Lois relatives aux fondements de la Thora

Chapitre deux

Les trois chapitres qui suivent se rapportent au commandement d’aimer et craindre D.ieu. C’est en Le connaissant et en connaissant Ses œuvres qu’il est possible de percevoir Sa grandeur et d’atteindre ces sentiments. On souligne ici ce qu’il appartient à l’homme de faire dans sa relation avec D.ieu : méditer, entreprendre sur ces sujets une réflexion profonde. Cette démarche est fondamentale car elle conditionne la réalisation de ces commandements que sont l’amour et la crainte de D.ieu. Mais la connaissance de la Divinité n’est pas juste un moyen de parvenir à des sentiments, c’est aussi une finalité recherchée. Comme l’indique le Rambam dans le présent chapitre : « de cette manière tu connaitras Celui qui a dit et le monde fut ». Ces sujets sont donc fondamentaux car ils s’inscrivent dans le cadre du commandement de « connaître D.ieu » et sont donc les piliers sur lesquels se fondent tous les commandements de la Thora.

À la différence des chapitres trois et quatre qui portent sur la connaissance de l’œuvre de D.ieu dans le monde tangible, le chapitre deux s’intéresse à ce que les Sages ont qualifié de connaissance de « l’œuvre du Char céleste ».

  1. Ce D.ieu, honoré et révéré, c’est un devoir de L’aimer et de Le craindre, ainsi qu’il est dit: « Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu », et il est dit : « tu craindras l’Éternel ton D.ieu ».
  1. Quel est le chemin pour parvenir à L’aimer et à Le craindre ? Lorsqu’on méditera sur Ses œuvres et Ses créations grandes et extraordinaires, et que l’on y apercevra Sa sagesse qui est incommensurable et infinie, on aimera aussitôt D.ieu, on Le louera, on Le glorifiera et on concevra un immense désir de connaître le Grand Nom. Comme l’a dit David: « Mon âme a soif de D.ieu, du D.ieu vivant ». De même, lorsqu’on pensera à ces sujets, on reculera aussitôt, saisi de peur et de crainte, et l’on aura alors conscience d’être une créature petite, humble et obscure, qui se tient avec un esprit léger et insignifiant devant Celui dont la connaissance est parfaite, comme l’a dit David : « Lorsque je contemple Tes cieux, œuvre de Tes doigtsqu’est donc l’homme, que Tu penses à lui ». En conséquence, je vais exposer quelques grands principes concernant l’œuvre du Maître du monde qui, pour celui qui est doué de compréhension, seront une porte pour parvenir à aimer D.ieu, ainsi que l’ont dit les Sages, concernant l’amour de D.ieu : « De cette manière, tu connaîtras Celui Qui a dit et le monde fut ».
  1. Tout ce que D.ieu a créé dans son monde est divisé en trois parties: (1) les êtres terrestres composés de matière et de forme qui naissent et se décomposent constamment, tels les corps des êtres humains, des animaux, des végétaux et des minéraux. (2) Les êtres du ciel qui sont composés de matière et de forme, mais qui ne subissent pas de changement d’un corps à l’autre ou d’une forme à l’autre comme les premiers. Ils gardent pour toujours leur forme dans leur matière et sont inchangés. Ce sont les sphères et les astres : leur matière est différente des autres matières et leur forme différente des autres formes. (3) Les êtres qui sont pure forme sans matière, ce sont les anges. Les anges sont incorporels : ce sont des formes distinctes l’une de l’autre.
  2. Que signifie donc ce que disent les prophètes, quand ils affirment avoir vu un ange de feu avec des ailes ? Toutes ces descriptions relèvent de la vision prophétique et de l’allégorie, pour exprimer l’idée qu’un ange n’est pas corporel et n’a pas de gravité comme les corps pesants. Tout comme, par exemple, il est dit: « Car l’Éternel ton D.ieu est un feu dévorant » ; Il n’est pas feu, c’est seulement une métaphore. Et comme encore il est dit : « Il fait ses anges des vents ».
  3.  Dès lors qu’elles sont incorporelles, qu’est-ce qui différencie ces formes l’une de l’autre? La réponse est qu’elles ne sont pas égales quant au rang de leur existence : elles se situent l’une en dessous de l’autre et chacune existe par la force de celle qui est au-dessus d’elle ; mais toutes existent par la force du Saint béni soit-Il et Sa bonté. C’est à cela que le roi Salomon fit allusion dans sa sagesse quand il dit : « car l’un plus haut que l’autre domine ».
  1. Ce que nous avons dit au § précédent, « l’une en dessous de l’autre », ne doit pas être compris du point de vue de la hauteur dans l’espace, tel un homme qui serait assis plus haut qu’un autre. En fait, ce terme est à prendre dans un sens hiérarchique, comme on dirait de deux sages, dont l’un dépasse l’autre en sagesse, qu’il est « supérieur à l’autre » ou comme on dirait de la cause qu’elle est supérieure à son effet.
