Lois relatives à la repentance
Chapitre trois
Dans ce chapitre, le Rambam expose le principe de la mise en balance des fautes et des mérites, autrement dit, comment sont comptés et jugés les fautes et les mérites de l’individu et de la collectivité. Il définit aussi les catégories de personnes dont il est dit qu’elles n’ont pas part au monde futur.
- Chaque être humain a des mérites et des fautes. Celui dont les mérites excèdent les fautes est un juste. Celui dont les fautes excèdent les mérites est un méchant. Celui dont les fautes et les mérites s’équivalent est un homme intermédiaire. Il en va de même pour un pays : si les mérites de tous les habitants excèdent leurs fautes, c’est un pays juste ; si leurs fautes excèdent leurs mérites, c’est un pays perfide. Et il en va de même pour le monde considéré dans son ensemble.
- Un homme dont les fautes excèdent les mérites meurt immédiatement dans son iniquité, ainsi qu’il est dit : « à cause de la multitude de tes méfaits ». De même, un pays dont les fautes des habitants dépassent leurs mérites périt immédiatement, comme il est dit : « Comme le cri de Sodome et Gomorrhe est grand ». Il en est de même du monde entier : si les fautes des hommes excèdent leurs mérites, ils sont immédiatement détruits, ainsi qu’il est dit à propos de la génération du déluge : « l’Éternel vit que grands étaient les méfaits de l’homme ». Fautes et mérites ne sont pas pesés selon leur nombre, mais selon leur importance : un mérite peut contrebalancer plusieurs fautes, ainsi qu’il est dit au sujet d’Aviya fils de Jéroboam : « car en lui, se trouvait quelque chose de bien ». Et une faute peut contrebalancer plusieurs mérites, comme il est dit : « Mais une faute détruira beaucoup de bien ». Mettre en balance les fautes et les mérites n’est laissé qu’à la discrétion de D.ieu, Omniscient, qui sait, Lui, comment évaluer les mérites en regard des fautes.
- Celui qui se ravise concernant les mitsvot qu’il a accomplies et regrette ses mérites, se disant en son cœur : « À quoi ces actions m’ont-elles servi ? Puissé-je ne pas les avoir faites ! » les perd toutes. Aucun mérite ne lui sera pris en compte lors du jugement, ainsi qu’il est dit : « La vertu du juste ne le préservera pas au jour de son péché » ; cela n’est dit que de celui qui déplore et désavoue ses bonnes actions passées. De même que les mérites et les fautes d’un homme sont pesés à l’heure de sa mort, de même chaque année, les fautes et les mérites de chacun sont pesés lors de la fête de Roch Hachana : celui qui est déclaré juste est scellé pour la vie. Celui qui est déclaré méchant est scellé pour la mort. Et l’homme moyen, son jugement est mis en suspens jusqu’au jour de Kippour : s’il se repent, il est scellé pour la vie. Sinon, il est scellé pour la mort.
- Bien que la sonnerie du chofar le jour de Roch Hachana soit un décret de l’Écriture, elle comporte aussi une allusion. C’est comme si elle disait : « Réveillez-vous, dormeurs, de votre sommeil, et levez-vous, vous qui sommeillez profondément, de votre léthargie ! Examinez vos actions, repentez-vous et souvenez-vous de votre Créateur ! Ceux qui oublient la vérité en raison des futilités du temps et s’abandonnent toute l’année à des futilités et des vanités qui ne leur sont d’aucune utilité et d’aucun salut, scrutez votre âme et amendez vos voies et vos actions ! Que chacun de vous abandonne ses mauvais chemins et ses mauvaises pensées ! » C’est pourquoi, il importe à tout un chacun de se considérer, tout au long de l’année, comme à moitié méritant et à moitié coupable ; et de même, considérer le monde entier comme à moitié méritant et à moitié coupable. S’il commet une faute, il fait pencher la balance, pour lui-même et pour le monde entier, du côté de la culpabilité et cause sa destruction ; s’il accomplit une mitsva, il fait pencher la balance, pour lui-même et pour le monde entier, du côté du mérite et apporte ainsi, pour lui-même et pour le monde entier, le salut et la délivrance. C’est ce qui est dit : « Le juste est le fondement du monde » ; c’est celui qui, en agissant avec justice, a fait pencher la balance pour le monde entier du côté du mérite et l’a sauvé. C’est pour cette raison que toute la maison d’Israël a la coutume de multiplier les dons à la charité et les bonnes actions et de se consacrer aux mitsvot, depuis Roch Hachana jusqu’à Kippour, plus que tout le reste de l’année. C’est une coutume universellement acceptée durant ces dix jours de se lever plus tôt, quand il fait encore nuit, pour prier dans les synagogues en exprimant des supplications et des paroles poignantes, jusqu’à l’aube.
