Lois relatives à la repentance

Chapitre huit

Le Rambam s’intéresse désormais au sujet de l’ultime récompense donnée à l’homme pour l’observance de la Thora et des commandements : le monde futur (olam haba). Différentes références au « monde futur » apparaissent dans les textes de nos Sages, qui parlent de ceux qui « ont part au monde futur » ou « n’y ont pas part » en raison de leurs fautes. On ne trouve cependant aucune description exacte de celui-ci. C’est précisément à cette ultime récompense que le Rambam s’intéresse dans les deux chapitres qui suivent. Il faut bien préciser que le Rambam ne parle pas ici de l’époque de l’avènement messianique, mais bien d’une étape ultérieure. L’avènement messianique est en effet caractérisé par le rétablissement de la royauté au sein d’Israël et la possibilité d’atteindre la plénitude dans l’étude de la Thora et la pratique des commandements. Ce n’est donc pas une récompense, mais un aboutissement, comme le Rambam l’exprime clairement à la fin du ch. 9. Pour le Rambam, à la différence d’autres commentateurs, le monde futur est spirituel : c’est la récompense de l’âme.

  1. Le bien caché et gardé en réserve pour les justes est la vie du monde futur. C’est une vie sans mort, un bien sans mal. C’est là ce qui est écrit dans la Thora: «afin que ce soit bien pour toi et que tu prolonges tes jours»; la tradition explique: «afin que ce soit bien pour toi» dans un monde qui sera entièrement bon, «et que tu prolonges tes jours» dans un monde où l’existence sera entièrement longue, à savoir le monde futur qui est éternel. La récompense des justes est qu’ils mériteront ce délice et vivront dans ce bien. Le châtiment des méchants est qu’ils ne mériteront pas cette vie, mais seront retranchés et mourront. Quiconque ne mérite pas cette vie mourra en ce sens qu’il ne connaîtra pas la vie éternelle, mais sera retranché du fait de sa perversité et disparaîtra comme une bête. C’est là la punition de « retranchement » (karet) dont parle la Thora, ainsi qu’il est dit: « retranchée, cette âme sera retranchée»; la tradition explique ainsi cette double référence au retranchement: «retranchée» de la vie en ce monde, «cette âme sera retranchée» de la vie dans le monde futur, c’est-à-dire que cette âme, après sa séparation du corps au terme de son existence en ce monde, ne méritera pas la vie du monde futur, mais sera aussi retranchée de la vie du monde futur.
  1. Dans le monde futur, il n’y a rien de corporel, mais uniquement les âmes des justes, sans corps, à l’instar des anges du service. Et puisqu’il n’y a pas de corps, il n’y a ni manger, ni boire, ni aucune des choses dont le corps humain a besoin en ce monde. Il ne s’y produit aucun des évènements qui affectent les corps en ce monde, comme le fait d’être assis, le fait d’être debout, le sommeil, la mort, la tristesse, le rire et ce qui est semblable. Voici ce que les anciens Sages ont dit: «Dans le monde futur, il n’y a nimanger, ni boire, ni relation conjugale, mais les justes seront assis avec leur couronne sur la tête et ils jouiront du rayonnement de la Présence Divine ». Ce texte t’indique clairement qu’il n’y a pas de corps puisqu’il n’y a ni manger ni boire. Et l’expression: «les justes seront assis», qui décrit un phénomène corporel, est en fait une allégorie, qui signifie que les justes s’y trouveront sans peine et sans effort. De même, l’expression: «leur couronne sur la tête» est une allégorie qui signifie que la connaissance qu’ils ont acquise en ce monde et grâce à laquelle ils ont mérité le monde futur, s’y trouvera avec eux. Celle-ci est leur « couronne », dans le même sens que ce qu’a dit le roi Salomon: «orné de la couronne dont sa mère l’a couronné». Et tout comme dans la prophétie d’Isaïe, où il est dit concernant la délivrance future: «et une joie éternelle sur leur tête», la joie n’est pas une substance matérielle pour être posée sur la tête, de même, la «couronne» dont parlent ici les Sages est la connaissance qui sera présente avec les justes. Et que signifie ce qu’ils ont dit: « les justes jouiront du rayonnement de la Présence Divine»? Cela veut dire qu’ils atteindront une connaissance et une perception de la réalité de l’existence du Saint Béni soit-Il à laquelle ils ne peuvent parvenir quand ils sont dans un corps obscur et bas.
  1. L’âme, à chaque fois que l’on en parle dans ce contexte, n’est pas le principe de vie qui a besoin du corps. C’est la «forme de l’âme», c’est-à-dire l’intelligence, qui déjà en ce monde a atteint une connaissance du Créateur – autant qu’elle en est capable – et qui a acquis une connaissance des intelligences immatérielles – les anges – et des autres œuvres de D.ieu. C’est la «forme» que nous avons définie au chapitre quatre des lois relatives aux fondements de la Thora, qui est appelée « âme » dans ce contexte. Cette vie du monde futur, étant donné qu’elle est immortelle – la mort n’étant que l’un des accidents qui affectent les corps, or, il n’y aura pas de corps – est appelée: «le faisceau de la vie», comme il est dit: «l’âme de mon maître restera liée au faisceau de la vie». C’est la récompense la plus haute qui soit, le bien au-delà duquel il n’existe aucun autre bien, celui auquel tous les prophètes ont aspiré.
