Lois relatives aux dispositions et à la conduite morales
Elles comprennent onze commandements, cinq commandements positifs, et six commandements négatifs, dont voici le détail :
- Imiter les voies de D.ieu
- S’attacher à ceux qui Le connaissent
- Aimer son prochain
- Aimer les convertis
- Ne pas haïr son frère
- Réprimander
- Ne pas humilier
- Ne pas opprimer les malheureux
- Ne pas colporter
- Ne pas se venger
- Ne pas être rancunier
Ces commandements sont exposés dans les chapitres ci-après.
Déa (au pluriel Déot) signifie pour le Rambam une manière d’être, dans son caractère ou dans son comportement. C’est aussi une science, car la conduite prônée par le Rambam est résolument basée sur la raison. Les traits de caractère d’une personne et sa manière d’être dans la vie quotidienne font partie des fondements de la Thora. La Thora fait devoir de « ressembler à D.ieu dans Ses voies ». Ce qui veut dire chercher à imiter D.ieu dans Ses manières d’être. Le chemin à suivre correspond à ce que le Rambam appelle la « voie du juste milieu » dans chacun des traits de caractères/dispositions morales.
Les cinq premiers chapitres portent sur le comportement individuel, les deux derniers sur la vie sociale et la relation à l’autre. Dans les deux premiers chapitres, le Rambam développe l’idée du juste milieu dans chaque trait de caractère et montre comment ce juste milieu doit être recherché.
Dans les chapitres trois et quatre, il montre la contradiction que peut poser le monde matériel face à une quête spirituelle. La solution ne consiste pas à fuir la réalité matérielle et à totalement s’écarter des besoins du corps. La vie physique reste nécessaire, mais doit être menée avec la noble intention de servir D.ieu. Ainsi, pour prendre un exemple, on mangera en vue d’être en bonne santé dans ce but, on travaillera en vue de s’entretenir soi-même et sa famille et non pour amasser des richesses… Chaque moment, chaque acte de la vie profane s’inscrit ainsi comme une forme de service de D.ieu. Ayant montré que la santé est une condition sine qua non pour servir D.ieu correctement, le Rambam présente au chapitre quatre ses recommandations médicales pour une bonne hygiène de vie.
Le chapitre cinq, toujours consacré au comportement, porte plus précisément sur le talmid hakham, l’érudit, qui doit se distinguer et être absolument irréprochable. La sagesse pour le Rambam, n’est pas uniquement l’excellence intellectuelle, mais aussi l’excellence morale et ainsi l’érudit sera-t-il reconnu.
Enfin, les chapitres six et sept abordent la question de la vie en société et de la relation à autrui. Le Rambam traite tout d’abord de l’environnement social et de l’influence qu’il exerce. Viennent ensuite la mitsva d’aimer son prochain, l’interdiction d’haïr autrui, d’humilier. On conclura dans le dernier chapitre par les interdits liés à la parole, tels que le colportage ou la médisance et, enfin, la vengeance et la rancune.
Chapitre un : Les dispositions morales & le chemin du milieu
Dans ce premier chapitre, Maïmonide expose ce qu’il considère comme la ligne de conduite idéale. C’est le chemin du milieu, le juste milieu dans chaque trait de caractère/disposition morale. Cette ligne intermédiaire est qualifiée de « chemin de D.ieu » et c’est en cela que consiste le commandement qui nous enjoint de Lui ressembler en « marchant dans Ses voies ».
- Les êtres humains possèdent chacun de nombreux traits de caractère/dispositions morales, qui diffèrent de l’un à l’autre, jusqu’à l’extrême opposé. L’un est irascible et toujours en colère, un autre est posé et jamais en colère ; ou s’il lui arrive de se mettre en colère, ce n’est que légèrement et une fois en plusieurs années. L’un est extrêmement hautain ; un autre se rabaisse à l’extrême. L’un manifeste de l’appétence et ses désirs ne sont jamais assouvis ; un autre a le cœur si pur qu’il n’aspire même pas au peu de choses dont le corps a besoin. L’un est si cupide que tout l’argent du monde ne lui suffirait pas, dans l’esprit du verset : « Qui aime l’argent n’est jamais rassasié par l’argent » ; à l’opposé, un autre se maintient à l’étroit et se contente même de ce qui est insuffisant pour lui, ne s’employant guère à obtenir tout ce qu’il lui faut. L’un souffrira la faim pour épargner son argent et ne dépensera pas la moindre pièce sans remords, alors qu’un autre gaspillera toute sa fortune de son plein gré. On trouve de la même façon ces extrêmes concernant les autres dispositions : par exemple, le frivole et le mélancolique, l’avare et le généreux, le cruel et le compatissant, le peureux et le courageux, et ainsi de suite.
- Entre chaque disposition morale et son extrême opposé, il existe des dispositions intermédiaires, éloignées l’une de l’autre. Parmi toutes ces dispositions morales, il y en a certaines qu’un être possède depuis sa naissance et qui correspondent à sa constitution naturelle ; il y a en a d’autres auxquelles un être est naturellement prédisposé, de sorte qu’il est enclin à les acquérir plus rapidement que d’autres dispositions ; certaines enfin ne sont pas innées, mais ont été apprises en suivant l’exemple des autres ou bien ont été cultivées par l’individu tout seul suivant l’idée qui s’est formée dans son esprit ou, ayant entendu qu’une certaine disposition était bénéfique pour lui et devait être cultivée, il s’y est habitué jusqu’à ce qu’elle devienne ancrée en lui.
- Pour chaque disposition/trait de caractère, les deux extrêmes, aux antipodes l’un de l’autre, ne sont pas un bon chemin : il n’est convenable ni de les suivre ni de les apprendre. Si l’on constate que l’on tend par nature vers l’un de ces extrêmes ou que l’on a une prédisposition pour l’un d’eux ou bien si l’on a appris et a adopté dans son comportement l’un de ces traits de caractère/dispositions morales extrêmes, on rectifiera son comportement vers le bien et l’on suivra le chemin des bonnes personnes, c’est-à-dire le droit chemin qui est le chemin du milieu.
- Le droit chemin est le degré du milieu pour chacun des traits de caractère/dispositions propres aux hommes, c’est-à-dire le degré qui est à distance égale des deux extrêmes et qui n’est pas plus proche d’un extrême que de l’autre. C’est pour cela que les Sages d’autrefois ont exhorté l’homme à constamment évaluer ses traits de caractère de façon à les ajuster et les orienter selon la voie du milieu, afin qu’il soit entier dans son corps. Comment cela ? Il ne sera pas coléreux, prompt à la colère, ni indifférent comme un mort, mais il recherchera la voie du milieu, c’est-à-dire qu’il ne se mettra en colère que pour quelque chose de grave qui justifie la colère afin qu’une telle chose ne se reproduise plus. De même, il ne désirera que ce qui est indispensable au corps, dans l’esprit du verset : « Le juste mange pour apaiser sa faim ». De même, il ne fournira pas d’efforts démesurés dans ses affaires, mais juste de quoi pourvoir à ses besoins du moment, dans l’esprit du verset : « le peu pour le juste est meilleur ». Il ne fermera pas excessivement sa main et ne dépensera pas non plus immodérément son argent : il donnera la charité selon ses moyens et prêtera comme il convient à celui qui a besoin. Il ne sera ni frivole et rieur, ni triste et affligé : il sera joyeux toute sa vie avec sérénité et douceur. Et il en va de même des autres traits de caractère. Cette attitude médiane est le chemin des sages.
- Tout homme qui observe le milieu dans ses dispositions est appelé un sage. Et celui qui est particulièrement scrupuleux et s’écarte légèrement, d’un côté ou de l’autre, du degré du milieu, est appelé un pieux (‘hassid). Comment cela ? Celui qui s’éloigne de l’orgueil jusqu’à l’extrême limite et qui est extrêmement humble est désigné comme pieux : telle est la mesure de la piété. S’il s’écarte de l’orgueil jusqu’au trait du milieu seulement et est modeste, il est désigné comme sage : telle est la mesure de la sagesse. Il en va de même de tous les autres traits de caractère/dispositions morales. Les pieux d’antan faisaient pencher leurs traits de caractère de l’attitude médiane vers l’un des deux extrêmes, pour certains traits dans une direction et pour d’autres dans l’autre direction. Ceci était un comportement allant au-delà de la stricte exigence de la loi.
- Nous sommes enjoints de suivre ces chemins intermédiaires, qui sont les chemins bons et droits, comme il est dit : « et tu marcheras dans Ses voies » ; voici ce que les Sages ont enseigné, en explication de ce commandement : « Tout comme D.ieu est appelé bienveillant, sois toi aussi bienveillant ; tout comme Il est appelé compatissant, sois toi aussi compatissant ; tout comme Il est appelé saint, sois saint toi aussi ». Ainsi les prophètes ont-ils décrit D.ieu par tous ces attributs : lent à la colère, plein de bienveillance, juste et droit, parfait, vaillant et puissant, et autres attributs similaires pour enseigner que ce sont les bons et droits chemins qu’un homme doit adopter dans son comportement et par lesquels il doit, selon ses capacités, Lui ressembler.