- Lorsqu’on pèse les fautes d’un homme en regard de ses mérites, on ne prend en compte ni la première faute qu’il a commise, ni la seconde, mais seulement à partir de la troisième faute et au-delà. S’il se trouve que ses fautes, à compter de la troisième et au-delà, excèdent ses mérites, ces deux premières fautes s’additionnent aux autres et il est jugé sur le tout. Mais s’il se trouve que ses mérites contrebalancent ses fautes à compter de la troisième, on lui fait grâce de toutes ses fautes une à une. En effet, la troisième faute est désormais considérée comme première, puisque les deux premières ont été pardonnées ; de même, la quatrième est considérée comme première, dès lors que la troisième a été pardonnée ; et ainsi de suite jusqu’à la fin. De quel cas dit-on que les deux premières fautes ne sont pas prises en compte ? Pour un particulier, ainsi qu’il est dit : « Voyez, tout cela, D.ieu le fait deux fois ; trois fois avec l’homme ». Mais pour la collectivité, la première, la seconde et la troisième faute sont suspendues, comme il est dit : « Pour trois fautes d’Israël ; mais pour les quatre Je ne leur pardonnerai pas ». Et lorsqu’on fait le décompte de leurs mérites et de leurs fautes de la manière indiquée, on compte à partir de la quatrième faute. Un homme intermédiaire, dont les fautes et les mérites s’équivalent, s’il compte parmi sa moitié de fautes celle de ne jamais avoir mis les téfiline, n’obtient pas la grâce de ses fautes comme les autres hommes intermédiaires. Au contraire, il est jugé selon ses fautes ; mais il a part au monde futur. De même, tous les méchants dont les fautes sont plus nombreuses que les mérites sont jugés selon leurs fautes, mais ils ont part au monde futur. Car tous les juifs ont part au monde futur, même s’ils ont fauté, ainsi qu’il est dit : « Et Ton peuple, tous sont des justes, pour toujours ils hériteront de la terre ». La « terre » est ici une allégorie pour « la terre de la vie », c’est-à-dire le monde futur. De même, les pieux des nations du monde ont part au monde futur.
- Voici ceux qui n’ont pas de part dans le monde futur, mais sont retranchés et voués à la perdition, punis pour l’ampleur de leurs méfaits, à jamais : les minim, les épikorsim, ceux qui nient la Thora, ceux qui nient la résurrection des morts et la venue du libérateur, les apostats, ceux qui font fauter la multitude, ceux qui se séparent des chemins de la communauté, celui qui commet des fautes avec impudence et ouvertement, comme Joïakim, les délateurs, les dirigeants qui terrorisent la communauté pour des motifs personnels et non pour le Nom du Ciel, les meurtriers, les médisants et celui qui tire en avant le reste de son prépuce pour paraître incirconcis.
- Cinq sont appelés minim : (a) celui qui dit qu’il n’y a pas de D.ieu et que l’univers n’a pas de moteur souverain; (b) celui qui reconnaît l’existence d’un moteur souverain, mais dit qu’ils sont deux ou plus ; (c) celui qui dit qu’il n’y a qu’un seul Maître, mais qu’Il possède un corps et une forme ; (d) celui qui dit qu’Il n’est pas Lui seul l’Être premier et Créateur de tout ; (e) celui qui sert une autre déité pour servir d’intermédiaire entre lui et le Maître des mondes. Chacun de ces cinq individus est un mine.
- Trois sont appelés épikorsim : (a) celui qui dit que la prophétie n’existe pas et qu’aucun savoir ne parvient du Créateur à l’esprit des hommes ; (b) celui qui dénie la prophétie de Moïse notre maître ; (c) celui qui dit que le Créateur n’a pas connaissance des agissements des hommes. Chacun de ces trois individus est un épikoros. Trois sortes de personnes nient la Thora : (a) celui qui dit que la Thora n’est pas d’origine Divine ; même un seul verset, même un seul mot, s’il affirme que Moïse notre maître l’a dit de sa propre initiative, il nie la Thora ; (b) celui qui nie l’interprétation de la Thora, à savoir la Loi orale, et dénie ceux qui transmettent sa parole, à l’exemple de Tsadok et Baïtos, (c) celui qui dit que le Créateur a remplacé telle mitsva par une autre et que cette Thora, bien que d’origine divine, a été abrogée ; chacun de ces trois « dénie la Thora ».
