Lois relatives aux dispositions et à la conduite morales
Chapitre sept
Dans le thème du rapport à autrui, le dernier chapitre aborde les interdits liés à la parole : colportages, racontars malveillants, moqueries. Les Sages comparent la médisance au meurtre, à l’idolâtrie et à l’adultère. Ils enseignent encore que les propos médisants tuent trois personnes : celui qui les tient, celui qui les écoute et celui qui est visé. Enfin, en guise de conclusion, les interdits relatifs à la vengeance et la rancune sont étudiés.
- Celui qui colporte des faits à propos d’autrui transgresse un interdit, comme il est dit : « Ne va pas colportant parmi les tiens ». Bien que la transgression de cette interdiction ne soit pas passible de la flagellation, c’est une faute grave, qui peut avoir pour conséquence que de nombreux juifs soient tués. C’est pour cela qu’il est dit juste après : « Tu ne te tiendras pas indifférent devant le sang de ton prochain ». Va, apprends ce qui est arrivé à cause du rapport de Doeg l’Iduméen.
- Qu’est-ce que le « colporteur » ? Celui qui porte des informations et va de l’un à l’autre, en disant : « Voici ce qu’a dit untel te concernant», « Voici ce que j’ai entendu à propos d’untel ». Bien que ce soit vrai, il détruit ainsi le monde. Il y a une faute bien plus grave que cela et qui est incluse dans cette interdiction, c’est la médisance. Il s’agit de rapporter des propos dénigrants à propos d’un autre, bien que l’on dise vrai. En revanche, celui qui dit des mensonges sur autrui est appelé un « diffamateur ». Quant au médisant, c’est celui qui passe son temps à dire : « Untel a fait ceci et cela », « Ses pères étaient comme-ci et comme-çà », « Voici ce que j’ai entendu à son sujet » et tient à son égard des propos dénigrants. À ce sujet, l’Écriture a dit : « Que l’Éternel supprime tous ceux qui possèdent des lèvres mielleuses, des langues qui s’expriment avec arrogance ».
- Les Sages ont dit : « Pour trois fautes l’homme est puni dans ce monde et perd sa part au monde futur : l’idolâtrie, les rapports interdits et le meurtre ; et la médisance équivaut à elles toutes ». Les Sages ont dit encore : « Quiconque médit est considéré comme s’il niait le principe fondamental de l’existence de D.ieu, comme il est dit : « Ceux qui disent : Par notre langue, nous triomphons, nos lèvres sont notre force, qui serait notre maître ? » ». Les Sages ont dit encore : « Les propos médisants tuent trois personnes : celui qui les prononce, celui qui les accepte et celui dont on parle. Et la punition de celui qui les accepte est plus sévère que celle de celui qui les prononce ».
- Il y a des propos qui sont de la « poussière de médisance ». Comment cela ? Celui qui dit : « Qui aurait pu dire qu’untel deviendrait tel qu’il est aujourd’hui ? » ou qui dit : « Ne parlez pas d’untel ; je ne voudrais pas raconter ce qui s’est passé » ou des propos semblables à ceux-là. Quiconque fait l’éloge d’une personne en présence de ses ennemis, c’est aussi une forme de « poussière de médisance », car cela les conduira à tenir des propos dénigrants à son égard. À ce sujet, le roi Salomon a dit : « Celui qui bénit son prochain bruyamment au grand matin, c’est comme s’il le maudissait », car voulant son bien cela mènera pourtant à dire du mal de lui. De même de celui qui tient des propos médisants par plaisanterie et légèreté, c’est-à-dire sans parler avec haine. C’est ce que Salomon dit, dans sa sagesse : « Comme un dément qui lance des brandons, des flèches meurtrières et dit : Mais je plaisantais ! » Et de même, celui qui tient des propos médisants avec ruse, c’est-à-dire en parlant innocemment comme s’il ne savait pas que ses propos étaient médisants, et lorsqu’on l’en empêche, il répond : « J’ignorais que c’était de la médisance » ou « J’ignorais que c’étaient les faits d’untel que je décrivais ».
- La loi est la même que les propos médisants aient été prononcés en présence de la personne visée ou en son absence. Relater des informations qui, si elles circulent oralement d’une personne à l’autre, causeront un préjudice à autrui quant à sa personne ou à ses biens, ou même simplement de lui causer du tourment ou de la peur, tout cela est du lachone hara (« mauvaise langue »). Si ces propos ont été tenus en présence de trois personnes, on considère que le fait a déjà été répandu et est connu. Par conséquent, si l’un des trois répète ce qu’il a entendu, il n’est pas coupable de lachone hara, à condition toutefois qu’il n’ait pas eu l’intention d’ébruiter les faits davantage.
- Tous ceux-là sont des médisants ; il est interdit de résider dans leur voisinage. A fortiori est-il interdit de passer du temps avec eux et d’écouter leurs propos. Le décret céleste contre nos pères qui n’entrèrent pas en Terre d’Israël et moururent dans le désert ne fut scellé qu’à cause de la médisance.
- Celui qui se venge de son prochain transgresse un interdit de la Thora, comme il est dit : « tu ne te vengeras pas ». Bien que la vengeance ne soit pas passible de la flagellation, c’est une très mauvaise disposition. Plutôt, il convient de passer sur ses ressentiments concernant toutes les choses de ce monde ; en effet, ceux qui sont intelligents comprennent que toutes ces choses ne sont que vanité et futilité et qu’il ne vaut pas la peine d’en tirer vengeance. Qu’est-ce que la vengeance ? Quelqu’un dit à un autre : « Prête-moi ta hache » et ce dernier lui répond : « Je ne te la prêterai pas ». Le lendemain, c’est lui qui, à son tour, a besoin d’un service similaire du premier et il lui dit : « Prête-moi ta hache ». Ce à quoi celui-ci répond : « Je ne te la prêterai pas, de la même façon que tu ne me l’as pas prêtée quand je te l’ai demandée » : celui-là se venge. Plutôt, lorsque l’autre viendra lui demander quelque chose, il lui donnera de bon cœur et ne lui rendra pas la pareille. Il en va de même pour tout cas semblable. Ainsi, le roi David a dit concernant ses excellentes dispositions morales : « Si jamais j’ai rendu la pareille à qui m’a fait du mal, et dépouillé, etc. qui m’a pris en haine sans motif ».
- De même, quiconque nourrit de la rancune envers un autre juif transgresse un interdit de la Thora, comme il est dit : « et tu ne garderas pas rancune aux enfants de ton peuple ». Qu’est-ce que la rancune ? Reouven dit à Chimone : « Loue-moi cette maison » ou « Prête-moi ce bœuf » et Chimone refuse. Quelques jours après, Chimone vient chez Réouven lui emprunter ou lui louer quelque chose et Réouven lui dit : « Voici, je le prête ce que tu demandes. Je ne suis pas comme toi, je ne te rends pas ce que tu m’as fait ». Celui qui agit ainsi transgresse l’interdiction de : « tu ne garderas pas rancune ». Il devra au contraire effacer la chose de son cœur et ne pas en garder rancune. Car tant qu’il garde la chose en son cœur et s’en rappelle, il est à craindre qu’il en vienne à se venger. Aussi la Thora a-t-elle réprouvé la rancune, de sorte que l’on efface de son cœur le tort causé et que l’on ne s’en rappelle plus. Telle est la disposition morale juste, qui rend possible la vie en société et les relations sociales.
Fin des lois relatives aux dispositions morales, avec l’aide de D.ieu.