- Comment l’homme peut-il s’habituer à ces traits de caractère/dispositions morales de sorte qu’ils deviennent ancrés en lui ? Il se conformera une fois, deux fois, trois fois, dans ses actions, à ces dispositions morales médianes, et répétera cette attitude continuellement, jusqu’à ce que ces agissements deviennent faciles pour lui et qu’il n’y trouve plus d’effort, et que ces traits/dispositions morales deviennent ancrés en lui. Étant donné que le Créateur est appelé par ces attributs et qu’ils constituent la voie médiane que nous sommes tenus d’emprunter, cette voie est appelée le « chemin de D.ieu ». C’est ce chemin qu’Abraham notre père a enseigné à ses enfants, comme il est dit : « Car Je l’ai distingué, parce qu’il ordonne à ses fils et à sa maison après lui d’observer le chemin de D.ieu ». Celui qui emprunte ce chemin appelle la bienveillance et la bénédiction à son égard, comme il est dit : « afin que l’Éternel accomplisse sur Abraham ce qu’Il a déclaré à son égard ».
Chapitre deux : Un chemin de conduite équilibré
Même si en règle générale, le « chemin du milieu » doit être préféré à tout autre, des exceptions existent. Notamment lorsque de mauvaises habitudes ont été prises ou encore lorsqu’il est question de l’orgueil ou de la colère. C’est ce qu’explique tout d’abord le Chapitre deux. Puis Maïmonide fait l’éloge du silence et condamne la parole lorsqu’elle est en excès ou lorsqu’elle est empreinte de duplicité
- Les maladies du corps font que ce qui est amer au goût passe pour doux, et ce qui est doux passe pour amer. Certains malades désirent des aliments qui ne sont pas aptes à la consommation, comme la terre ou le charbon, et ont de l’aversion pour les aliments bénéfiques comme le pain et la viande, tout dépend de la gravité de la maladie. De même, les individus qui souffrent d’une maladie de l’âme désirent et aiment les dispositions négatives, haïssent le droit chemin et rechignent à le suivre, celui-ci étant pour eux très pénible, en fonction de leur maladie. Le prophète Isaïe dit de ces gens : « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui changent les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres, qui changent l’amer en doux et le doux en amer ». À leur propos, il est dit : « ceux qui abandonnent les chemins de la rectitude pour suivre les routes ténébreuses ». Quel est le remède pour ceux qui souffrent d’une maladie de l’âme ? Qu’ils se rendent chez les sages, qui sont les médecins des âmes, et ils guériront leurs maladies en leur inculquant les qualités morales qu’ils doivent acquérir jusqu’à ce qu’ils reviennent dans le droit chemin. Concernant ceux qui sont conscients de leurs mauvaises dispositions mais qui n’ont pas recours au sage pour les guérir, le roi Salomon dit : « Les sots dédaignent sagesse et morale ».
- En quoi consiste leur remède ? Celui qui est irascible, on l’exhortera à s’habituer à se montrer absolument insensible s’il est frappé ou injurié. Il observera cette conduite pendant une période de temps prolongée, jusqu’à ce la colère soit déracinée de son cœur. S’il est hautain, il s’accoutumera à endurer l’humiliation, il s’assiéra plus bas que tous, se vêtira de loques qui font honte à celui qui les porte, et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’arrogance soit déracinée de son cœur et qu’il revienne au juste milieu, qui est le bon chemin. Quand il aura regagné le chemin du milieu, il suivra celui-ci toute sa vie durant. C’est de cette manière qu’on procédera pour tous les autres traits de caractère. Si on se trouve éloigné du juste milieu à une extrémité, on s’éloignera à l’extrême opposé et on adoptera cette conduite pendant une longue période jusqu’à ce qu’on regagne le bon chemin, qui est le degré du milieu pour chaque trait de caractère/disposition.
- Il y a certains traits de caractère/dispositions au regard desquels il est interdit de suivre le chemin du milieu. Au contraire, on devra s’éloigner à l’extrême du mauvais côté. C’est le cas de l’arrogance : le bon chemin pour l’homme ne consiste pas à être modeste seulement, mais à être humble, avec un sentiment de petitesse. C’est la raison pour laquelle il est dit de Moïse notre maître qu’il était « extrêmement modeste » et non simplement « modeste ». C’est pour cela que les Sages ont exhorté : « Sois très, très humble ». Ils dirent également que quiconque se montre arrogant nie le principe fondamental de l’existence de D.ieu, comme il est dit : « ton cœur s’enorgueillirait et tu oublierais l’Éternel ton D.ieu ». Ils ont encore dit : « Que soit mis au ban celui qui présente ne serait-ce qu’un peu d’arrogance ». La colère aussi est un trait de caractère extrêmement mauvais, dont il convient de s’éloigner jusqu’à l’extrême opposé. On apprendra à ne jamais se mettre en colère, même pour quelque chose qui justifierait la colère. Si l’on souhaite inspirer la crainte à ses enfants et aux membres de sa maison, ou à la communauté que l’on dirige, et que l’on souhaite s’irriter contre eux afin qu’ils améliorent leur conduite, on se montrera en colère face à eux afin de les réprimander, tout en gardant son calme intérieurement, comme quelqu’un qui mime un état en colère sans être lui-même en colère. Les Sages des premiers temps ont dit : « Quiconque se met en colère est considéré comme s’il s’adonnait à l’idolâtrie ». Ils dirent également : « Quiconque se met en colère, s’il est un sage, sa sagesse le quitte, et s’il est un prophète, la prophétie se retire de lui » et « ceux qui sont coléreux, leur vie n’est pas une vie ». C’est pourquoi, les Sages ont enjoint de fuir la colère au point de devenir insensible même aux choses qui provoquent naturellement la colère ; c’est là le bon chemin. Telle est la voie des justes : ils subissent l’humiliation mais n’humilient pas à leur tour, ils essuient des affronts et ne répliquent pas, ils agissent par amour de D.ieu et se réjouissent dans les souffrances. L’Écriture dit à leur propos : « et ceux qui L’aiment rayonneront comme le soleil dans la gloire ».
- On s’habituera toujours au silence et on ne s’entretiendra que de sujets de sagesse ou de ce dont on a besoin pour la vie du corps. Il est dit de Rav, le disciple de Rabénou Hakadoch qu’il n’eut jamais, toute sa vie durant, de conversation futile – comme les conversations de la plupart des gens. On ne multipliera pas même les paroles concernant les besoins du corps. C’est là ce que les Sages ont prescrit en disant : « Quiconque parle excessivement provoque la faute ». Ils ont dit aussi : « Je n’ai rien trouvé de meilleur pour le corps que le silence ». De même, en matière de Thora et de sagesse, les paroles d’un homme doivent être brèves, mais débordantes de sens ; c’est cette idée que les Sages ont exprimée dans leur recommandation : « On doit toujours enseigner à ses disciples avec concision ». Mais lorsque ses paroles sont nombreuses et pauvres en sens, c’est de la sottise ; à ce sujet il est dit : « Car les songes naissent de l’abondance des soucis, et la voix du sot se reconnaît à l’abondance de ses paroles ».
- La préservation de la sagesse, c’est le silence. C’est pourquoi, on ne se hâtera pas de répondre aux questions posées et on ne multipliera pas les paroles. On enseignera à ses élèves dans la tranquillité et le calme, sans crier et sans prolixité. C’est le sens de ce que dit le roi Salomon : « Les paroles des sages avec douceur sont écoutées ».
- Il est défendu d’user de belles paroles et de flatterie. On ne feindra pas en exprimant par la bouche une chose différente de celle que l’on a dans le cœur. Plutôt, l’extérieur sera conforme à l’intérieur : c’est ce qu’on a dans le cœur que l’on exprimera par la bouche. Il est défendu d’abuser de la confiance d’autrui, même d’un gentil. Comment cela ? On ne vendra pas à un gentil de la viande d’un animal mort naturellement en lieu et place de viande d’un animal abattu rituellement, ni une chaussure faite à partir d’une peau d’un animal mort naturellement à la place d’une chaussure faite à partir d’une peau d’un animal abattu. On n’insistera pas auprès d’un ami pour qu’il mange chez soi en sachant qu’il déclinera l’invitation et on ne lui enverra pas de nombreux cadeaux en sachant qu’il n’accepte pas les présents. On ne feindra pas d’ouvrir pour lui des tonneaux de vin que l’on doit de toute façon ouvrir pour la vente, afin de le flatter en lui faisant croire qu’on les ouvre en son honneur. Même une seule parole de flatterie et de tromperie est interdite. Au contraire, on doit toujours tenir un langage de vérité, avoir un esprit droit, un cœur pur de toute tromperie et de toute ruse.