- Deux sortes d’individus sont désignés comme apostats : l’apostat au regard d’une certaine faute et l’apostat au regard de la Thora tout entière. L’apostat au regard d’une certaine faute est celui s’est abandonné à commettre une certaine faute délibérément, au point que ses actes sont devenus de notoriété publique et que c’est devenu son habitude – même s’il s’agit d’une faute mineure, comme celle de porter des vêtements constitués d’une étoffe mixte de lin et de laine ou se raser les coins de la chevelure – comme si, pour lui, ce commandement n’existait plus du tout. C’est un apostat par rapport à cette faute, à condition qu’il agisse par défi. Un apostat par rapport à la Thora tout entière est, par exemple, celui qui abandonne volontiers la Thora pour embrasser la foi des gentils lorsqu’ils promulguent des décrets arbitraires contre les juifs ; il s’attache à eux, en disant : « Quel intérêt ai-je à m’attacher aux juifs qui sont humbles et persécutés, mieux vaut pour moi de m’attacher à ceux qui ont la main forte », celui-là est un apostat par rapport à la Thora tout entière.
- Ceux qui font fauter la multitude : de quoi s’agit-il ? Cela concerne aussi bien celui qui fait trébucher la collectivité dans une chose extrêmement grave – à l’exemple de Jéroboam, Tsadok et Baïtos – que celui qui amène la collectivité à commettre une faute mineure, fût-ce l’inobservance d’un commandement positif. Et cela concerne aussi bien celui qui force les autres à fauter – à l’exemple de Manassé qui tuait les juifs s’ils ne servaient pas des idoles – que celui qui trompe les autres et les dévoie.
- Celui qui se sépare des chemins de la communauté, même s’il n’a pas commis une transgression, mais se tient à l’écart de l’assemblée d’Israël, ne pratiquant pas les commandements en commun avec eux, se montrant indifférent à leur détresse et ne se joignant pas aux jeûnes communautaires décrétés par les Sages de sa génération en raison de l’adversité ; au contraire, il suit sa propre voie, comme s’il était l’un des gentils et n’appartenait pas au peuple juif, celui-là n’a pas part au monde futur. Celui qui commet des transgressions impudemment, comme Joïakim, qu’il ait commis des fautes mineures ou graves, il n’a pas part au monde futur. Il est appelé : « celui qui se comporte avec effronterie vis-à-vis de la Thora », car il agit avec effronterie et impudence, sans éprouver de honte à l’égard des paroles de la Thora.
- Deux sont appelés délateurs : celui qui livre un autre aux gentils en vue de le faire tuer ou de le faire battre et celui qui livre l’argent d’autrui à un gentil ou à un oppresseur, qui est comme un gentil. Tous deux n’ont pas de part au monde futur.
- Ceux qui terrorisent la communauté à des fins personnelles et non pour le Nom du Ciel : c’est celui qui gouverne la communauté par la force, si bien que les membres de la collectivité le craignent et ont très peur de lui, alors qu’il a pour seul objectif son honneur personnel et ses volontés propres, et non l’honneur du Ciel, à l’instar des souverains païens.
- Aucun de ces vingt-quatre individus que nous avons énumérés n’a part au monde futur, bien qu’il fasse partie d’Israël. Il y a d’autres fautes qui sont plus légères que celles-là ; néanmoins, les Sages ont dit que celui qui s’y habitue n’a pas part au monde futur. Il convient de s’en écarter et d’y prendre garde. Ce sont : (a) donner à autrui un surnom qui lui fait honte, (b) appeler autrui par son surnom, (c) faire honte à son prochain en public, (d) tirer de la considération en dénigrant autrui, (e) dénigrer les disciples des Sages, (f) dénigrer ses maîtres, (h) mépriser les fêtes, (i) profaner les saintetés. Dans quel cas dit-on qu’aucun de ces individus n’a de part dans le monde futur ? S’il meurt sans s’être repenti. Mais s’il s’est repenti de ses méfaits et meurt en repentant, il a part au monde futur, car rien ne résiste au repentir. Même s’il a nié l’existence de D.ieu toute sa vie durant et s’est repenti à la fin, il a part au monde futur, comme il est dit : « Paix, paix, dit-il, pour qui est loin comme pour qui est proche ! Je le guérirai. Ainsi parle l’Éternel ». Tous les méchants, les apostats et autres, qui se sont repentis, qu’ils se soient repentis ouvertement ou dans le secret, ils sont acceptés, ainsi qu’il est dit : « Revenez, enfants rebelles » ce qui signifie que bien qu’il soit encore rebelle – car il s’est repenti en secret et non ouvertement – son repentir est accepté par D.ieu, comme l’indique la fin du verset : « Je guérirai vos égarements ».