  1. Plusieurs noms lui ont été donnés allégoriquement: «la montagne de D.ieu», «Son saint lieu», «le chemin de sainteté», «les cours de D.ieu», «la splendeur de D.ieu», «la tente de D.ieu», «le palais de D.ieu», «la maison de D.ieu», «la porte de D.ieu». Les Sages ont allégoriquement nommé ce bien destiné aux justes le«repas»; généralement, ils l’appellent «le monde futur».
  1. La punition la plus sévère qui soit, consiste à ce que l’âme soit retranchée et ne mérite pas cette vie, comme il est dit: «retranchée, cette âme sera retranchée; sa faute est sur elle». C’est la perdition, ce que les Prophètes appellent allégoriquement «le puits de la destruction», «la perdition», «Tafté», « sangsue» ; et toutes les expressions d’anéantissement et de destruction sont utilisées pour la désigner, car c’est l’annihilation qui n’a pas derenaissance, la perte qui est irrémédiable.
  1. Peut-être considéreras-tu ce bien avec légèreté et penseras-tu que la récompense adéquate pour l’accomplissement des commandements et pour l’homme ayant suivi avec intégrité les voies de la vérité ne serait pour lui que de manger et boire ce qu’il y a de bon, d’avoir des rapports charnels avec de belles créatures, de porter du fin lin et desbroderies, d’habiter dans des palais d’ivoire en se servant d’objets d’argent et d’or, et autres choses similaires, comme l’imaginent les arabes insensés et sots, qui mènent une vie dissolue. Mais les sages et les personnes douées d’intelligence savent que toutes ces choses ne sont que futilité et d’aucune utilité. Elles ne sont considérées par nous comme un grand bien en ce monde que parce que nous sommes des êtres avec un corps physique, qui a besoin de toutes ces choses. L’âme ne les désire et n’y aspire que parce qu’elles sont nécessaires au corps et lui permettent de satisfaire ses désirs et de maintenir sa santé. Mais lorsqu’il n’y a plus de corps, toutes ces choses sont réduites au néant. Cet immense bien que l’âme éprouvera dans le monde futur, il n’est aucun moyen de le saisir et de le connaître, car nous ne connaissons en ce monde que le bien du corps, auquel nous aspirons. Mais ce bien-là est immensément plus grand, et ne peut nullement être comparé aux biens de ce monde si ce n’est par métaphore. Mais en vérité, comparer ce bien de l’âme dans le monde futur aux bienfaits dont jouit le corps en ce monde en mangeant et buvant est impossible: la grandeur de ce bien est insondable et au-delà de toute comparaison. C’est ce qu’a dit le roi David: «Ah! Qu’il est grand, Ton bien que Tu as caché et gardé en réserve pour ceux qui Te craignent…»
  1. Combien David désira-t-il ardemment le monde futur, comme il est dit: «Ah, si je n’avais eu la foi de voir la bonté de D.ieu sur la terre de vie». Les Sages des premiers temps nous ont déjà avisés qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de saisir clairement le bien du monde futuret que personne d’autre que le Saint Béni soit-Il ne connaît sa grandeur, sa beauté et sa puissance ; que tous les bienfaits que les prophètes ont annoncés au peuple juif ne sont que des choses matérielles dont Israël jouira à l’époque du roi Machia’h, lorsque la souveraineté sera restaurée au peuple juif. Mais le bien du monde futur, rien ne peut lui être comparé. Les prophètes n’en ont pas fait une description imagée, pour ne pas le diminuer par des comparaisons. C’est là ce qu’Isaïe a dit: «Aucun œil n’a vu, ô D.ieu, excepté Toi, ce qu’Il va faire à celui qui L’attend». C’est-à-dire que le bien que l’œil d’aucun prophète n’a vu et que seul D.ieu a vu, c’est ce bien que D.ieu a fait pour l’homme qui L’attend. Ainsi, les Sages ont dit: «Tous les prophètes n’ont prophétisé que concernant l’ère messianique ; mais le monde futur, « Aucun œil ne l’a vu, ô D.ieu, excepté Toi». »
  1. La raison pour laquelle les Sages ont appelé ce bien «le monde futur» n’est pas que celui-ci n’existe pas à présent et ne viendra qu’après que ce monde aura disparu. Il n’en est pas ainsi. Au contraire, le monde futur existe déjà à présent, comme il est dit: «que Tu as caché et gardé en réserve pour ceux qui Te craignent, que Tu as façonné…». En fait, ils ne l’ont appelé «monde futur» que parce que l’homme n’entrera dans cette vie ultime qu’après la vie dans ce monde où nous existons avec un corps et une âme et qui est l’existence que tout homme connaît initialement.
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