Lois relatives aux dispositions et à la conduite morales

Chapitre six

Ce chapitre traite de la vie sociale, c’est-à-dire tout d’abord des influences exercées par l’entourage social d’une personne et ensuite, du modèle de vie sociale prôné par la Thora. Le rapport à autrui doit toujours être déterminé par ahavat israel, l’amour du prochain, et la réprimande est toujours préférable à la rancune. L’humiliation d’autrui en public est très grave, mais en même temps, le devoir mutuel exige de reprendre celui qui commet une faute même s’il devient parfois nécessaire de lui faire des reproches en public

  1. Il est naturel pour un homme d’être influencé, dans son caractère et ses actions, par ses proches et ses amis, et d’adopter les mêmes habitudes que les habitants du lieu où il vit. Aussi doit-il se joindre aux justes et toujours fréquenter la compagnie des sages, afin d’apprendre de leur conduite, et s’éloigner des méchants qui marchent dans l’obscurité, afin de ne pas être influencé par leurs actions. C’est ce que dit le roi Salomon : « Celui qui fréquente la compagnie des sages deviendra sage ; celui qui fréquente les sots deviendra mauvais ». Et il est dit : « Heureux l’homme qui ne suit pas les conseils des méchants, etc. ». De même, si les mœurs du pays où il vit sont mauvaises et que les habitants ne suivent pas le chemin de la droiture, il partira vivre dans un lieu où les gens sont justes et suivent les voies du bien. Et si tous les pays qu’il connaît ou dont il entend parler ont adopté de mauvais comportements – comme c’est le cas à notre époque – ou s’il se trouve dans l’impossibilité de partir vivre dans un pays avec de bonnes mœurs, en raison de campagnes militaires ou en raison d’une maladie, il vivra dans la solitude, comme il est dit : « Il s’assiéra solitaire et restera silencieux ». Et si les habitants locaux sont mauvais et pécheurs et qu’ils ne laissent pas résider dans le pays à moins qu’il ne se mêle à eux et adopte leurs mauvaises pratiques, il se retirera dans les cavernes, les fourrés ou les déserts plutôt que suivre les chemins des pécheurs, comme il est dit : « Qui me transportera dans le désert, dans un refuge de voyageurs ».
  1. C’est un commandement positif de s’attacher aux sages et à leurs disciples, afin d’apprendre de leur exemple, comme il est dit : « et attache-toi à Lui ». Or, est-il possible à l’homme de s’attacher à la Présence Divine ? Mais voici ce qu’ont dit les Sages, en explication de ce commandement : « Attache-toi aux sages et à leurs disciples ». C’est pourquoi, un homme doit s’efforcer d’épouser la fille d’un érudit et de marier sa fille avec un érudit, de manger et boire avec des érudits, de faire des affaires pour eux, et de s’associer à eux de toutes les manières possibles, ainsi qu’il est dit : « et s’attacher à Lui ». De même, les Sages ont enjoint : « Colle-toi à la poussière de leurs pieds et bois avec avidité leurs paroles ». 
  1. Il incombe à chacun d’aimer tout autre juif comme soi-même, ainsi qu’il est dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». C’est pourquoi, il faut parler favorablement d’autrui et se soucier de son argent tout comme on se soucie de son argent personnel et comme on recherche son propre honneur. Celui qui s’acquiert de la considération par l’humiliation d’autrui n’a pas de part au monde à venir. 
  1. Aimer le converti qui vient s’abriter sous les ailes de la Présence Divine relève de deux commandements positifs : l’un parce qu’il fait partie du peuple juif et est considéré comme « ton prochain » que la Thora enjoint d’aimer, l’autre parce qu’il est un converti, et la Thora a dit : « Vous aimerez le converti ». D.ieu a prescrit d’aimer le converti tout comme Il a prescrit l’amour de Son Nom, ainsi qu’il est dit : « Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu ». Le Saint Béni soit-Il Lui-même aime les convertis, comme il est dit : « Lui qui aime le prosélyte ».
  1. Celui qui nourrit en son cœur de la haine à l’égard de tout autre juif transgresse un interdit, comme il est dit : « Tu ne haïras pas ton frère en ton cœur ». La transgression de cet interdit n’est pas punie de la flagellation, car il n’implique pas d’acte. La Thora a ici seulement mis en garde contre la haine dans le cœur. En revanche, celui qui frappe ou insulte son prochain, bien qu’il n’en ait pas le droit, ne contrevient pas à l’interdit de : « Tu ne haïras pas ». 
  1. Celui qui subit le méfait d’autrui ne doit pas le prendre en haine et garder le silence, comme il est dit concernant les méchants : « Absalon n’adressa pas une parole, mauvaise ou bonne, à Amnon, car il l’avait pris en haine ». Au contraire, il est de son devoir de l’informer et de lui dire : « Pourquoi m’as-tu fait ceci et cela ? Pourquoi as-tu commis tel méfait envers moi ? », ainsi qu’il est dit : « Tu reprendras ton prochain ». Et si le coupable se repent et lui demande pardon, il doit pardonner ; il ne sera pas cruel pour pardonner, comme il est dit : « Et Abraham pria D.ieu… ».