- On ne doit pas se livrer à la plaisanterie et à la raillerie, ni être triste et affligé, mais être joyeux. Voici ce que les Sages ont dit : « la plaisanterie et la légèreté accoutument l’homme à l’impudicité ». Ils ont prescrit de ne pas se livrer au rire immodérément, sans être toutefois triste et affligé, mais au contraire, d’accueillir chacun avec un visage bienveillant. Et de même, on ne manifestera pas de cupidité, en recherchant immodérément les richesses et on ne sera pas non plus nonchalant et oisif. Plutôt, on sera satisfait de ce que l’on possède, on réduira la conduite de ses affaires et on se consacrera à l’étude de la Thora. Et on se réjouira du peu que l’on a pour sa part. Il ne sera pas querelleur, jaloux, jouisseur ou à la recherche des honneurs. Telle est la sentence des Sages : « la jalousie, la recherche des plaisirs et des honneurs excluent l’homme de ce monde ». En règle générale, il suivra le degré moyen dans chaque trait de caractère/disposition morale, de sorte que tous ses traits de caractères/dispositions se positionnent au juste milieu. C’est ce que dit le roi Salomon : « Que les chemins que tu empruntes soient équilibrés, pour pouvoir cheminer en sûreté ».
Chapitre trois : Une vie physique mise au service de D.ieu
Dans ce chapitre, Maïmonide montre que si la recherche des plaisirs du monde est à proscrire, les jeûnes et mortifications sont tout aussi réprouvés par la Thora. Au contraire, « que toutes tes actions soient pour le Nom de D.ieu » ont enseigné les Sages. Ce qui veut dire que chacune de ses actions « profanes » sera habitée de cette intention. Ainsi la Thora ne prescrit-elle pas une vie d’ascète, mais plutôt une vie dans la société entièrement mise au service de D.ieu
- Peut-être pourrait-on dire : puisque la jalousie, la recherche des plaisirs, des honneurs et autres, sont un mauvais chemin qui exclut l’homme de ce monde, je vais m’en détacher au maximum et m’en éloigner à l’extrême opposé. Ainsi celui qui suivrait ce raisonnement ne mangerait pas de viande, ne boirait pas de vin, ne se marierait pas, n’habiterait pas une maison décente et ne porterait pas de beaux vêtements, mais uniquement le sac et la bure ou ce qui est semblable, comme les prêtres païens. C’est là aussi un mauvais chemin, qu’il est interdit de suivre. Celui qui emprunte ce chemin est désigné comme pécheur, car il est dit du nazir qui a fait vœu d’abstinence du vin: « il fera expiation du péché qu’il a commis à l’égard de l’âme ». Les Sages ont dit : « Si le nazir, qui s’est seulement abstenu du vin, a besoin d’une expiation, à combien plus celui qui s’abstient de chaque chose ». C’est pourquoi nos Sages nous ont enjoints de nous abstenir uniquement des choses dont la Thora nous a privées et de ne pas nous interdire, par des vœux et des serments, les choses qui nous sont permises. Voici ce que les Sages ont dit : « Ce que la Thora t’a interdit ne te suffit-il pas, pour que tu t’interdises d’autres choses ! » Dans cette catégorie sont inclus aussi ceux qui jeûnent continuellement : ils ne sont pas dans le bon chemin. Les Sages ont interdit de se mortifier par le jeûne. À propos de toutes ces pratiques et autres pratiques similaires, le roi Salomon a dit : « Ne sois pas juste à l’excès, ne sois pas sage plus qu’il ne faut ; pourquoi t’exposer à la désolation ? »
- L’homme doit orienter son cœur et toutes ses actions en vue de la seule connaissance de D.ieu, béni soit-Il. Telle sera toujours son intention lorsqu’il est assis, debout ou en train de parler. Comment cela ? Lorsqu’il s’occupe de commerce ou lorsqu’il effectue un travail rémunéré, il n’aura pas seulement à cœur d’amasser de l’argent, mais il fera cela afin de pouvoir pourvoir aux besoins essentiels du corps, à savoir manger, boire, se loger et se marier. De même, au moment de manger, de boire, ou d’avoir des rapports conjugaux, il n’aura pas à cœur de faire ces actions pour satisfaire son désir seulement, au point qu’il ne mangerait et ne boirait plus que ce qui est doux au palais et aurait des rapports pour son plaisir. Plutôt, il aura l’intention de manger et boire pour fortifier son corps et ses membres uniquement. Aussi ne mangera-t-il pas tout ce que le palais désire – comme le chien ou l’âne – mais des aliments qui sont bénéfiques pour le corps, qu’ils soient amers ou doux. De même, il ne mangera pas les aliments qui sont mauvais pour le corps, bien qu’ils flattent le palais. Comment cela ? Celui qui est de constitution chaude ne mangera ni viande ni miel et ne boira pas de vin, comme ce que dit le roi Salomon dans une parabole : « Manger trop de miel n’est pas bénéfique… » Mais il boira du jus de chicorée qui a des propriétés thérapeutiques, bien que ce soit amer. Ainsi, il mangera et boira comme une thérapie, afin de se fortifier et de rester en bonne santé, car l’homme ne peut vivre qu’en mangeant et en buvant. De même, lorsqu’il aura des rapports conjugaux, il n’aura des rapports qu’en vue de maintenir son corps en bonne santé et de procréer. C’est pourquoi, il n’aura pas des rapports conjugaux à chaque fois qu’il en a envie, mais quand il sait qu’il a besoin d’avoir une émission séminale, comme une thérapie, ou pour procréer.
- Celui qui se conduit selon cette hygiène de vie, s’il a pour seule intention d’avoir un corps en parfaite santé physique et d’avoir des enfants qui accompliront son travail et peineront pour lui, ce n’est pas un bon chemin. Au contraire, il aura l’intention d’avoir un corps sain et parfait afin que son âme puisse accéder à la connaissance de D.ieu : car il est impossible de comprendre et de pénétrer les sagesses lorsque l’on est en proie à la faim ou à la maladie, ou lorsque l’on souffre d’un membre. De même, il aura l’intention d’avoir un fils qui pourra peut-être devenir un sage et un grand homme au sein d’Israël. Celui qui suit ce chemin toute sa vie durant est donc continuellement en train de servir D.ieu, même durant ses activités commerciales et même quand il a des rapports conjugaux ; car son intention, dans tout ce qu’il fait, est de répondre à ses besoins pour avoir un corps en bonne santé en vue de servir D.ieu. Même lorsqu’il dort, s’il dort avec l’intention de reposer son esprit et son corps, afin d’éviter de tomber malade et d’être incapable de servir D.ieu en raison de la maladie, son sommeil est une forme de service de l’Omniprésent, béni soit-Il. C’est cela que les Sages ont prescrit quand ils ont dit : « Que tous tes actes soient pour le Ciel ». C’est aussi ce que le roi Salomon a dit dans sa sagesse : « Dans toutes tes voies, connais-Le, et Il aplanira ta route ».
Chapitre quatre : Hygiène de vie pour un corps en bonne santé
Dans ce chapitre, le Rambam montre que corps et âme sont indissociables. Il est impossible, dit-il, de servir D.ieu en l’absence d’une bonne santé physique. Ainsi le Rambam donne-t-il ici des prescriptions pour entretenir une bonne santé : régime alimentaire, hygiène de vie…
- Puisque le fait d’avoir un corps en parfaite santé fait partie des chemins du service de D.ieu et qu’il est impossible de parvenir à une quelconque compréhension et connaissance du Créateur en étant malade, il appartient à l’homme de s’éloigner de ce qui est nocif pour le corps, et prendre des habitudes qui favorisent la santé et la vigueur. Les voici : toujours, on ne mangera que lorsqu’on a faim et on ne boira que lorsqu’on a soif. On ne retiendra pas ses besoins ne serait-ce qu’un instant ; au contraire, à chaque fois que l’on éprouve le besoin d’uriner ou d’aller à la selle, on le fera immédiatement.
- On ne mangera pas jusqu’à avoir le ventre plein : plutôt, on réduira d’un quart de ce qu’il faut pour que la faim soit pleinement satisfaite. On ne boira pas d’eau au cours du repas, si ce n’est un peu et mélangée avec du vin. Lorsque la nourriture commence à être digérée dans l’estomac, on peut boire ce que l’on a besoin de boire ; cependant, on ne boira pas trop d’eau, même après que la nourriture a été digérée. On ne mangera pas avant d’avoir bien vérifié si l’on ne doit pas faire ses besoins. On ne mangera pas avant d’avoir marché jusqu’à que le corps commence à s’échauffer, ou avant d’avoir fait un travail ou fourni un autre effort physique. En règle générale, on soumettra son corps à un effort physique le matin jusqu’à ce qu’il commence à s’échauffer, on s’arrêtera un peu pour se reposer puis on mangera. Se baigner dans de l’eau chaude après un effort est bénéfique : on attend ensuite un petit moment puis on mange.
