Lois de l’idolatrie et des pratiques des païens
Chapitre deux
Après avoir exposé les dangers et les égarements auxquels l’esprit des hommes les avait menés, on s’intéresse à présent aux interdits de la Thora qui encadrent la méditation sur les sujets les plus sensibles de la métaphysique et de la théologie. Ce chapitre traite donc de l’interdit de porter trop d’intérêt aux astres, aux divinités païennes et aux questions touchant aux principes de la foi et de la faiblesse de l’esprit humain, toujours susceptible de se laisser séduire par les mensonges de l’hérésie. Le chapitre poursuit avec une parenthèse sur les lois relatives au blasphémateur.
- La prescription fondamentale au sujet de l’idolâtrie est de n’adorer aucune créature : ni ange, ni sphère céleste, ni astre, ni aucun des quatre éléments, ni aucun des êtres formés à partir de ces derniers. Même si l’adorateur est conscient que l’Éternel est le véritable D.ieu et qu’il sert la créature idolâtrée dans le même esprit qu’Énoch et ses contemporains au commencement de l’idéologie païenne, il est malgré tout considéré comme idolâtre. C’est à ce sujet que la Thora nous a interdits de nous intéresser à l’idolâtrie, en disant : « De peur que tu portes tes yeux vers le ciel et, en voyant le soleil, la lune, les étoiles, toute l’armée céleste, tu te laisses entraîner à te prosterner devant eux et les adorer, eux que l’Éternel ton D.ieu a donnés en partage à tous les peuples ». Autrement dit : peut-être laisseras-tu ton esprit vagabonder et, observant que l’univers est guidé par ces astres, que D.ieu les a répartis pour diriger le monde entier, qu’ils vivent éternellement et ne se décomposent jamais contrairement aux êtres du monde inférieur, tu penserais alors qu’il convient de se prosterner devant ces astres et de les adorer. C’est précisément à ce sujet que l’Écriture a ordonné: « Gardez-vous, de crainte que votre cœur ne se laisse séduire. » En d’autres termes : ne vous laissez pas égarer par l’imagination de votre cœur, qui vous amènerait à adorer ces astres comme intermédiaires entre vous et le Créateur.
- Les idolâtres ont rédigé de nombreux livres sur le culte de leurs dieux, définissant les principes fondamentaux de chaque culte, ses pratiques et ses règles. Le Saint Béni soit-Il nous a enjoints de ne pas du tout lire ces livres, et de ne pas songer à l’idolâtrie, ni à rien de ce qui s’y rapporte. Même le simple fait d’observer l’aspect de la figure idolâtre est interdit, comme il est dit : « Ne vous tournez pas vers les idoles. » À ce sujet il est dit : « De peur que tu ne t’enquières de leurs divinités, en disant : ‘‘Comment ces peuples servent-ils leurs dieux ?’’ » Ce verset veut dire qu’il t’est interdit de t’enquérir de la nature de leur culte, même si tu ne sers pas leurs dieux. Car t’y intéresser te conduirait finalement à te tourner vers l’idolâtrie et à imiter les idolâtres, ainsi que l’indique la fin du verset: « […] en disant : ‘‘Comment ces peuples servent-ils leurs dieux ? Pour que je fasse de même.’’ »
- Tous ces interdits concernent une seule et même chose, à savoir ne pas tourner sa pensée vers l’idolâtrie. Quiconque s’intéresse à l’idolâtrie par le biais d’une action physique, concrète, est passible de la flagellation. Ce n’est pas seulement vers l’idolâtrie qu’il est interdit de tourner ses pensées. Il nous est fait défense de présenter à notre esprit toute pensée qui pourrait conduire à rejeter l’un des principes fondamentaux de la Thora, même sans lien avec l’idolâtrie. Nous ne devons pas diriger notre esprit vers de telles pensées, y songer et nous laisser entraîner par les fantaisies de l’esprit. En effet, l’esprit de l’homme est limité, et il n’est pas donné à chacun de saisir la vérité avec clairvoyance. Ainsi, si chacun devait suivre les fantaisies de son cœur, ce serait une ruine universelle qui résulterait des limitations de l’esprit humain. Comment cela ? Parfois, l’esprit de