  1. Les différents noms des anges reflètent leur degré. Ils sont pour cela appelés : ‘Hayot Hakodech – ceux-là sont supérieurs à tous les autresOfanim, Erelim, ‘Hachmalim, Serafim, Mala’him, Elokim, fils d’Elokim, Kerouvim et IchimCes dix noms qui désignent les anges reflètent leurs dix degrés. Le plus haut degré qui n’a pas de supérieur si ce n’est le degré de D.ieu, béni soit-Il, est celui de la forme appelée ‘Hayot. C’est pourquoi, il est dit dans les texte prophétiques que ces anges sont situés en dessous du Trône de gloire. Le dixième degré – le plus inférieur – est celui de la forme appelée Ichim : ce sont les anges qui communiquent avec les prophètes et qui leur apparaissent dans la vision prophétique. Aussi sont-ils appelés Ichim (« Hommes »), car leur niveau se rapproche de celui de l’esprit humain.
  2. Toutes ces formes sont vivantes et reconnaissent le Créateur, elles Le connaissent d’une connaissance immense, chaque forme selon son degré, mais aucune ne Le connaît selon Sa véritable grandeur. Même la forme la plus élevée ne peut appréhender la réalité du Créateur tel qu’Il est, son intelligence étant trop limitée pour Le saisir et Le connaître. Néanmoins, sa perception et sa connaissance sont supérieures à celles de la forme inférieure en rang. Et ainsi de suite chaque forme, jusqu’à la dixième : cette dernière aussi connaît le Créateur d’une connaissance que l’humain, fait de matière et de forme, n’a pas le pouvoir d’atteindre. Aucune de toutes ces formes ne connaît le Créateur tel qu’Il Se connaît Lui-même.
  3. Tous les êtres existants, à l’exception du Créateur, depuis la forme la plus élevée jusqu’au petit moustique sur la surface de la terre, sont venus à l’existence par la force de la réalité de Son existence. Et puisqu’Il se connaît Lui-même et a connaissance de Sa grandeur, Sa splendeur et Sa vérité, Il connaît tout et rien ne Lui est caché.
  4. Le Saint béni soit-Il a connaissance de Sa vérité et la connaît telle qu’elle est. Il ne connaît pas par une connaissance qui est extérieure à Lui, à la manière dont nous connaissons les choses. Car notre connaissance ne fait pas un avec nous-mêmes; mais le Créateur, béni soit-Il, Lui, Sa connaissance et Sa vie ne font qu’Un en tout point, sous tous les angles et dans chaque mode d’unité. S’il vivait par une vie et connaissait par une connaissance extérieures à Lui, il y aurait une pluralité de dieux : Lui, Sa vie, Sa connaissance. Mais il n’en est pas ainsi : Il est Un en tout point, sous tous les angles et dans chaque mode d’unité. En conséquence, tu diras : Il est Celui qui connaît, Celui qui est connu et la Connaissance elle-même : tout cela ne faisant qu’un. La bouche n’est pas en mesure d’exprimer une telle idée, ni l’oreille de l’entendre ni l’esprit de l’appréhender pleinement. C’est pour cela que la langue sainte dit: « par la vie du Pharaon! », « par la vie de ton âme! », mais pas « par la vie de D.ieu ! ». On dit, au contraire, « par le D.ieu vivant! », car le Créateur et Sa vie ne sont pas deux choses distinctes comme la vie des corps vivants ou comme la vie des anges. C’est pourquoi, Il connaît et appréhende les créatures non pas du fait des créatures, comme nous les connaissons, mais du fait de Lui-même. Aussi, parce qu’Il se connaît, Il connaît tout, car l’existence de tout découle de Lui.
  5. Ces principes que nous avons exposés au cours ces deux chapitres ne sont qu’une goutte dans l’océan comparé à ce qu’il faudrait expliquer sur la question. L’exposé de tous les principes fondamentaux abordés dans ces deux chapitres est ce qu’on appelle Maassé Merkava.
  6. Les Sages des premiers temps ont enjoint de n’exposer ces notions qu’à un seul homme à la fois. Encore faut-il qu’il soit sage et qu’il comprenne par sa propre intelligence. Alors on lui en transmettra seulement les premiers éléments et lui par sa propre intelligence en comprendra la conclusion et pénètrera le sujet dans sa profondeur. Ces notions sont extrêmement profondes et il n’est pas donné à tout esprit de les appréhender. À ce propos, Salomon dit, par allégorie : « Des brebis (כבשים) donneront la laine pour ton vêtement », allégorie que les Sages ont ainsi expliquée : « des choses qui forment le mystère (כבשונו) de l’univers seront sous ton vêtement », c’est-à-dire pour toi uniquement et tu ne les exposeras pas publiquement. À ce sujet, Salomon dit encore : « Réserve-les à toi seul, et non pour l’étranger avec toi ». Et Il dit aussi : « Du miel et du lait sont sous ta langue », ce que les Sages des premiers temps ont expliqué ainsi : « les choses de la sagesse ésotérique qui sont douces comme le lait et le miel devront rester sous ta langue ».
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