- On doit toujours manger en étant assis à sa place ou incliné sur le côté gauche ; on ne fera pas de marche à pied, on ne montera pas à cheval, on ne fera pas d’effort physique fatiguant, on ne balancera pas son corps et on ne se promènera pas avant d’avoir digéré. Quiconque se promène ou se fatigue après avoir mangé s’expose à de graves et pénibles maladies.
- Le jour et la nuit font vingt-quatre heures. Il est suffisant pour un homme de dormir un tiers, soit huit heures. Ces huit heures destinées au sommeil seront de préférence à la fin de la nuit, de sorte qu’il y ait huit heures depuis le début de son sommeil jusqu’au lever du soleil, et ainsi il se lèvera de son lit avant le lever du soleil.
- On ne dormira ni sur le ventre, ni sur le dos, mais sur le côté ; au début de la nuit sur le côté gauche et à la fin de la nuit sur le côté droit. On ne dormira pas juste après avoir mangé : on attendra environ trois ou quatre heures après le repas. Et on ne dormira pas en journée.
- Les aliments laxatifs, comme les raisins, les figues, les mûres, les prunes, les pastèques, les différentes sortes de courges et de concombres, seront mangés avant le repas uniquement. On ne les mélangera pas au repas, mais au contraire, on attendra un peu – jusqu’à ce qu’ils quittent l’estomac – pour prendre son repas. Les aliments constipants, tels les grenades, les coings, les pommes et les poires, peuvent être mangés juste après le repas, mais on n’en mangera pas trop.
- Lorsqu’on désire manger de la viande de volaille et de la viande de gros ou menu bétail dans le même repas, il faut commencer par la viande de volaille. Et de même, lorsqu’on désire manger des œufs et de la viande de volaille, il faut commencer par les œufs. Si l’on désire manger de la viande de menu et de gros bétail, il faut commencer par la viande de menu bétail. On mangera toujours en premier l’aliment le plus léger et en dernier l’aliment le plus lourd à digérer.
- En été, il convient de manger des aliments rafraichissants, on n’utilisera pas trop d’épices et on mangera le pain trempé dans du vinaigre. En hiver, on mangera des aliments qui réchauffent le corps, avec beaucoup d’épices, et on mangera un peu de moutarde et d’asa-foetida. De cette manière on adaptera son alimentation en fonction du climat froid ou chaud du lieu où l’on se trouve, et on choisira l’alimentation appropriée à chaque endroit.
- Certains aliments sont extrêmement nuisibles, et il convient de ne jamais en manger. Ce sont : les grands poissons salés que l’on a laissé vieillir, les fromages salés vieillis, les truffes et les champignons, la viande salée qu’on a laissé vieillir, le vin qui sort tout droit du pressoir, un plat que l’on a laissé se dégrader jusqu’à ce qu’il dégage une odeur nauséabonde, et de même, tout aliment qui a une mauvaise odeur ou qui est très amer, ceux-là sont pour le corps comme un poison mortel. Certains aliments sont nuisibles, mais pas autant que les premiers, aussi convient-il de n’en manger qu’un petit peu, à de longs intervalles, et on ne s’habituera pas à en faire son repas ou à en accompagner son repas régulièrement. Ce sont : les grands poissons, le fromage, le lait trait il y a plus de vingt-quatre heures, la viande de grands bœufs et de grands boucs, les fèves, les lentilles, les haricots, le pain d’orge, le pain azyme, le chou commun, les poireaux, les oignons, l’ail, la moutarde, et le radis long. Tous ceux-là sont des aliments mauvais pour le corps, et il ne convient d’en manger que très peu, et ce, en hiver, mais en été on n’en mangera pas du tout. Et les fèves et les lentilles, il ne convient d’en manger ni en été, ni en hiver. Quant au potiron, on peut le consommer en été.
- Certains aliments sont mauvais, mais non comme les précédents, ce sont : les oiseaux aquatiques, les jeunes pigeons, les dattes, le pain frit dans l’huile ou le pain dont la pâte a été pétrie avec de l’huile, la farine suffisamment tamisée au point qu’il ne reste plus aucune trace de son, la saumure de poisson et la sauce de poisson (muria) ; il ne convient pas de consommer trop de ces aliments. Un homme qui est sage et qui se maîtrise, qui ne cède pas à son appétit et ne mange aucun des aliments évoqués à moins qu’il n’en ait besoin comme remède, est quelqu’un de vaillant.
- Il faut toujours s’abstenir des fruits des arbres et ne pas en consommer beaucoup, même s’ils sont secs, et inutile de dire s’ils sont frais. Mais avant qu’ils ne parviennent à maturité, ils sont comme des épées qui transpercent le corps. De même, la caroube est toujours mauvaise pour le corps. Tous les fruits aigres sont mauvais et on n’en mangera que peu, en été et dans les endroits chauds. Les figues, les raisins, les amandes sont toujours bénéfiques pour le corps, qu’ils soient frais ou secs, et on peut en manger à sa faim. Cependant, on n’en mangera pas de façon régulière, bien qu’ils soient meilleurs que tous les autres fruits des arbres.
- Le miel et le vin sont mauvais pour les jeunes enfants et bons pour les personnes âgées, en particulier en hiver. En été, il faut manger deux tiers de ce que l’on mange en hiver.
- On s’efforcera toujours d’avoir les intestins lâches, tendant légèrement vers la diarrhée. C’est là une règle médicale importante : quand l’évacuation des matières fécales est retenue ou difficile, de graves maladies s’installent. Comment peut-on relâcher ses intestins lorsqu’ils sont légèrement constipés ? Pour un jeune homme, il faudra, chaque matin, manger des herbes (melou’him) bouillies et assaisonnées avec de l’huile d’olive, de la sauce de poisson et du sel, sans pain ; ou boire l’eau de cuisson de blettes ou de choux avec de l’huile d’olive, de la sauce de poisson (muria) et du sel. Une personne âgée, quant à elle, devra boire du miel dilué avec de l’eau chaude le matin et attendre environ quatre heures pour ensuite prendre son repas. On agira ainsi un jour, ou trois ou quatre jours si nécessaire, jusqu’à que les intestins se relâchent.
- Les Sages ont énoncé une autre règle essentielle pour la santé du corps : tant qu’un homme fournit un effort physique et se fatigue beaucoup, qu’il n’est pas rassasié et que ses intestins sont lâches, il n’est pas exposé à la maladie et se renforce. Cela, même s’il mange de mauvais aliments.
- En revanche, si quelqu’un mène une existence sédentaire sans faire d’effort physique, tarde à faire ses besoins, ou est constipé, même s’il mange des aliments bénéfiques et fait attention à se conformer aux règles médicales, souffrira de maux toute sa vie et s’affaiblira. Trop manger est comme un poison mortel pour le corps de chacun et la principale source de maladie. La plupart des maladies qui surviennent sont dues soit à de mauvais aliments, soit à une consommation excessive d’aliments même bons dont on se remplit le ventre. Ainsi, Salomon a dit dans sa sagesse : « Celui qui garde sa bouche et sa langue se préserve de bien des tourments ». Voici ce que cela veut dire : celui qui garde sa bouche en s’abstenant de consommer de mauvais aliments ou de manger abondamment jusqu’à satiété, et « sa langue » en s’abstenant de parler de futilités, mais seulement de ce dont il a besoin.
- La bonne habitude en matière de bain est de se rendre aux bains une fois par semaine. On n’ira pas aux bains juste après le repas, ni lorsque l’on a faim, mais lorsque la nourriture commence à être digérée. On se baigne tout le corps dans de l’eau chaude à une température qui ne brûle pas le corps, et la tête seulement, à l’eau brûlante. Puis on se baigne le corps dans l’eau tiède, puis de plus en plus tiède jusqu’à ce qu’on se baigne dans l’eau froide. Pour la tête on n’utilisera ni de l’eau tiède, ni de l’eau froide. En hiver, on ne se baignera pas dans l’eau froide. Il ne faut pas prendre de bain avant d’avoir transpiré et sollicité vigoureusement tout son corps. On ne doit pas s’attarder aux bains ; une fois que l’on a transpiré et sollicité le corps, on se rince et on sort. On s’examine avant d’entrer aux bains et après en être sorti pour s’assurer qu’on ne doit pas faire ses besoins. Il faut de même toujours s’examiner avant et après le repas, avant et après les rapports conjugaux, avant et après un exercice physique, avant et après le sommeil, ce qui fait au total dix fois.
- Lorsqu’on sort du bain, on s’habillera et on se couvrira la tête dans la pièce extérieure afin de ne pas s’exposer à un vent froid. Même en été il faut y prêter attention. Après être sorti, on attendra d’avoir retrouvé ses esprits, que le corps se soit reposé et que la chaleur se soit dissipée, après quoi on pourra manger. Dormir un peu quand on sort du bain, avant de manger, est excellent. On ne boira pas d’eau froide en sortant du bain, et inutile de dire qu’on ne boira pas au bain. Si on a soif en sortant du bain et qu’on ne peut pas se retenir de boire de l’eau fraiche, on boira l’eau en la mélangeant avec du vin ou du miel. S’enduire d’huile au bain en hiver après s’être rincé est bénéfique.
