Lois relatives au rituel des offrandes
Chapitre deux
Les sacrifices animaux doivent généralement être accompagnés d’une offrande de vin ainsi que d’une offrande de farine. Ces offrandes d’accompagnement sont appelées « libations ». Il est vrai que le terme « libations », au sens strict, fait spécifiquement référence au vin versé en libation sur l’autel, mais dans le cadre des offrandes accompagnant un sacrifice, on inclut aussi l’offrande de farine dans ce terme. On parle donc, pour les deux, de « libations » qui accompagnent un sacrifice. Cette offrande de farine, considérée toute seule, est désignée par le terme min’hat nessa’him (que nous traduirons par « oblation d’accompagnement »). Le vin est versé sur le soubassement de l’autel et l’offrande de farine brûlée sur le feu de l’autel comme oblation.
- Le vin et la fine fleur de farine que l’on apporte ensemble avec le sacrifice sont appelés « libations ». La fine fleur de farine considérée toute seule est appelée « oblation d’accompagnement » (min’hat nessakhim, littéralement : « oblation des libations »). L’oblation d’accompagnement ne requiert ni balancement , ni présentation à un coin de l’autel, ni oliban , mais elle doit être salée et est entièrement brûlée sur l’autel extérieur. Le vin est versé en libation sur l’autel. On ne répand pas le vin sur le feu, mais le cohen lève la main et le verse sur le soubassement de l’autel, et le vin descend dans des trous appelés chitine .
- Les sacrifices ne requièrent pas tous des libations : ne requièrent des libations que les holocaustes du bétail et les sacrifices de paix, qu’il s’agisse d’offrandes communautaires ou individuelles. (Même ) l’agneau offert en holocauste par la femme accouchée et le bélier du grand-prêtre le jour de Kippour requièrent des libations puisque ce sont des holocaustes. En revanche, les oiseaux offerts en holocaustes, les sacrifices de culpabilité et les sacrifices expiatoires ne sont pas accompagnés de libations, à l’exception du sacrifice expiatoire du metsora et de son sacrifice de culpabilité, dont les libations sont mentionnées dans la Thora .
- D’où savons-nous que l’on n’apporte pas de libations avec un sacrifice expiatoire ou un sacrifice de culpabilité ? Parce qu’il est dit dans la section relative aux libations : « à l’occasion d’un vœu ou d’un don volontaire (nedava) », ce qui laisse entendre que les libations sont requises uniquement pour les sacrifices qui peuvent être apportés en vœu ou en don volontaire. Cela exclut le sacrifice expiatoire, le sacrifice de culpabilité, l’animal premier-né, l’animal de la dîme et le sacrifice de Pessa’h : étant donné que ceux-là ne peuvent pas faire l’objet d’un vœu ou d’un don volontaire puisqu’ils sont obligatoires, ils ne requièrent pas de libations. Et d’où apprend-on que le sacrifice de paix de célébration (‘haguiga) et l’holocauste offert pour l’obligation de « paraître » (reiya) au Temple lors des trois fêtes de pèlerinages sont inclus parmi les sacrifices qui requièrent des libations, bien qu’ils soient obligatoires et ne puissent pas faire l’objet d’un vœu ou d’un don spontané ? Car il est dit : « ou lors de vos fêtes ».
- Quelles sont les mesures des libations ? Les libations qui accompagnent un agneau ou une agnelle sont : un issarone de fine fleur de farine mélangé à un quart de hine d’huile d’olive en oblation, et un quart de hine de vin versé en libation. Il en va de même des libations qui accompagnent les animaux de l’espèce des chèvres, adultes ou jeunes, mâles ou femelles, et il en va de même des libations qui accompagnent une brebis, bien qu’elle soit adulte . En revanche, les libations qui accompagnent un bélier consistent en deux issarone de fine fleur de farine mélangés à un tiers de hine d’huile en oblation, et un tiers de hine de vin versé en libation. Et les libations qui accompagnent un taureau ou un veau, mâle ou femelle, sont trois issarone de fine fleur de farine mélangés à un demi-hine d’huile en oblation, et un demi-hine de vin versé en libation.
- Telles sont les libations, que ce soit pour les holocaustes ou les offrandes de paix. Ce sont ces mesures que l’on apporte pour chaque sacrifice, ainsi qu’il est dit : « selon le nombre que vous offrirez, vous suivrez ces prescriptions pour chacun ». On n’ajoute pas à ces mesures et on ne diminue pas. Si on a diminué ou ajouté fût-ce une infime quantité, cela disqualifie les libations. Ces mesures sont valables pour tous les sacrifices, à l’exception de l’agneau offert en holocauste le jour du balancement de l’omer , dont les libations sont deux issarone de fine fleur de farine mélangés à un tiers (un quart ) de hine d’huile ; bien que la mesure de fine fleur de farine ait été doublée par rapport aux libations qui accompagnent généralement le sacrifice d’un agneau, la mesure de vin (et d’huile ) n’a pas été doublée : la mesure de vin versé en libation est d’un quart de hine.
- Le metsora au terme de son processus de purification apporte, avec ses trois agneaux – qui sont un sacrifice expiatoire, un sacrifice de culpabilité et un holocauste –, trois issarone de fine fleur de farine mélangés à de l’huile. La tradition orale enseigne que ces trois issarone de fine fleur de farine sont apportés comme oblations d’accompagnement pour ses sacrifices . C’est pourquoi, il apporte un issarone avec chaque agneau et non les trois issarone ensemble, chaque issarone étant mélangé à un quart de hine d’huile. Et il apporte aussi un quart de hine de vin avec chacun de ces trois issarone, comme les autres libations accompagnant le sacrifice des agneaux. Celui qui offre un palgas doit apporter avec son sacrifice les libations accompagnant un bélier, mais son sacrifice ne lui est pas compté pour son obligation .
