Lois relatives aux fondements de la Thora
Chapitre sept
Savoir que D.ieu communique avec l’homme par la prophétie est l’un des fondements de la foi. Dans ce chapitre, le Rambam décrit la nature de la prophétie et les qualités requises pour y parvenir. Il fait aussi la distinction entre la prophétie en général et la prophétie de Moïse
- L’un des principes fondamentaux de la foi est que D.ieu communique avec l’homme par la prophétie. L’esprit prophétique ne repose que sur un homme sage qui se distingue par sa grande sagesse et la force de son caractère moral, qui n’est jamais dominé par son penchant, mais qui, au contraire, par ses facultés morales, en est toujours maître, un homme doué d’un esprit large et juste. Lorsqu’un homme, nanti de toutes ces qualités et physiquement sain, entre dans le Pardess, attiré par ces connaissances grandes et sublimes et doué de la justesse d’esprit requise pour comprendre et saisir les secrets abordés, qu’il se sanctifie et se sépare de la multitude qui chemine dans l’obscurité du temps, se dévouant avec empressement et s’exerçant à n’avoir aucune pensée liée aux futilités ou aux vanités et fantaisies du temps, mais au contraire, à avoir son esprit toujours libre et orienté vers des choses élevées comme s’il était lié sous le Trône de Gloire de D.ieu pour comprendre les intelligences saintes et pures, c’est-à-dire les anges, et qu’il contemple la sagesse du Saint Béni soit-Il à travers Sa création, depuis l’intelligence la plus élevée, les anges appelés ‘Hayot, jusqu’aux êtres créés à la surface de la terre, pour connaître à travers eux Sa grandeur, immédiatement l’esprit divin reposera sur lui. Lorsque l’esprit divin reposera sur lui, son âme sera mêlée au niveau des anges appelés Ichim, et il deviendra une autre personne. Il comprendra de lui-même qu’il n’est plus comme auparavant, qu’il s’est élevé au-delà du niveau des autres hommes sages. Comme il est dit, à propos de Saül : « tu prophétiseras avec eux, et tu deviendras un autre homme. »
- Il existe des prophètes de différents degrés. De même qu’en sagesse, un sage en dépasse un autre, de même dans le domaine de la prophétie, il existe des prophètes plus grands que d’autres. Tous les prophètes, à l’exception de Moïse, ne reçoivent la vision prophétique qu’à travers un rêve nocturne, ou le jour, après qu’un état de torpeur s’est emparé d’eux, comme il est dit : « Dans une vision Je Me ferai connaître à lui, dans un songe Je m’entretiendrai avec lui ». Quand ils reçoivent la prophétie, leurs membres tremblent, leur force physique disparaît, leurs pensées se troublent et leur esprit demeure ainsi disposé à saisir ce qu’ils voient. Comme il est dit, au sujet d’Abraham : « et voici qu’une angoisse sombre, profonde, pesait sur lui », et à propos de Daniel : « mon visage s’altéra jusqu’à en devenir livide, et mes forces m’abandonnèrent ».
- Les informations communiquées au prophète dans la vision prophétique lui sont communiquées sous une forme allégorique. L’interprétation s’imprime alors immédiatement dans son esprit, dans le cadre de la vision prophétique, de sorte qu’il est à même d’en saisir la signification. Telle la vision de l’échelle par Jacob notre père, avec des anges qui montaient et descendaient, métaphore pour l’ascension des empires et leur chute. De même, la vision des ‘Hayot par Ézéchiel, celle de la chaudière bouillonnante et du bâton d’amandier par Jérémie, la vision du rouleau d’Ézéchiel, et la mesure (épha) de Zacharie. Il en va de même des autres prophètes ; certains rapportent l’allégorie et son interprétation, comme ceux-là que l’on vient de citer, d’autres donnent uniquement l’interprétation. Et parfois, ils donnent l’allégorie seulement, sans son interprétation, comme c’est le cas de certaines paroles d’Ézéchiel et de Zacharie. Mais tous reçoivent la prophétie sous forme d’allégories et d’énigmes.
- Les prophètes ne prophétisent pas à tout moment où ils le souhaitent. Ils doivent concentrer leur esprit, et rester joyeux et de bonne humeur, isolés, car la prophétie ne repose pas dans un état de mélancolie ou d’indolence, mais au milieu de la joie. C’est pourquoi, les disciples des prophètes avaient luth, tambourin, flûte, et harpe, et ils recherchaient la prophétie. C’est le sens de l’expression : « s’adonnant à la prophétie », c’est-à-dire marchant dans la voie de la prophétie jusqu’à ce qu’ils prophétisent, comme l’on dit : « untel aspire à devenir grand ».
- Ceux qui cherchent à prophétiser sont appelés les « disciples des prophètes ». Bien qu’ils concentrent leur esprit, il est possible que la Présence divine repose sur eux tout comme il est possible qu’elle ne repose pas.