- On ne s’habituera pas à pratiquer régulièrement des saignées sur son corps. On n’y recourra qu’en cas de besoin spécial. On ne pratiquera la saignée ni en été, ni en hiver, mais seulement dans une faible mesure en nissan et en tichri. Après cinquante ans, il ne faut plus se faire saigner. On ne prendra pas de bain et on ne partira pas non plus en voyage un jour où l’on a fait une saignée. On ne fera pas non plus une saignée le jour d’un retour de voyage. Un jour de saignée, il faut manger et boire moins que de coutume ; il faut se reposer et ne pas se fatiguer, ne pas faire d’exercice physique ni se promener.
- La matière séminale est la force du corps, sa vie, et la lumière de ses yeux. Quand elle est émise trop fréquemment, le corps se gâte, sa force diminue, et sa vie s’abrège. C’est ce qu’a dit Salomon dans sa sagesse : « Ne donne pas aux femmes ta force ». Celui qui s’adonne abondamment aux relations charnelles est pris de vieillesse avant son temps, sa force diminue, ses yeux faiblissent, une odeur nauséabonde s’exhale de sa bouche et de ses aisselles. Ses cheveux, ses sourcils, et ses cils tombent, alors que les poils de sa barbe, de ses aisselles, et les poils de ses jambes deviennent plus abondants ; ses dents tombent, et bien d’autres maux encore l’assaillissent. Les sages parmi les médecins ont dit : un homme sur mille meurt de toutes sortes de maladies, et mille meurent d’un excès de rapports charnels. C’est pourquoi, un homme doit prêter attention à cela s’il veut vivre en bonne santé. Il n’aura des rapports que lorsque son corps est sain et vigoureux, et qu’il a des érections involontaires au point que même lorsqu’il en détourne sa pensée, l’érection subsiste ; il sent une pression au niveau du bassin, comme si les tendons des testicules s’étiraient, et son corps est chaud, celui-ci a besoin d’avoir des rapports et c’est pour lui comme un remède. On n’aura pas de rapports quand on est rassasié ou quand on a faim, mais après que la nourriture a été digérée. Et on examinera avant et après les rapports si l’on ne doit pas faire ses besoins. On n’aura pas de rapports en position debout, ni en position assise, ni aux bains, ni le jour où l’on se rend aux bains, ni le jour d’une saignée, ni un jour de départ en voyage ou de retour de voyage, ni avant, ni après.
- Quiconque se conforme aux règles d’hygiène de vie que nous avons énoncées, je me porte garant qu’il ne tombera jamais malade toute sa vie durant jusqu’à un âge très avancé et il mourra sans avoir besoin d’un médecin. Son corps sera sain et il sera en bonne santé toute sa vie durant. Cela, à moins que le corps ne soit de mauvaise constitution depuis la naissance ou qu’il n’ait pris l’une des mauvaises habitudes en matière d’hygiène depuis son tendre âge, ou bien que le fléau de la peste ou de la famine ne survienne dans le monde.
- Toutes ces bonnes habitudes que nous avons décrites ne conviennent que pour une personne en bonne santé. En revanche, quelqu’un qui est malade, quelqu’un qui souffre de l’un de ses membres ou quelqu’un qui a pris de mauvaises habitudes pendant de longues années, chacun d’eux doit adopter d’autres règles et d’autres habitudes, en fonction de sa maladie, comme expliqué dans le livre des remèdes. Un changement dans les habitudes de vie engendre la maladie.
- Dans tout endroit où il n’y a pas de médecin, il ne convient pas, pour celui qui est en bonne santé comme pour celui qui est malade, de s’écarter de toutes les règles de conduite énoncées dans ce chapitre, car chacune d’elles a finalement un effet bénéfique même pour celui qui est malade.
- Un érudit n’a pas le droit d’habiter dans toute ville où on ne trouve pas les dix choses suivantes : un médecin, un praticien de la saignée, des bains, des latrines, de l’eau courante comme une rivière ou une source, une synagogue, un instituteur, un scribe, des trésoriers de caisses de bienfaisance, et un tribunal qui administre la flagellation et qui met en prison.
Chapitre cinq : La conduite exemplaire du talmid hakham
Le talmid ‘hakham, littéralement « disciple des sages », est un érudit de la Thora. Cependant, ce « disciple » ne doit pas se distinguer simplement par sa sagesse. L’étude de la Thora ne saurait en aucun cas être considérée comme une discipline purement intellectuelle, qui ne vise qu’à la seule connaissance des textes. Au contraire, la Thora doit s’exprimer dans sa conduite de tous les jours, jusque dans ses moindres détails. Ainsi, comme va le montrer le Rambam tout au long de ce chapitre, c’est dans tous les éléments de la vie communs à chacun (la manière de manger, de parler, de s’habiller, de marcher…) que le talmid ‘hakham se distinguera
- De même l’on reconnait un sage par sa sagesse et par ses dispositions morales, qui le distinguent des autres gens, de même doit-il se distinguer par ses actions – sa façon de manger, de boire, d’accomplir son devoir conjugal, de faire ses besoins, de s’exprimer, de marcher, de se vêtir, de mener son ménage et de faire des affaires. Toutes ces actions seront exceptionnellement belles et seyantes. Comment cela ? Un érudit ne doit pas être un glouton : il mangera des aliments favorables à la santé de son corps, sans en manger avec excès. Il ne cherchera pas à remplir son ventre, comme ceux qui se gorgent d’aliments et de boissons jusqu’à ce que leur ventre enfle. À leur sujet, il est dit dans la Tradition prophétique : « Je vous répandrai des excréments sur la figure ». Les Sages ont expliqué : ce sont les gens qui mangent et boivent avec excès et passent tous les jours de leur vie comme des fêtes, disant : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ». Telle est là la façon de manger des méchants. Ce sont ces tables que l’Écriture a blâmées en disant : « En effet, toutes ces tables sont couvertes de vomissures et d’immondices, pas un coin n’y échappe ». En revanche, un sage ne mange que d’un ou deux mets et juste en quantité nécessaire pour sa subsistance, cela lui suffit. C’est ce que Salomon a dit : « le juste mange pour apaiser son âme ».
- Lorsqu’un sage mange ce peu qui lui convient, il le mangera seulement chez lui, à sa table. Il ne mangera pas dans un restaurant, ni dans la rue, sauf en cas d’extrême nécessité, afin de ne pas se déconsidérer aux yeux des autres. Il ne mangera pas auprès des ignorants, ni à ces tables « couvertes de vomissures et d’immondices ». Il ne prendra pas trop souvent ses repas autre part que chez lui, même avec d’autres sages. Et il ne mangera pas à des repas où il y a un grand rassemblement. Il ne convient pour lui de manger qu’à un repas lié à une mitsva, comme un repas de consécration matrimoniale (éroussine) ou de noces (nissouine), à condition que ce soit le mariage d’un érudit avec la fille d’un érudit. Les justes et les hommes pieux d’autrefois ne mangeaient pas d’un repas qui n’était pas à eux.
- Lorsqu’un sage boit du vin, il ne boit que ce qu’il faut pour arroser la nourriture qu’il a dans l’estomac et ainsi faciliter la digestion. Celui qui se rend ivre est un pécheur, il est indigne et perd sa sagesse. Et s’il s’est rendu ivre en présence de gens du commun, il profane le Nom de D.ieu. Il est interdit de boire du vin le midi, même en petite quantité, à moins que le vin n’accompagne le repas. En effet, la consommation de vin qui fait partie du repas ne rend pas ivre. Seul le vin qui fait suite au repas doit être évité.
- Bien qu’une femme soit permise à son mari à tout moment, il sied à l’érudit de se comporter avec sainteté : il ne sera pas constamment auprès de sa femme, comme un coq, mais une fois par semaine, le soir de chabbat, s’il en a la force. Et lorsqu’il converse avec elle, il ne conversera ni au début de la nuit lorsqu’il est rassasié et que son ventre est plein, ni à la fin de la nuit lorsqu’il a faim, mais au milieu de la nuit, une fois qu’il a digéré. Il ne se montrera pas trop léger et ne profanera pas sa bouche par des paroles vaines, même dans sa conversation intime. Voici qu’il est dit dans la Tradition prophétique: « Il raconte à l’homme ce qu’a été sa conversation ». Les Sages ont expliqué : un homme devra rendre compte même d’une parole légère qu’il a eue avec sa femme. Ils ne seront ni ivres, ni indolents, ni tristes, ni tous les deux ni l’un d’eux. Elle ne sera pas endormie et il ne la forcera pas ; au contraire, les rapports auront lieu avec leur consentement et leur joie mutuels. Il parlera et plaisantera un petit peu avec elle afin qu’elle soit détendue, et aura des rapports avec elle avec pudeur et non avec effronterie, et il se retirera immédiatement.