- Un hine est égal à douze log. Or, nous avons déjà exposé ce qu’est la mesure d’un log ainsi que d’autres mesures dans les lois relatives aux érouv . L’issarone correspond à l’omer dont parle la Thora , qui est la mesure de pâte à partir de laquelle on est tenu de prélever la ‘halla ; nous avons déjà défini cette mesure dans le sujet consacré à la ‘halla .
- Lorsqu’on mesure la fine fleur de farine des oblations d’accompagnement, qu’il s’agisse d’une oblation individuelle ou d’une oblation communautaire, on n’utilise pas une mesure de trois issarone pour les libations accompagnant un taureau ni une mesure de deux issarone pour les libations accompagnant un bélier, mais on mesure toute oblation avec le récipient de mesure d’un issarone qui se trouvait dans le Temple . De même, l’huile des oblations d’accompagnement est mesurée avec le récipient de mesure correspondant dans le Temple . Et l’huile des oblations individuelles qui n’accompagnent pas de sacrifice est mesurée au moyen du récipient d’une capacité d’un log prévu à cet effet dans le Temple. Le nombre de log d’huile d’une oblation équivaut au nombre d’issarone de fine fleur de farine contenus dans cette oblation. Autrement dit, pour chaque issarone de fine fleur de farine on mélange un log d’huile.
- Le trop-plein qui déborde des mesures de fine fleur de farine est profane et n’est pas sanctifié, parce que la paroi extérieure du récipient de mesure d’un issarone n’est pas sanctifié, seul le contenu étant sanctifié. Les trop-pleins de vin et d’huile qui débordent d’un récipient de mesure sont quant à eux sanctifiés parce qu’ils coulent sur la paroi extérieure du récipient ; or, aussi bien l’intérieur que l’extérieur des récipients de mesure de liquides avaient été oints et sanctifiés par l’huile d’onction, comme nous l’avons expliqué . Pourquoi les trop-pleins seraient-ils sanctifiés en raison du contact avec la paroi extérieure du récipient dès lors que celui qui mesure n’a l’intention de sanctifier que le contenu du récipient et non le trop-plein ? Afin que les gens ne se disent pas que l’on peut retirer quelque chose qui a été sanctifié dans des récipients sacerdotaux et le ramener à un état profane.
- Que font les cohanim avec le trop-plein d’une mesure de liquide, qui devient sanctifié? S’il y a à ce moment un autre sacrifice dépourvu de libations, ils offrent le trop-plein avec ce sacrifice ; s’ils n’ont pas offert le trop-plein avec cet autre sacrifice présent, le trop-plein deviendra invalidé en passant la nuit sans avoir été offert . Et s’il n’y a pas d’autre sacrifice au moment de la mesure, le trop-plein sera vendu par les trésoriers du Temple et l’argent servira à acheter des sacrifices holocaustes pour agrémenter l’autel .
- Comment cela ? On achètera avec l’argent de la vente du trop-plein des animaux destinés enholocaustes : la viande sera offerte à D.ieu sur l’autel et les peaux reviendront aux cohanim.
- Dans le cadre des libations – c’est-à-dire le vin et l’oblation – qui accompagnent un sacrifice, l’offrande de l’oblation de fine fleur de farine et d’huile n’est pas indispensable au versement du vin en libation et, réciproquement, le versement du vin n’est pas indispensable à l’offrande de l’oblation. Par ailleurs, les libations – c’est-à-dire le vin et l’oblation – ne sont pas indispensables au sacrifice : on peut apporter un sacrifice un jour et ses libations dix jours après, qu’il s’agisse d’un sacrifice individuel ou communautaire ; cela, à condition que les différents éléments qui constituent les libations n’aient pas encore été sanctifiés dans un récipient sacerdotal. Mais s’ils ont été placés dans un récipient sacerdotal, ils deviennent invalidés dès qu’ils passent la nuit sans avoir été offerts.
- Les libations apportées doivent provenir uniquement de produits qui ne sont pas consacrés. Elles ne doivent provenir ni des produits de la térouma, ni de la seconde dîme , ni des prémices . Même lorsqu’il s’agit d’un sacrifice de reconnaissance (toda) dont le pain est offert avec l’argent de la seconde dîme , ses libations proviendront uniquement de produits non consacrés.
- Toutes les mesures de libations mentionnées dans le livre d’Ézéchiel , le nombre de sacrifices et l’ordre du service qui y sont indiqués, lesquels diffèrent de ceux qui sont indiqués dans la Thora, correspondent tous à des offrandes spéciales pour l’inauguration de l’autel qui ne sont pas d’usage pour toutesles générations. En fait, le prophète Ézéchiel prescrivit et explicita les offrandes qui auront lieu lors de l’inauguration de l’autel à l’époque du Roi Machia’h lorsque le troisième Temple sera construit.
- De même que les chefs de tribus ont fait, lors de l’inauguration de l’autel dans le désert, des offrandes n’ayant pas d’équivalent dans les générations suivantes et qu’ils ont fait ces offrandes le chabbat , de même, dans le futur lors de l’avènement du troisième Temple, le nassi offrira ses offrandes pour l’inauguration de l’autel le jour du chabbat, comme indiqué dans le livre d’Ézéchiel. De même, les sacrifices offerts par les exilés qui revenaient de la captivité en Babylonie à l’époque d’Ezra furent des offrandes d’inauguration qui ne sont pas en usage pour toutes les générations futures. Mais les pratiques en vigueur pour toutes les générations sont les paroles de la Thora que nous avons exposées dans ce chapitre, telles qu’elles ont été transmises de la bouche de Moïse notre maître ; rien ne doit y être ajouté, ni ôté.
