Lois relatives au service du jour de Kippour
Chapitre un
Le premier chapitre présente de manière générale l’ensemble des sacrifices qui sont offerts le jour de Kippour. Il s’intéresse ensuite particulièrement aux préparatifs du jour, c’est-à-dire la préparation du grand-prêtre à qui revient exclusivement le service du jour sacré. Cette préparation est prévue durant les sept jours qui précèdent Kippour.
- Voici en quoi consiste le commandement du service au Temple le jour du jeûne de Kippour: on offre le sacrifice quotidien (tamid) du matin et le sacrifice quotidien de l’après-midi comme on le fait chaque jour. On offre, pour sacrifice de moussaf de ce jour, un taureau, un bélier, et sept agneaux qui sont tous offerts en holocauste et un bouc comme sacrifice expiatoire dont le sang est aspergé sur l’autel extérieur , qui sera consommé le soir à l’issue du jeûne. En plus de ce moussaf, on offre des sacrifices propres à Kippour : un taureau en expiatoire brûlé et un bélier en holocauste, tous deux provenant de l’argent personnel du grand-prêtre. Le bélier offert par la communauté d’Israël, dont parle la Thora dans la section A’harei Mot , est aussi le bélier dont parle le livre des Nombres : il fait partie des offrandes du moussaf et c’est celui qu’on appelle le « bélier du peuple ». On apporte encore, avec les fonds publics, deux boucs : l’un est offert comme expiatoire brûlé et le second est le bouc envoyé à Azazel . Il y a donc au total quinze animaux offerts ce jour-là : les deux sacrifices quotidiens, un taureau, deux béliers et sept agneaux qui sont tous des holocaustes ; deux boucs expiatoires, l’un dont le sang est aspergé sur l’autel extérieur et la chair consommée par les cohanim le soir à l’issue du jeûne, et le second dont le sang est aspergé sur l’autel intérieur et la chair brûlée ; le taureau du grand-prêtre qui est un sacrifice expiatoire brûlé.
- Le service sacerdotal qui se rapporte aux quinze animaux offerts en ce jour n’est effectué que par le grand-prêtre exclusivement, que celui-ci ait été investi dans sa fonction en étant oint avec l’huile d’onction ou qu’il ait été investi seulement en revêtant les huit vêtements du grand-prêtre . Lorsque Kippour tombe un chabbat, même le sacrifice habituel du moussaf de chabbat n’est offert que par le grand-prêtre . Et il en est de même pour toutes les autres étapes du service en ce jour, comme la combustion de l’encens quotidien et l’allumage des lampes du candélabre . Tous les actes du service en ce jour doivent être effectués par le grand-prêtre et celui-ci doit être marié, ainsi qu’il est dit : « et il fera expiation pour lui-même et pour sa maison » ; « sa maison » c’est sa femme .
- Sept jours avant Kippour, on sépare le grand-prêtre de sa maison pour l’isoler dans sa loge située dans le Temple . C’est là une règle transmise oralement depuis Moïse notre maître. On l’isole également de sa femme durant ces sept jours de peur qu’elle ne se trouve nidda au cours de rapports, il serait alors impur pendant sept jours et ne pourrait effectuer son service le jour de Kippour. Par ailleurs, on prépare un autre grand-prêtre destiné à le remplacer , de sorte qu’en cas de disqualification du grand-prêtre en fonction, le second servira à sa place. En cas de disqualification du grand-prêtre, que cette disqualification se produise avant l’offrande du sacrifice quotidien du matin ou après qu’il a offert son sacrifice , le remplaçant n’a pas besoin d’être intronisé en revêtant les huit vêtements, suivant la procédure habituelle, mais c’est l’accomplissement du service de Kippour qui l’investit dans sa nouvelle fonction. Il commence immédiatement à l’étape du service où le précédent s’est arrêté. Une fois que le jour de Kippour est passé, le premier grand-prêtre reprend ses fonctions et le second est écarté. Toutes les obligations relatives au rang du grand-prêtre continueront de lui incomber , mais il ne pourra servir dans le Temple en tant que grand-prêtre . Toutefois, s’il a servi dans le Temple en tant de grand-prêtre , son service est valable. Et si le premier grand-prêtre meurt, ce second est nommé à sa place.
- Durant la période des sept jours où l’on isole le grand-prêtre de sa maison, on l’asperge de l’eau mélangée aux cendres de la vache rousse le troisième jour de son isolement et le septième jour, qui est la veille de Kippour. Cela, de peur qu’il ne soit devenu impur par contact avec un mort sans le savoir. Et si ce troisième ou septième jour tombe un chabbat, on repousse l’aspersion .