- Quiconque se comporte de cette manière, non seulement se sanctifie, se purifie, et raffine son caractère, mais de plus, s’il a des enfants, ils seront beaux et modestes, enclins à la sagesse et à la piété. Et quiconque adopte le comportement des autres gens du commun qui marchent dans l’obscurité, aura des enfants pareils à ces gens.
- Les érudits se conduisent de manière très pudique, même lorsqu’ils ne sont pas en présence d’autrui. Ils n’auront pas un comportement qui pourrait les exposer au mépris et ne se découvriront ni la tête ni le corps. Même lorsqu’un érudit entre dans des lieux d’aisances, il sera pudique et ne se dénudera pas jusqu’à ce qu’il soit assis. Il ne s’essuiera pas avec la main droite. Il s’écartera de tout homme, et entrera une pièce à l’intérieur d’une autre, dans une grotte à l’intérieur d’une autre, pour se soulager. S’il se soulage derrière une barrière, il s’éloignera suffisamment pour que personne n’entende de bruit s’il a des flatulences. S’il se soulage dans une plaine ouverte, il s’éloignera suffisamment pour que personne ne voie son corps dénudé. Il ne parlera pas lorsqu’il fait ses besoins, même en cas d’extrême nécessité. La nuit aussi, il observera aux latrines le même comportement pudique que durant la journée. Il convient de s’habituer à faire ses besoins seulement tôt le matin et le soir après la tombée de la nuit, afin de ne pas être obligé de s’éloigner.
- Un érudit ne doit pas crier et hurler lorsqu’il parle, à la manière du bétail et des bêtes sauvages. Il n’élèvera pas la voix excessivement, mais il parlera doucement avec les autres. En parlant doucement, il fera cependant attention à ne pas exagérer, car cela ressemblerait à la manière de parler des gens hautains. Il devancera chacun dans ses salutations, afin d’être apprécié par les autres. Il jugera tout un chacun favorablement et ne dira que les louanges de son prochain et ne tiendra en aucune façon des propos dénigrants à son égard. Il aimera la paix et recherchera la paix. S’il voit que ses paroles peuvent être utiles et écoutées, il parlera ; sinon, il gardera le silence. Comment cela ? Il ne cherchera pas à apaiser son prochain au moment de sa colère et il ne le questionnera pas sur son vœu au moment où il le formule, jusqu’à ce que son esprit s’apaise et qu’il se calme. Il ne consolera pas son prochain au moment où son défunt est couché devant lui, l’endeuille étant consterné jusqu’à l’enterrement ; et de même pour tout cas semblable. Il n’observera pas son ami au moment où il faillit : il détournera son regard de lui. Il ne déviera pas de la vérité par sa parole et n’exagèrera pas ou ne minimisera un fait, si ce n’est pour servir des intérêts de paix ou ce qui est semblable. En règle générale, il ne tiendra que des propos de sagesse ou de bienfaisance et ce qui est semblable. Il ne conversera pas avec une femme dans la rue, même s’il s’agit de sa propre femme, de sa sœur ou de sa fille.
- Un érudit ne doit pas marcher la tête haute et le cou dressé, comme il est dit : « elles s’avançaient le cou dressé, lançaient des regards provocants ». Il ne doit pas marcher doucement avec de trop petits pas le talon à côté de l’orteil, comme le font certaines femmes et les personnes hautaines, comme il est dit : « marchant à pas mesurés, et se faisant remarquer avec leurs pieds ». Il ne doit pas courir dans un lieu public, à la manière des fous, ni se courber comme les bossus, mais il maintiendra le regard positionné vers le bas, comme il se tient pendant la prière, et marchera dans la rue empreint de sérieux comme un homme préoccupé par ses affaires. De la façon de marcher d’un homme, il est aussi possible de distinguer s’il est sage et réfléchi, ou s’il est bête et sot. Ainsi Salomon dit-il dans sa sagesse : « même dans le chemin lorsque s’avance le sot, l’intelligence lui fait défaut : il dit à tous qu’il est sot » ; il fait savoir à tous ce qu’il est sot.
- Le vêtement d’un sage doit être beau et propre. Il lui est interdit d’avoir, sur son vêtement, une tache de sang, de graisse ou autre tache semblable. Il ne portera ni des vêtements de roi, comme les vêtements en or et en pourpre que tout le monde contemple, ni des vêtements de pauvre qui font honte à celui qui les porte, mais de beaux vêtements de gamme moyenne. Son corps ne sera pas visible à travers son vêtement, comme c’est le cas des vêtements en lin très fin que l’on fait en Égypte. Ses vêtements ne devront pas traîner sur le sol comme ceux des gens arrogants, mais ils iront jusqu’au talon uniquement et les manches jusqu’à ses doigts. Il ne fera pas descendre son vêtement de dessus, parce que cela lui donnerait une apparence hautaine, excepté le chabbat uniquement, s’il n’a pas de vêtement de rechange. Il ne portera pas, en été, des chaussures rapiécées avec une pièce sur une autre. Mais durant la saison des pluies, c’est permis s’il est pauvre. Il ne sortira pas dans la rue parfumé, avec des vêtements parfumés, et ne mettra pas non plus de parfum sur ses cheveux. Mais s’il s’enduit le corps de parfum pour supprimer une mauvaise odeur de transpiration c’est permis. De même, il ne sortira pas seul la nuit à moins qu’il n’ait une heure fixe où il sort pour se rendre à son étude. Toutes ces règles ont pour but d’éviter des soupçons d’immoralité à son égard.
- Un érudit doit diriger ses affaires judicieusement : il mange, boit et nourrit sa maisonnée selon ses moyens et selon sa réussite, sans se démener excessivement. Les Sages ont prescrit en règle de conduite de ne pas manger constamment de la viande, mais seulement lorsqu’on en éprouve une forte envie, comme il est dit : « car tu auras envie de manger de la viande ». Il est suffisant pour une personne en bonne santé de manger de la viande chaque soir de chabbat. Mais si quelqu’un est suffisamment riche pour manger chaque jour de la viande, il peut le faire. Voici ce que les Sages ont recommandé : « Toujours un homme se nourrira moins que ce que ses ressources lui permettent, il se vêtira conformément à ce que ses moyens lui permettent et il dépensera pour vêtir sa femme et ses enfants plus que ses moyens. »
- Le parcours des hommes sensés est de tout d’abord trouver un travail qui permet de gagner sa vie, puis de faire l’acquisition d’une demeure, et ensuite de se marier. Car il est dit : « Quel est l’homme qui a planté une vigne et ne l’a pas rachetée ? … Quel est l’homme qui a construit une nouvelle maison mais ne l’a pas inaugurée ? … Quel est l’homme qui s’est fiancé avec une femme et ne l’a pas épousée ? » En revanche, le sot commence par se marier, après quoi s’il en a les moyens il acquerra une demeure, puis, à la fin de sa vie, il recherchera un travail ou vivra de la charité. De même est-il dit dans les malédictions : « Tu te fianceras avec une femme… tu construiras une maison… tu planteras une vigne… », c’est-à-dire que toutes tes actions se dérouleront dans l’ordre inverse, afin que tu ne réussisses pas dans tes entreprises. En revanche, dans le cadre de la bénédiction il est dit : « David avait du succès dans toutes ses entreprises et l’Éternel était avec lui ».
- Il est défendu de déclarer tous ses biens « à l’abandon » ou de les consacrer au Temple et ainsi de se retrouver à la charge de la société. On ne vendra pas son champ pour acheter une maison, et on ne vendra pas sa maison pour acheter des biens mobiliers ou pour faire du commerce avec l’argent de la vente. Mais on peut vendre des biens mobiliers pour acheter un champ. En règle générale, on s’efforcera d’utiliser son capital avec succès et de remplacer ce qui est périssable par ce qui est durable. On ne recherchera pas un petit profit qui n’est que momentané ou qui engendrerait une perte importante.
- Un érudit fait des affaires honnêtement et en bonne foi. Son non est un non et son oui un oui. Exigeant envers lui-même dans les comptes en donnant aux autres précisément ce qu’il leur doit, il est prêt à donner et à faire preuve de libéralité envers les autres lorsqu’il achète et ne se montre pas pointilleux envers eux. Il paie immédiatement ce qu’il achète. Il refuse d’être caution ou caution solidaire et ne vient pas par procuration pour agir au nom d’une tierce personne en justice. Dans ses transactions, il s’oblige même là où la Thora ne l’a pas obligé, afin de respecter sa parole et ne pas enfreindre celle-ci. Et lorsque d’autres deviennent obligés envers lui en vertu de la loi, il leur accorde des délais et leur fait grâce de ce qu’ils doivent lorsqu’ils n’ont pas de quoi payer ; et il consent des prêts et accorde des faveurs. Il n’empiète pas sur le commerce d’un autre, et, tout au long de sa vie, il n’offense personne. En règle générale, il fait partie de ceux qui sont persécutés mais ne persécutent pas, de ceux qui sont humiliés mais n’humilient pas. Celui qui adopte toutes ces manières de faire et ce qui est semblable, l’Écriture dit de lui : « Et Il m’a dit : Tu es mon serviteur, Israël, c’est par toi que Je me couvre de gloire ».