  1. Celui qui voit son ami commettre une faute ou suivre un mauvais chemin a le devoir de le ramener vers le bien et de lui faire savoir qu’il se fait du mal à lui-même par ses mauvaises actions, comme il est dit : « Tu reprendras ton prochain ». Celui qui reprend son prochain – que ce soit pour de mauvais agissements que l’autre a commis envers lui ou pour une faute commise envers D.ieu – doit le reprendre en privé, lui parler doucement et amicalement, en lui faisant savoir qu’il lui parle uniquement pour son bien, afin de l’amener à la vie du monde futur. Si le pécheur accepte, c’est bien ; dans le cas contraire, il le reprendra une seconde et une troisième fois. Il a le devoir de continuer de reprendre le pécheur jusqu’à ce que celui-ci le frappe et lui dise : « Je refuse d’écouter ». Quiconque a la possibilité d’émettre une protestation et s’en abstient sera puni pour la faute de ceux qui auraient pu bénéficier de sa mise en garde.
  1. Celui qui reprend son prochain ne doit pas de prime abord lui parler avec dureté au point de lui faire honte, comme il est dit : « et tu ne porteras pas de péché sur lui ». Voici ce que les Sages ont dit : « On pourrait penser que tu doives reprendre le pécheur au point que son visage, de honte, change de couleur, le verset précise donc : « et tu ne porteras pas de péché sur lui ». De là on apprend qu’il est interdit de faire honte à un juif, en particulier en public. Bien que celui qui fait honte à autrui ne soit pas passible de flagellation, c’est là une grande faute. Voici ce que les Sages ont dit : « Celui qui fait pâlir son prochain en public n’a pas part au monde futur ». Aussi doit-on prendre garde à ne pas faire honte à autrui, qu’il s’agisse d’un mineur ou d’un adulte, en public. On ne l’appellera pas par un nom dont il a honte et on ne relatera pas devant lui un fait dont il a honte. Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Lorsqu’il est question de faits qui concernent la relation entre un homme et son prochain. En revanche, lorsqu’il est question des affaires du Ciel, c’est-à-dire de fautes vis-à-vis de D.ieu, s’il ne se repent pas après avoir été réprimandé en privé, on le fait rougir en public et on fait connaître sa faute. On le vilipende en face, on l’humilie et on le maudit jusqu’à ce qu’il revienne vers le bien, comme firent tous les prophètes d’Israël.
  1. Celui qui a subi le méfait d’autrui, s’il ne veut pas le reprendre ni lui en dire mot, parce que le pécheur est quelqu’un de très vulgaire ou quelqu’un qui présente une déficience mentale, et qu’il lui pardonne en son cœur, sans le prendre en haine ni le reprendre, c’est là un trait de piété. La Thora ne s’est opposée qu’à la haine conservée dans le cœur.
  1. On est tenu d’être particulièrement attentif aux orphelins et aux veuves, parce qu’ils sont accablés et humbles, même lorsqu’ils sont fortunés. Même à l’égard de la veuve et des orphelins d’un roi, nous sommes mis en garde, ainsi qu’il est dit : « Toute veuve et orphelin vous n’affligerez pas ». Comment se comportera-t-on envers eux ? On leur parlera toujours avec douceur et on les traitera toujours de manière respectueuse. On ne leur causera pas de peine physique par un travail pénible, ni de peine morale par des paroles dures. On se préoccupera de leurs biens plus que de ses propres biens. Quiconque les contrarie ou les met en colère, leur fait de la peine, les opprime ou leur cause une perte d’argent, transgresse un interdit, et a fortiori celui qui les frappe ou les maudit. Cet interdit, bien qu’il ne soit pas passible de la flagellation, son châtiment est explicitement mentionné dans la Thora : « Mon courroux s’enflammera et Je vous ferai périr par le glaive ». « Celui Qui a dit et le monde fut » a conclu une alliance avec les veuves et les orphelins : à chaque fois qu’ils crient à cause de la violence qui leur est faite, ils sont exaucés, comme il est dit : « quand sa plainte s’élèvera vers Moi, assurément, J’entendrai sa plainte ». Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Lorsqu’on leur fait du tort à des fins égoïstes. Mais si un maître punit des orphelins afin de leur apprendre la Thora ou un métier ou afin de les conduire dans le droit chemin, c’est permis. Néanmoins, il ne les traitera pas comme toute autre personne, et fera des différences en leur faveur : il les dirigera avec douceur, beaucoup de compassion et avec respect, « car D.ieu prend en main leur cause ». Cela s’applique tant vis-à-vis d’un orphelin de père que vis-à-vis d’un orphelin de mère. Jusqu’à quand sont-ils considérés comme orphelins de ce point de vue ? Jusqu’à ce qu’ils n’aient plus besoin d’une grande personne pour les prendre en charge, les élever, et prendre soin d’eux, et qu’ils soient à même de pourvoir à tous leurs besoins, comme tous les adultes.
Retour en haut