Lois relatives aux fondements de la Thora

Chapitre un

Ce chapitre présente le fondement de tous les commandements de la Thora, qui est l’existence d’un D.ieu unique. Connaître l’existence de D.ieu est le fondement des fondements et le pilier des sagesses. On remarque que le Rambam n’emploie pas le terme croire, mais le terme « connaître », « savoir ». La foi, en effet, ne saurait faire l’objet d’un commandement. C’est donc là un sujet qui doit être étudié et acquis intellectuellement. Ainsi, le Rambam donne des détails concernant l’existence de D.ieu et conclut que savoir cela constitue un commandement positif (voir § 5). De même, la notion d’unité de D.ieu est précisée. L’affirmation de l’unité de D.ieu amène le Rambam à clarifier le sens des anthropomorphismes présents dans la Bible et à réaffirmer l’absence chez D.ieu de toute corporalité.

  1. Le fondement des fondements et le pilier des sagesses est de savoir qu’il existe une Existence Première et que c’est elle qui fait venir à l’existence tout ce qui existe. Toutes les choses existantes, du Ciel, de la Terre et ce qui est entre eux, ne sont venues à l’existence qu’en vertu de la vérité de Son existence. 
  2. Supposons qu’Il ne soit pas existant, rien d’autre ne pourrait exister.
  3. Supposons que tous les êtres en dehors de Lui n’existent pas, Lui seul demeurerait existant : Son existence ne serait pas annihilée par leur non-existence. Car Il est nécessaire à tous les êtres, mais eux – ni aucun d’eux – ne Lui sont nécessaires, béni soit-Il. C’est pourquoi, la vérité de Son existence n’est comparable à celle d’aucun d’entre eux.
  4. C’est là ce que dit le prophète: « L’Éternel, D.ieu, est vrai » ; Lui seul est vrai, et rien d’autre n’a de réalité semblable à la Sienne. C’est cette idée que la Thora exprime : « Il n’est pas d’autre à part Lui », c’est-à-dire « il n’est pas d’autre existence vraie, à part Lui, comme Lui ».
  5. Cette Existence est le D.ieu du monde, maître de toute la terre. Il dirige la sphère de l’univers avec une force qui n’a ni fin ni limite, une force n’a pas interruption. En effet, la sphère tourne perpétuellement, et il est impossible qu’elle tourne sans une cause qui la fasse tourner ; c’est Lui, béni soit-Il, qui la fait tourner, sans main ni corps.
  6. Savoir cela constitue un commandement positif, comme il est dit: « Je suis l’Éternel ton D.ieu ». Quiconque imagine qu’il existe un autre dieu hormis Lui transgresse un interdit, ainsi qu’il est dit : « Tu n’auras pas d’autre dieu devant Moi », et nie l’essentiel de la foi, car ceci est le principe fondamental dont tout dépend.
  7. Ce D.ieu est Un. Il n’est pas deux ni plus, mais Un, d’une unité à laquelle aucune des unités qui existent dans le monde ne peut être comparée, c’est-à-dire qu’il n’est pas un comme l’unité de l’espèce qui comprend de nombreuses unités, ni un comme l’unité d’un corps subdivisé en différentes parties et dimensions. Mais c’est une unité qui ne trouve aucun autre type d’unité similaire dans le monde. S’il y avait de multiples déités, elles seraient corporelles, car des entités qu’on peut compter et qui sont égales quant à leur existence, ne se distinguent l’une de l’autre que par des faits qui affectent les corps. Et si le Créateur était corporel, il serait fini et limité, car il est impossible qu’un corps soit infini ; et tout être dont le corps est fini et limité, sa force est aussi finie et limitée. Or, notre D.ieu, béni soit Son Nom, étant donné que Sa force est infinie et ininterrompue – puisque la sphère de l’univers tourne perpétuellement – Sa force n’est pas une force corporelle. Et dès lors qu’Il est incorporel, Il n’est pas sujet aux propriétés du corps pour qu’Il soit distingué d’un autre. C’est pourquoi il est impossible qu’Il soit autrement qu’Un. Savoir cela constitue un commandement positif, comme il est dit : « l’Éternel est notre D.ieu, l’Éternel est Un ».
  8. Il est expressément indiqué dans la Thora et les Prophètes que D.ieu est dépourvu de corps et de forme physique, ainsi qu’il est dit: « que l’Éternel est D.ieu dans les cieux en haut et sur la terre en bas » ; or, un être corporel ne peut être simultanément à deux endroits. Il est dit aussi: « car vous n’avez vu aucune apparence ». Et il est dit: « À qui m’assimileriez-vous, à qui ressemblerai-Je ? » ; or, s’Il était corporel, Il ressemblerait aux autres corps.