Chapitre six : L’homme et son entourage social
Ce chapitre traite de la vie sociale, c’est-à-dire tout d’abord des influences exercées par l’entourage social d’une personne et ensuite, du modèle de vie sociale prôné par la Thora. Le rapport à autrui doit toujours être déterminé par ahavat israel, l’amour du prochain, et la réprimande est toujours préférable à la rancune. L’humiliation d’autrui en public est très grave, mais en même temps, le devoir mutuel exige de reprendre celui qui commet une faute même s’il devient parfois nécessaire de lui faire des reproches en public
- Il est naturel pour un homme d’être influencé, dans son caractère et ses actions, par ses proches et ses amis, et d’adopter les mêmes habitudes que les habitants du lieu où il vit. Aussi doit-il se joindre aux justes et toujours fréquenter la compagnie des sages, afin d’apprendre de leur conduite, et s’éloigner des méchants qui marchent dans l’obscurité, afin de ne pas être influencé par leurs actions. C’est ce que dit le roi Salomon : « Celui qui fréquente la compagnie des sages deviendra sage ; celui qui fréquente les sots deviendra mauvais ». Et il est dit : « Heureux l’homme qui ne suit pas les conseils des méchants, etc. ». De même, si les mœurs du pays où il vit sont mauvaises et que les habitants ne suivent pas le chemin de la droiture, il partira vivre dans un lieu où les gens sont justes et suivent les voies du bien. Et si tous les pays qu’il connaît ou dont il entend parler ont adopté de mauvais comportements – comme c’est le cas à notre époque – ou s’il se trouve dans l’impossibilité de partir vivre dans un pays avec de bonnes mœurs, en raison de campagnes militaires ou en raison d’une maladie, il vivra dans la solitude, comme il est dit : « Il s’assiéra solitaire et restera silencieux ». Et si les habitants locaux sont mauvais et pécheurs et qu’ils ne laissent pas résider dans le pays à moins qu’il ne se mêle à eux et adopte leurs mauvaises pratiques, il se retirera dans les cavernes, les fourrés ou les déserts plutôt que suivre les chemins des pécheurs, comme il est dit : « Qui me transportera dans le désert, dans un refuge de voyageurs ».
- C’est un commandement positif de s’attacher aux sages et à leurs disciples, afin d’apprendre de leur exemple, comme il est dit : « et attache-toi à Lui ». Or, est-il possible à l’homme de s’attacher à la Présence Divine ? Mais voici ce qu’ont dit les Sages, en explication de ce commandement : « Attache-toi aux sages et à leurs disciples ». C’est pourquoi, un homme doit s’efforcer d’épouser la fille d’un érudit et de marier sa fille avec un érudit, de manger et boire avec des érudits, de faire des affaires pour eux, et de s’associer à eux de toutes les manières possibles, ainsi qu’il est dit : « et s’attacher à Lui ». De même, les Sages ont enjoint : « Colle-toi à la poussière de leurs pieds et bois avec avidité leurs paroles ».
- Il incombe à chacun d’aimer tout autre juif comme soi-même, ainsi qu’il est dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». C’est pourquoi, il faut parler favorablement d’autrui et se soucier de son argent tout comme on se soucie de son argent personnel et comme on recherche son propre honneur. Celui qui s’acquiert de la considération par l’humiliation d’autrui n’a pas de part au monde à venir.
- Aimer le converti qui vient s’abriter sous les ailes de la Présence Divine relève de deux commandements positifs : l’un parce qu’il fait partie du peuple juif et est considéré comme « ton prochain » que la Thora enjoint d’aimer, l’autre parce qu’il est un converti, et la Thora a dit : « Vous aimerez le converti ». D.ieu a prescrit d’aimer le converti tout comme Il a prescrit l’amour de Son Nom, ainsi qu’il est dit : « Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu ». Le Saint Béni soit-Il Lui-même aime les convertis, comme il est dit : « Lui qui aime le prosélyte ».
- Celui qui nourrit en son cœur de la haine à l’égard de tout autre juif transgresse un interdit, comme il est dit : « Tu ne haïras pas ton frère en ton cœur ». La transgression de cet interdit n’est pas punie de la flagellation, car il n’implique pas d’acte. La Thora a ici seulement mis en garde contre la haine dans le cœur. En revanche, celui qui frappe ou insulte son prochain, bien qu’il n’en ait pas le droit, ne contrevient pas à l’interdit de : « Tu ne haïras pas ».
- Celui qui subit le méfait d’autrui ne doit pas le prendre en haine et garder le silence, comme il est dit concernant les méchants : « Absalon n’adressa pas une parole, mauvaise ou bonne, à Amnon, car il l’avait pris en haine ». Au contraire, il est de son devoir de l’informer et de lui dire : « Pourquoi m’as-tu fait ceci et cela ? Pourquoi as-tu commis tel méfait envers moi ? », ainsi qu’il est dit : « Tu reprendras ton prochain ». Et si le coupable se repent et lui demande pardon, il doit pardonner ; il ne sera pas cruel pour pardonner, comme il est dit : « Et Abraham pria D.ieu… ».
- Celui qui voit son ami commettre une faute ou suivre un mauvais chemin a le devoir de le ramener vers le bien et de lui faire savoir qu’il se fait du mal à lui-même par ses mauvaises actions, comme il est dit : « Tu reprendras ton prochain ». Celui qui reprend son prochain – que ce soit pour de mauvais agissements que l’autre a commis envers lui ou pour une faute commise envers D.ieu – doit le reprendre en privé, lui parler doucement et amicalement, en lui faisant savoir qu’il lui parle uniquement pour son bien, afin de l’amener à la vie du monde futur. Si le pécheur accepte, c’est bien ; dans le cas contraire, il le reprendra une seconde et une troisième fois. Il a le devoir de continuer de reprendre le pécheur jusqu’à ce que celui-ci le frappe et lui dise : « Je refuse d’écouter ». Quiconque a la possibilité d’émettre une protestation et s’en abstient sera puni pour la faute de ceux qui auraient pu bénéficier de sa mise en garde.
- Celui qui reprend son prochain ne doit pas de prime abord lui parler avec dureté au point de lui faire honte, comme il est dit : « et tu ne porteras pas de péché sur lui ». Voici ce que les Sages ont dit : « On pourrait penser que tu doives reprendre le pécheur au point que son visage, de honte, change de couleur, le verset précise donc : « et tu ne porteras pas de péché sur lui ». De là on apprend qu’il est interdit de faire honte à un juif, en particulier en public. Bien que celui qui fait honte à autrui ne soit pas passible de flagellation, c’est là une grande faute. Voici ce que les Sages ont dit : « Celui qui fait pâlir son prochain en public n’a pas part au monde futur ». Aussi doit-on prendre garde à ne pas faire honte à autrui, qu’il s’agisse d’un mineur ou d’un adulte, en public. On ne l’appellera pas par un nom dont il a honte et on ne relatera pas devant lui un fait dont il a honte. Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Lorsqu’il est question de faits qui concernent la relation entre un homme et son prochain. En revanche, lorsqu’il est question des affaires du Ciel, c’est-à-dire de fautes vis-à-vis de D.ieu, s’il ne se repent pas après avoir été réprimandé en privé, on le fait rougir en public et on fait connaître sa faute. On le vilipende en face, on l’humilie et on le maudit jusqu’à ce qu’il revienne vers le bien, comme firent tous les prophètes d’Israël.
- Celui qui a subi le méfait d’autrui, s’il ne veut pas le reprendre ni lui en dire mot, parce que le pécheur est quelqu’un de très vulgaire ou quelqu’un qui présente une déficience mentale, et qu’il lui pardonne en son cœur, sans le prendre en haine ni le reprendre, c’est là un trait de piété. La Thora ne s’est opposée qu’à la haine conservée dans le cœur.