- Pendant ces sept jours on habitue le grand-prêtre aux étapes du service quotidien qu’il devra faire aussi le jour de Kippour: il fait l’aspersion du sang des sacrifices quotidiens, brûle l’encens, nettoie et allume les lampes du candélabre (ménora), fait brûler les membres du sacrifice quotidien sur l’autel, afin qu’il soit exercé au service le jour de Kippour. On met à son service des anciens faisant partie du grand tribunal – le Sanhédrin –, qui lisent devant lui les textes de la Thora de circonstance, lui enseignent le service de Kippour et l’ordre dans lequel il s’effectue. Ils lui disent alors : « Mon maître, grand-prêtre, lis toi-même le texte à haute voix , peut-être as-tu oublié certaines lois ou peut-être n’as-tu jamais appris telle chose ». La veille de Kippour, au matin, on l’emmenait à la porte Est et on faisait passer devant lui des taureaux, des béliers et des agneaux afin qu’il reconnaisse ces animaux et se familiarise avec le service de Kippour.
- Pendant ces sept jours on ne lui interdisait aucun mets et aucune boisson . Mais la veille de Kippour durant le repas à l’approche du soir, on ne le laissait pas manger beaucoup, parce que l’excès de nourriture entraîne le sommeil ; et on ne le laissait pas dormir, par crainte d’une pollution nocturne qui l’aurait rendu impur et lui aurait interdit de servir dans le Temple en ce jour. On ne lui donnait pas non plusà manger des aliments susceptibles d’entraîner une émission de semence, comme des œufs, du lait chaud ou autres choses semblables.
- À l’époque du Second Temple s’est développée l’hérésie au sein d’Israël et sont apparus les Sadducéens – puissent-ils disparaître bientôt – qui ne croient pas en la Thora orale. Ceux-là prétendaient que l’encens du jour de Kippour devait être déposé sur le feu dans le Heikhal à l’extérieur du rideau qui sépare le Kodech du Saint des Saints et que lorsque la fumée commençait à monter, on devait alors introduire l’encens dans le Saint des Saints. Et ce, en raison du verset : « D.ieu dit à Moïse : Parle à Aaron, ton frère, qu’il n’entre pas à toute heure dans le sanctuaire, à l’intérieur du rideau, face au couvercle qui est sur l’arche, et il ne mourra pas ; c’est seulement lorsqu’il viendra avec un nuage d’encens que J’apparaîtrai au-dessus du couvercle de l’arche. » Ils disaient qu’il s’agit du nuage déjà formé par la combustion de l’encens . Mais la Tradition orale enseigne qu’on ne place l’encens sur le feu qu’à l’intérieur du Saint des Saints devant l’arche, ainsi qu’il est dit : « il mettra l’encens sur le feu devant l’Éternel » c’est-à-dire dans le Saint des Saints et non dans le Heikhal. Étant donné qu’on craignait, à l’époque du second Temple, que le grand-prêtre puisse tendre vers l’hérésie, on le faisait prêter serment la veille de Kippour en ces termes : « Mon maître le grand-prêtre, nous sommes les mandataires du tribunal, et tu es notre mandataire et le mandataire du tribunal. À ce titre, Nous te faisons jurer au Nom de Celui qui a fait résider Son Nom dans ce Temple que tu ne changeras rien à tout ce que nous t’avons enseigné. » Et lui s’écartait en pleurant parce qu’on avait pu le suspecter d’hérésie et eux s’écartaient en pleurant parce qu’ils avaient suspecté un homme dont ils ne peuvent connaître les intentions réelles et qui peut-être n’a aucune déviance en son cœur.
- Toute la nuit de Yom Kippour, le grand-prêtre était assis et discourait sur des sujets de Halakha s’il était un sage ou bien on discourait devant lui s’il était un disciple capable de suivre et de comprendre un long développement halakhique, mais non capable de discourir lui-même. S’il était habitué à lire les Écritures, il lisait lui-même, sinon on lisait devant lui, cela afin qu’il ne s’endorme pas. Et que lisait-on devant lui ? Des extraits des Hagiographes . S’il commençait à somnoler, des jeunes lévites venaient claquer des doigts devant lui et lui disaient : « Mon maître, le grand-prêtre, mets-toi debout et rafraichis-toi un peu en posant tes pieds sur le sol », afin qu’il ne s’endorme pas. On restait ainsi à l’occuper jusqu’à ce qu’arrive l’heure de l’abattage du sacrifice quotidien du matin. On ne faisait pas l’abattage du sacrifice du matin tant qu’on n’était pas certain de l’apparition de l’aube, afin de ne pas commencer le service lorsqu’il fait encore nuit.