l’homme sera attiré par l’idolâtrie ; parfois, son esprit vacillera concernant l’unité de D.ieu : peut-être est-ce vrai, peut-être non ? D’autres fois : qu’y a-t-il au-delà des cieux et qu’y a-t-il en dessous de la terre ? Qu’y avait-il avant la Création et qu’y aura-t-il après, à la fin des temps ? Parfois, ses doutes porteront sur la prophétie : peut-être est-elle avérée ? Peut-être non ? Parfois, ses doutes porteront sur la Thora : peut-être est-elle d’origine céleste, peut-être non ? Or, ignorant les principes logiques qui permettent de parvenir à une connaissance claire de la vérité, il sombrera dans l’hérésie. C’est contre cela que la Thora a énoncé un interdit, en disant : « Et vous ne vous égarerez pas à la suite de votre cœur et de vos yeux, qui vous entraînent à l’infidélité. » Autrement dit, « qu’aucun d’entre vous ne se laisse entraîner par son esprit limité, en pensant saisir la vérité ». Voici ce qu’ont dit les Sages sur ce verset : « ‘‘À la suite de votre cœur…’’, il s’agit de l’hérésie ; ‘‘… et de vos yeux’’, c’est l’impudicité. » Il est donc bien question dans ce verset de l’interdit des réflexions sur des sujets qui amènent à l’hérésie. Bien que la transgression de cet interdit puisse conduire l’homme à être privé du monde futur, elle n’est pas passible de la flagellation.
- Le précepte relatif à l’idolâtrie équivaut à tous les autres préceptes de la Thora réunis, ainsi qu’il est dit : « Si vous fautez par mégarde et n’accomplissez pas tous ces commandements… » Or la tradition orale enseigne que la faute par inadvertance dont parle le verset est l’idolâtrie. Tu apprends donc que quiconque adhère à l’idolâtrie rejette la Thora tout entière, ainsi que tous les prophètes et tout ce qui leur a été prescrit depuis Adam jusqu’à la fin des temps, comme le dit le verset suivant: « depuis le jour où l’Éternel a donné des commandements et jusqu’à vos générations ultérieures ». Inversement, quiconque rejette l’idolâtrie est considéré comme s’il acceptait la Thora tout entière, avec tous les prophètes et tous les commandements qu’ils ont reçus, depuis Adam jusqu’à la fin des temps. Rejeter l’idolâtrie est le fondement de tous les commandements.
- Un juif qui a pratiqué l’idolâtrie est regardé comme un païen en tout point et non simplement comme un juif ayant commis une faute passible de lapidation. Un renégat au regard de l’idolâtrie est considéré comme un renégat de la Thora tout entière. De même, les hérétiques au sein du peuple juif ne sont en aucun cas à considérer comme des juifs. De plus, on n’accepte jamais leur repentir, comme il est dit : « Aucun de ceux qui vont à elle [l’hérésie] n’en revient, et ils n’atteindront pas le chemin de la vie. » Les hérétiques, ce sont ceux qui, du fait des sottes questions que nous avons précédemment évoquées, s’égarent à la suite des pensées de leur cœur, au point qu’ils en arrivent à transgresser les préceptes essentiels de la Thora dans un esprit de défi, avec dédain et effronterie, affirmant qu’il n’y a aucun mal à cela. Il est interdit de converser avec eux ou de leur apporter une quelconque réfutation, comme il est dit au sujet de l’idolâtrie : « N’approche pas l’entrée de sa maison. » Et l’esprit d’un hérétique tend naturellement vers l’idolâtrie.
- Quiconque reconnaît un faux dieu comme vrai, même s’il ne l’a pas servi, insulte et blasphème le Nom vénéré et redoutable de D.ieu. Celui qui pratique l’idolâtrie est comparable au blasphémateur, ainsi qu’il est dit : « Mais celui qui aurait commis le péché d’idolâtrie d’une manière délibérée, parmi les habitants ou parmi les étrangers, celui-là outrage l’Éternel. » C’est pour cela que l’idolâtre est pendu après son exécution comme le blasphémateur et tous deux sont exécutés par lapidation. C’est pour cette raison que j’ai inclus les lois relatives au blasphémateur dans les lois relatives à l’idolâtrie, car tous deux nient le principe fondamental de la foi juive.