- On est tenu d’être particulièrement attentif aux orphelins et aux veuves, parce qu’ils sont accablés et humbles, même lorsqu’ils sont fortunés. Même à l’égard de la veuve et des orphelins d’un roi, nous sommes mis en garde, ainsi qu’il est dit : « Toute veuve et orphelin vous n’affligerez pas ». Comment se comportera-t-on envers eux ? On leur parlera toujours avec douceur et on les traitera toujours de manière respectueuse. On ne leur causera pas de peine physique par un travail pénible, ni de peine morale par des paroles dures. On se préoccupera de leurs biens plus que de ses propres biens. Quiconque les contrarie ou les met en colère, leur fait de la peine, les opprime ou leur cause une perte d’argent, transgresse un interdit, et a fortiori celui qui les frappe ou les maudit. Cet interdit, bien qu’il ne soit pas passible de la flagellation, son châtiment est explicitement mentionné dans la Thora : « Mon courroux s’enflammera et Je vous ferai périr par le glaive ». « Celui Qui a dit et le monde fut » a conclu une alliance avec les veuves et les orphelins : à chaque fois qu’ils crient à cause de la violence qui leur est faite, ils sont exaucés, comme il est dit : « quand sa plainte s’élèvera vers Moi, assurément, J’entendrai sa plainte ». Dans quel cas cela s’applique-t-il ? Lorsqu’on leur fait du tort à des fins égoïstes. Mais si un maître punit des orphelins afin de leur apprendre la Thora ou un métier ou afin de les conduire dans le droit chemin, c’est permis. Néanmoins, il ne les traitera pas comme toute autre personne, et fera des différences en leur faveur : il les dirigera avec douceur, beaucoup de compassion et avec respect, « car D.ieu prend en main leur cause ». Cela s’applique tant vis-à-vis d’un orphelin de père que vis-à-vis d’un orphelin de mère. Jusqu’à quand sont-ils considérés comme orphelins de ce point de vue ? Jusqu’à ce qu’ils n’aient plus besoin d’une grande personne pour les prendre en charge, les élever, et prendre soin d’eux, et qu’ils soient à même de pourvoir à tous leurs besoins, comme tous les adultes.
Chapitre sept : Interdits liés à la parole
Dans le thème du rapport à autrui, le dernier chapitre aborde les interdits liés à la parole : colportages, racontars malveillants, moqueries. Les Sages comparent la médisance au meurtre, à l’idolâtrie et à l’adultère. Ils enseignent encore que les propos médisants tuent trois personnes : celui qui les tient, celui qui les écoute et celui qui est visé. Enfin, en guise de conclusion, les interdits relatifs à la vengeance et la rancune sont étudiés.
- Celui qui colporte des faits à propos d’autrui transgresse un interdit, comme il est dit : « Ne va pas colportant parmi les tiens ». Bien que la transgression de cette interdiction ne soit pas passible de la flagellation, c’est une faute grave, qui peut avoir pour conséquence que de nombreux juifs soient tués. C’est pour cela qu’il est dit juste après : « Tu ne te tiendras pas indifférent devant le sang de ton prochain ». Va, apprends ce qui est arrivé à cause du rapport de Doeg l’Iduméen.
- Qu’est-ce que le « colporteur » ? Celui qui porte des informations et va de l’un à l’autre, en disant : « Voici ce qu’a dit untel te concernant», « Voici ce que j’ai entendu à propos d’untel ». Bien que ce soit vrai, il détruit ainsi le monde. Il y a une faute bien plus grave que cela et qui est incluse dans cette interdiction, c’est la médisance. Il s’agit de rapporter des propos dénigrants à propos d’un autre, bien que l’on dise vrai. En revanche, celui qui dit des mensonges sur autrui est appelé un « diffamateur ». Quant au médisant, c’est celui qui passe son temps à dire : « Untel a fait ceci et cela », « Ses pères étaient comme-ci et comme-çà », « Voici ce que j’ai entendu à son sujet » et tient à son égard des propos dénigrants. À ce sujet, l’Écriture a dit : « Que l’Éternel supprime tous ceux qui possèdent des lèvres mielleuses, des langues qui s’expriment avec arrogance ».
- Les Sages ont dit : « Pour trois fautes l’homme est puni dans ce monde et perd sa part au monde futur : l’idolâtrie, les rapports interdits et le meurtre ; et la médisance équivaut à elles toutes ». Les Sages ont dit encore : « Quiconque médit est considéré comme s’il niait le principe fondamental de l’existence de D.ieu, comme il est dit : « Ceux qui disent : Par notre langue, nous triomphons, nos lèvres sont notre force, qui serait notre maître ? » ». Les Sages ont dit encore : « Les propos médisants tuent trois personnes : celui qui les prononce, celui qui les accepte et celui dont on parle. Et la punition de celui qui les accepte est plus sévère que celle de celui qui les prononce ».
- Il y a des propos qui sont de la « poussière de médisance ». Comment cela ? Celui qui dit : « Qui aurait pu dire qu’untel deviendrait tel qu’il est aujourd’hui ? » ou qui dit : « Ne parlez pas d’untel ; je ne voudrais pas raconter ce qui s’est passé » ou des propos semblables à ceux-là. Quiconque fait l’éloge d’une personne en présence de ses ennemis, c’est aussi une forme de « poussière de médisance », car cela les conduira à tenir des propos dénigrants à son égard. À ce sujet, le roi Salomon a dit : « Celui qui bénit son prochain bruyamment au grand matin, c’est comme s’il le maudissait », car voulant son bien cela mènera pourtant à dire du mal de lui. De même de celui qui tient des propos médisants par plaisanterie et légèreté, c’est-à-dire sans parler avec haine. C’est ce que Salomon dit, dans sa sagesse : « Comme un dément qui lance des brandons, des flèches meurtrières et dit : Mais je plaisantais ! » Et de même, celui qui tient des propos médisants avec ruse, c’est-à-dire en parlant innocemment comme s’il ne savait pas que ses propos étaient médisants, et lorsqu’on l’en empêche, il répond : « J’ignorais que c’était de la médisance » ou « J’ignorais que c’étaient les faits d’untel que je décrivais ».
- La loi est la même que les propos médisants aient été prononcés en présence de la personne visée ou en son absence. Relater des informations qui, si elles circulent oralement d’une personne à l’autre, causeront un préjudice à autrui quant à sa personne ou à ses biens, ou même simplement de lui causer du tourment ou de la peur, tout cela est du lachone hara (« mauvaise langue »). Si ces propos ont été tenus en présence de trois personnes, on considère que le fait a déjà été répandu et est connu. Par conséquent, si l’un des trois répète ce qu’il a entendu, il n’est pas coupable de lachone hara, à condition toutefois qu’il n’ait pas eu l’intention d’ébruiter les faits davantage.
- Tous ceux-là sont des médisants ; il est interdit de résider dans leur voisinage. A fortiori est-il interdit de passer du temps avec eux et d’écouter leurs propos. Le décret céleste contre nos pères qui n’entrèrent pas en Terre d’Israël et moururent dans le désert ne fut scellé qu’à cause de la médisance.
- Celui qui se venge de son prochain transgresse un interdit de la Thora, comme il est dit : « tu ne te vengeras pas ». Bien que la vengeance ne soit pas passible de la flagellation, c’est une très mauvaise disposition. Plutôt, il convient de passer sur ses ressentiments concernant toutes les choses de ce monde ; en effet, ceux qui sont intelligents comprennent que toutes ces choses ne sont que vanité et futilité et qu’il ne vaut pas la peine d’en tirer vengeance. Qu’est-ce que la vengeance ? Quelqu’un dit à un autre : « Prête-moi ta hache » et ce dernier lui répond : « Je ne te la prêterai pas ». Le lendemain, c’est lui qui, à son tour, a besoin d’un service similaire du premier et il lui dit : « Prête-moi ta hache ». Ce à quoi celui-ci répond : « Je ne te la prêterai pas, de la même façon que tu ne me l’as pas prêtée quand je te l’ai demandée » : celui-là se venge. Plutôt, lorsque l’autre viendra lui demander quelque chose, il lui donnera de bon cœur et ne lui rendra pas la pareille. Il en va de même pour tout cas semblable. Ainsi, le roi David a dit concernant ses excellentes dispositions morales : « Si jamais j’ai rendu la pareille à qui m’a fait du mal, et dépouillé, etc. qui m’a pris en haine sans motif ».
- De même, quiconque nourrit de la rancune envers un autre juif transgresse un interdit de la Thora, comme il est dit : « et tu ne garderas pas rancune aux enfants de ton peuple ». Qu’est-ce que la rancune ? Reouven dit à Chimone : « Loue-moi cette maison » ou « Prête-moi ce bœuf » et Chimone refuse. Quelques jours après, Chimone vient chez Réouven lui emprunter ou lui louer quelque chose et Réouven lui dit : « Voici, je le prête ce que tu demandes. Je ne suis pas comme toi, je ne te rends pas ce que tu m’as fait ». Celui qui agit ainsi transgresse l’interdiction de : « tu ne garderas pas rancune ». Il devra au contraire effacer la chose de son cœur et ne pas en garder rancune. Car tant qu’il garde la chose en son cœur et s’en rappelle, il est à craindre qu’il en vienne à se venger. Aussi la Thora a-t-elle réprouvé la rancune, de sorte que l’on efface de son cœur le tort causé et que l’on ne s’en rappelle plus. Telle est la disposition morale juste, qui rend possible la vie en société et les relations sociales.
Fin des lois relatives aux dispositions morales, avec l’aide de D.ieu.