  9. Puisqu’il en est ainsi, quel est donc le sens de ce ces expressions que l’on trouve dans la Thora : « Sous Ses pieds», « écrites du doigt de D.ieu », « la main de l’Éternel », « les yeux de l’Éternel», « les oreilles de l’Éternel » et autres expressions semblables ? Tous ces anthropomorphismes se rapportent à l’esprit humain, qui ne reconnaît que les réalités corporelles, et la Thora s’est exprimée dans le langage de l’homme. Ainsi, ce sont tous des termes descriptifs, comme l’indique clairement le verset : « J’aiguiserai l’éclair de Mon glaive ». En effet, a-t-Il un glaive et exécute-t-Il avec un glaive ? C’est donc une métaphore, et de même toutes ces expressions sont à prendre dans un sens métaphorique. La preuve en est qu’un prophète dit avoir vu le Saint Béni soit-Il « portant un vêtement blanc comme la neige », et un autre dit L’avoir vu avec « des vêtements teints de rouge de Bassora ». Moïse lui-même Le vit sur la mer comme un Puissant engagé dans la bataille et au Sinaï comme un officiant enveloppé de son châle de prière. Cela pour dire qu’Il n’a ni image, ni forme, toutes ces apparitions ne relevant que de la vision prophétique. Mais la réalité de l’existence de D.ieu ne peut être appréhendée et sondée par l’esprit humain. C’est là ce que dit le verset: « Peux-tu, en cherchant, trouver D.ieu, trouver la perfection du Tout-Puissant ? »
  10. Que Moïse demanda-t-il donc à apercevoir, quand il dit: « Montre-moi, de grâce, Ta gloire » ? Il demanda à connaître la réalité de l’existence du Saint béni soit-Il, de sorte qu’elle soit saisie dans son esprit, comme l’on connaît un homme dont on a vu le visage et dont on a l’image gravée dans l’esprit, ce qui permet de le distinguer des autres hommes. Ainsi, Moïse voulut que la réalité de l’existence de D.ieu soit perçue dans son esprit de manière à être distinguée des autres êtres existants, au point qu’il connaisse la réalité de Son existence, telle qu’elle est. D.ieu, Béni soit-Il, lui répondit qu’il n’est pas dans le pouvoir d’un être humain vivant, composé d’un corps et d’une âme, de saisir pleinement cette réalité. Néanmoins, le Saint béni soit-Il lui donna à connaître ce que personne ne connut avant lui ni après lui, de sorte qu’il perçut, dans une certaine mesure, la réalité de Son existence, et le Saint béni soit-Il devint, dans son esprit, distinct des autres êtres comme l’on distinguerait des autres un homme que l’on a vu de dos et dont on a saisi du regard tout le corps et l’habillement. C’est à cela que l’Écriture fait allusion en disant: « Tu Me verras par derrière, mais Ma face ne peut être vue ».
  11. Dès lors qu’il a été clairement établi que D.ieu est dépourvu de corps et de forme physique, il est tout aussi clair qu’aucun des faits qui affectent les corps ne saurait lui être attribué : ni jonction ni séparation, ni lieu ni mesure, ni montée ni descente, ni droite ni gauche, ni avant ni arrière, ni position assise ou debout. Il ne s’inscrit pas non plus dans le temps pour avoir un début, une fin ou un nombre d’années. Il ne subit aucun changement puisqu’il n’y a rien qui puisse causer un quelconque changement en Lui. Il n’est sujet ni à la mort, ni à une vie semblable à la vie du corps. On ne peut lui attribuer ni folie ni sagesse semblable à la sagesse d’un homme sage, ni sommeil ni éveil, ni colère ni rire, ni joie ni tristesse, ni silence ni parole semblable à la parole humaine. Voici ce que les Sages ont dit : « il n’y a en haut ni position assise ni position debout, ni séparation ni jonction ».
  12. Dès lors qu’il en est ainsi, toutes ces expressions et autres similaires qui sont employées dans la Thora et dans les paroles des Prophètes relèvent toutes de la métaphore et du langage figuré. Comme ce qui est dit: « Celui qui siège dans les cieux rira », « Ils m’ont mis en colère avec leurs vanités », « comme l’Éternel s’était plu», et autres versets semblables. Concernant tout cela, les Sages ont dit : « La Thora a parlé le langage de l’homme ». De même il est dit : « Est-ce Moi qu’ils mettent en colère ? » Voilà qu’il est dit : « Moi, l’Éternel, Je n’ai pas changé ». Or, s’Il était tantôt en colère tantôt en joie, Il serait sujet aux changements. Mais tous ces phénomènes n’existent que chez les êtres corporels, obscurs et bas, qui habitent des maisons d’argile, dont le fondement est dans la poussière. Mais Lui, béni soit-Il est exalté et élevé au-dessus de tout cela. 
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