- Telles sont donc les lois relatives au blasphémateur : le blasphémateur n’est passible de lapidation que s’il a prononcé le Nom spécifique de quatre lettres : Alef-Dalet-Noun-Youd et a fortiori le Nom spécifique Youd-Hé-Vav-Hé, et qu’il l’a maudit en invoquant l’un des sept Noms qu’il est interdit d’effacer, comme il est dit : « Et celui qui blasphème le Nom de l’Éternel mourra… il mourra pour avoir blasphémé le Nom de l’Éternel. » Pour avoir blasphémé de cette façon le Nom spécifique de D.ieu, le blasphémateur est passible de lapidation. Mais si le blasphème porte sur l’une des autres appellations de D.ieu, il n’y a pas de peine capitale prévue et le blasphémateur est seulement coupable d’avoir transgressé un interdit de la Thora. D’aucuns affirment que le blasphémateur n’est passible de lapidation que lorsqu’il maudit le Nom Youd-Ké-Vav-Ké mais non pour le blasphème du Nom Alef-Dalet-Noun-Youd, contrairement à ce qui a été dit ci-dessus; quant à moi, je suis d’avis qu’il est passible de lapidation pour les deux Noms.
- Où se trouve dans la Thora l’énoncé de l’interdit concernant le blasphémateur ? Il est dit : « Tu ne maudiras pas Elokim». Tout au long des interrogatoires, les juges examinent la déposition des témoins du blasphème en utilisant un code du type « Que Yossé frappe Yossé ». Une fois les débats terminés, avant de prononcer la condamnation du blasphémateur, les juges font sortir tout le monde de la pièce et ils interrogent le plus important des témoins, en lui disant : « Dis-nous expressément ce que tu as entendu de la bouche du blasphémateur ». Il dit alors ce qu’il a entendu, répétant le blasphème dans son intégralité, en mentionnant cette fois le nom de D.ieu. Les juges se tiennent debout et ils déchirent leurs vêtements ; ils ne devront jamais les raccommoder. Le second témoin dit alors : « Moi aussi, j’ai entendu comme lui ». S’il y a de nombreux témoins, il faut que chacun d’eux dise : « C’est aussi ce que j’ai entendu ».
- Même si le blasphémateur est revenu sur ses propos dans le « temps d’une parole », cela n’est d’aucun effet ; dès lors qu’il a blasphémé le Nom de D.ieu devant témoins, il est lapidé. Celui qui a blasphémé le Nom de D.ieu par le nom d’un faux dieu, les zélés peuvent le tuer. Si les zélés ne l’ont pas tué et qu’il comparaît au tribunal, il n’est pas lapidé, tant qu’il n’a pas maudit le Nom de D.ieu en invoquant l’un de Ses noms ineffaçables.
- Quiconque entend le Nom de D.ieu être blasphémé – même s’il s’agit d’un Nom qui n’est pas le Nom spécifique de D.ieu, mais l’une de Ses désignations – est tenu de déchirer ses vêtements, à condition que le blasphème entendu ait été proféré par un juif. Qu’il entende le blasphème directement de la bouche du blasphémateur ou qu’il l’entende rapporté par quelqu’un qui l’a entendu de la bouche du blasphémateur, il est tenu de déchirer ses vêtements. En revanche, celui qui entend un blasphème de la bouche d’un gentil n’est pas tenu de déchirer ses vêtements. On pourrait objecter qu’Elyakim et Chevna déchirèrent leurs vêtements après avoir entendu le général assyrien Rabchaké blasphémer l’Éternel. Les Sages établissent que Rabchaké était en fait un juif renégat qui s’était mis au service de Sennachérib, empereur d’Assyrie, et c’est uniquement pour cette raison qu’Elyakim et Chevna déchirèrent leurs vêtements. Avant que le blasphémateur soit exécuté, tous les témoins et juges appuient leurs mains, l’un après l’autre, sur sa tête. Ils lui disent : « Ton sang retombe sur ta tête et nous ne serons pas punis pour ta mort, car c’est toi qui en es la cause ». De tous les condamnés à mort du tribunal, le seul pour lequel on exécute cette procédure d’imposition des mains est le blasphémateur, ainsi qu’il est dit : « Tous ceux qui ont entendu imposeront leurs mains sur sa tête, puis toute la communauté le lapidera».
