennes trouvent leur origine dans l’histoire des Patriarches : Abraham initie la prière du matin (cha’harit), Isaac celle de l’après-midi (min’ha) et enfin Jacob celle du soir (arvit). Cependant, il ne s’agissait pas encore là d’une obligation religieuse. D’un point de vue légal, les trois prières furent imposées par les anchei knesset haguedola, les membres de la Grande Assemblée. Présidés par Ezra le scribe, ils calquèrent les prières sur le modèle des sacrifices. Les horaires des prières quotidiennes ainsi que des prières supplémentaires des jours de chabbat et de fête correspondent ainsi aux sacrifices pratiqués autrefois dans le Temple de Jérusalem. Ce parallèle entre prière et sacrifices est très significatif. La prière représente bien un sacrifice. L’animal physique y est remplacé par les instincts et les pulsions de l’homme qui doivent être raffinés et consumés dans le feu de la prière. La conscience d’être en présence de D.ieu et les mots de la prière permettent la naissance d’un horizon nouveau dans lequel le monde, avec ses plaisirs et ses peines, semble s’évanouir pour laisser place aux choses vraies.
La prière, qui se définit comme le « service du cœur », doit aussi être articulée verbalement. Aucun texte n’est prescrit par la Thora : elle laisse chacun libre de s’exprimer à son gré. Le texte normé de la prière que nous connaissons fut institué plus tard, par les membres de la Grande Assemblée. Composé au départ de dix-huit, puis de dix-neuf bénédictions, il porte le nom de Chemoné Essré (« [Prière des] dix-huit [bénédictions] ») ou Amida (« [Prière dite] debout »). Les bénédictions de la Amida comprennent, selon les termes de Maïmonide, « toutes les requêtes, comme des généralités qui incluent les désirs individuels ainsi que les besoins de la communauté dans son ensemble ».
On trouvera aussi dans ces lois nombre d’exigences à respecter pour se préparer à la prière, tant sur le plan physique (par exemple, se laver les mains, le visage et les pieds avant la prière) que moral (afin d’avoir l’esprit disponible et concentré pour celle-ci).
Concernant les termes en hébreu répétés à maintes reprises dans le texte, le parti a été pris de les laisser dans la langue originale (en transcription phonétique) plutôt que de les traduire systématiquement en français. Cela, dans le but de faciliter l’accès au texte au lecteur familier de cette terminologie et d’offrir au lecteur non initié la possibilité d’assimiler les termes les plus usités par la Tradition. C’est ainsi que les sections de la Thora portant un nom connu (comme les 54 sections de la Thora) ont été désignées uniquement par ce nom, sans traduction. Dans le cas où le Rambam y fait référence par un verset entier ou quelques mots, une traduction a été faite, mais le nom courant de la section a été indiqué entre crochets.