- Tout ce qui vient d’être dit s’applique à la prophétie telle qu’elle fut exercée par tous les prophètes, les premiers comme les derniers, à l’exception de Moïse notre maître, le maître de tous les prophètes. Quelle différence y a-t-il entre la prophétie de Moïse et celle de tous les autres prophètes ? (a) Tous les prophètes prophétisaient dans un rêve ou une vision, plongés dans un état de torpeur, alors que Moïse notre maître prophétisait tout en étant éveillé et debout, comme il est dit : « Quand Moïse entrait dans la Tente d’Assignation pour que D.ieu lui parlât, il entendait la Voix qui lui parlait. » (b) Tous les prophètes recevaient leur vision prophétique par l’entremise d’un ange, c’est pourquoi ils percevaient ce qui leur était donné de voir sous forme de métaphore et d’énigme, alors que la prophétie de Moïse notre maître ne lui était pas communiquée par l’intermédiaire d’un ange, ainsi qu’il est dit : « Je lui parle directement », et il est dit: « l’Éternel parlait avec Moïse face à face », et il est dit : « c’est l’image de D.ieu qu’il contemple », c’est-à-dire que la prophétie ne se présentait pas à lui sous la forme d’une image métaphorique, mais il voyait d’une perception claire, sans énigme ni métaphore. Ainsi, la Thora témoigne à son propos : « dans une vision et non dans des énigmes », ce qui veut dire qu’il ne recevait pas la prophétie sous forme d’une énigme mais d’une vision claire et lucide. (c) Tous les prophètes étaient pétris de crainte et d’effroi, et perdaient leurs forces lorsqu’ils prophétisaient, mais ce n’était pas le cas de Moïse. C’est ce que nous enseigne le verset : « comme un homme s’entretient avec un autre », c’est-à-dire de même qu’un homme n’est pas bouleversé lorsqu’il entend les paroles de son semblable, de même Moïse notre maître avait la force d’esprit suffisante pour comprendre les paroles prophétiques tout en restant en pleine possession de ses moyens. (d) Tous les prophètes ne recevaient pas la prophétie à tout instant où ils voulaient. Ce n’était pas le cas de Moïse : à tout moment où il le souhaitait, l’esprit divin le couvrait et la prophétie reposait sur lui. Il n’avait pas besoin de disposer son esprit et de s’y préparer, car il était déjà à tout moment disposé et prêt, comme les anges. Aussi pouvait-il prophétiser à tout moment, ainsi qu’il est dit : « Restez-là, que j’apprenne ce que l’Éternel ordonnera à votre égard ». C’est ce que D.ieu lui promit, comme il est dit : « Va, dis-leur de rentrer dans leurs tentes; et toi, reste ici avec Moi ». Tu apprends donc que, lorsque la prophétie les quittait, tous les prophètes retournaient à leur tente, c’est-à-dire à tous les besoins du corps, comme tout le monde, aussi ne se séparaient-ils pas de leur femme. En revanche, Moïse, notre maître, ne revint jamais à sa « tente » initiale, c’est pourquoi, il se sépara à jamais de sa femme et de tous les autres besoins physiques de même nature. Son esprit fut dès lors lié au Rocher éternel et la splendeur ne le quitta plus jamais, son visage devint rayonnant et il devint saint comme les anges.
- Il est possible que la prophétie soit octroyée à un prophète pour son seul bénéfice personnel, pour élargir son esprit et accroître son savoir au point qu’il connaisse ce qu’il ne connaissait pas concernant ces sujets sublimes qui lui ont été révélés. Et il est possible qu’un prophète soit envoyé auprès d’une certaine population, ou auprès des habitants d’une certaine ville ou d’un certain royaume, pour les orienter et leur enseigner de ce qu’ils doivent faire, ou pour les empêcher de commettre les mauvais agissements dont ils se rendent coupables. Lorsqu’il est envoyé en mission, un signe ou un miracle à accomplir lui est enseigné, afin que le peuple sache que c’est vraiment D.ieu qui l’a envoyé. Cependant, on ne croit pas quiconque accomplit un signe ou un miracle et dit être un prophète. Mais uniquement un homme, dont on sait déjà auparavant qu’il est apte à la prophétie par sa sagesse et ses actions qui le distinguent de tous ses semblables. Un tel homme, qui marche dans les voies de la prophétie, dans la sainteté et le renoncement aux futilités de ce monde, s’il vient ensuite et accomplit un signe ou un miracle, disant que D.ieu l’a envoyé, on a le devoir de l’écouter, ainsi qu’il est dit : « c’est lui que vous écouterez ». Certes, il est possible qu’il accomplisse un signe ou un miracle sans être prophète, et que ce signe cache en fait autre chose, de la sorcellerie par exemple, néanmoins, on a le devoir de l’écouter : dès lors qu’il s’agit d’un homme grand et sage, apte à la prophétie, on s’en remet à la présomption qu’il est un véritable prophète. En effet, c’est là ce qui nous a été ordonné, tout comme il nous a été ordonné de rendre un jugement sur la base du témoignage de deux témoins. Bien qu’il existe toujours la possibilité qu’ils aient fait un faux témoignage, étant donné qu’ils sont reconnus comme des témoins valables, on s’en remet à leur présomption d’honorabilité. Au sujet de ces questions et autres semblables, il est dit : « Les choses cachées appartiennent à l’Éternel, notre D.ieu ; mais les choses révélées importent à nous et à nos enfants », et il est dit : « l’homme ne voit que ce qui apparaît à l’œil, mais D.ieu regarde le cœur ».
