Lois relatives à la Maison d’élection
Chapitre six
Le site du Temple n’était pas un terrain plat. Les différentes enceintes circonscrits n’étaient donc pas toutes à la même hauteur et des marches permettaient de passer d’une l’une à l’autre, marquant ainsi aussi des différences de sainteté. Le Rambam présente ici les différents niveaux et s’intéresse ensuite à la sainteté des loges et des autres espaces (toits, souterrains) en fonction des enceintes sur lesquels ils s’ouvrent. Ce chapitre conclut sur la possibilité d’élargir le parvis et la ville de Jérusalem et sur la sanctification éternelle du lieu.
- L’édifice du Temple n’était pas construit sur un terrain plat, mais à flanc de montagne, par degrés successifs. En entrant par la porte est du mont du Temple, on marchait à plat jusqu’au bout du ‘Heil, puis on montait du ‘Heil jusqu’à la cour des femmes par douze marches. La hauteur de chaque marche était d’une demi-coudée et sa profondeur d’une demi-coée.
- On parcourait à plat toute la cour des femmes, puis on montait de celle-ci vers la cour des israélites – qui est le début du parvis – par quinze marches. La hauteur de chaque marche était d’une demi-coudée et sa profondeur d’une demi-coudée.
- On traversait toute la cour des israélites à plat puis on montait vers la cour des cohanim par une marche d’une coudée de hauteur, sur laquelle se trouvait une tribune composée de trois marches, chacune d’une demi-coudée de hauteur et d’une demi-coudée de profondeur. La cour des cohanim était donc surélevée de deux coudées et demie par rapport à la cour des israélites.
- On parcourait toute la cour des cohanim, l’espace où se trouvait l’autel et l’espace entre l’autel et l’Oulam à plat, puis on montait vers l’Oulam par douze marches, chacune d’une demi-coudée de hauteur et une (demi-)coudée de profondeur. L’Oulam et le Heikhal tout entier étaient au même niveau.
- Ainsi, le sol du Heikhal était surélevé de vingt-deux coudées par rapport au sol de la porte Est du mont du Temple. La porte du mont du Temple ne faisant que vingt coudées de hauteur, celui qui se tenait à une position située face à cette porte Est ne pouvait pas voir via celle-ci l’entrée du Heikhal. En conséquence, on avait construit le mur au-dessus de cette porte avec très peu de hauteur, de sorte que le cohen se tenant sur le mont des Oliviers puisse voir l’entrée du Heikhal lorsqu’il faisait aspersion du sang de la vache rousse en direction du Heikhal.
- Il y avait des loges, situées sous le sol de la cour des israélites et s’ouvrant sur la cour des femmes, où les lévites entreposaient les harpes, les luths, les cymbales et tous leurs instruments de musique. Les lévites se tenaient sur la tribune montant de la cour des israélites à la cour des cohanim lorsqu’ils accompagnaient le sacrifice de leur chant.
- L’intérieur des loges construites dans un espace sanctifié, c’est-à-dire dans le parvis, mais s’ouvrant sur un espace non sanctifié, c’est-à-dire ne s’ouvrant pas sur le parvis mais sur le mont du Temple ou sur la cour des femmes, n’était pas sanctifié mais leur toit était sanctifié s’il était de niveau avec le sol du parvis, c’est-à-dire qu’il était considéré comme partie intégrante du sol du parvis. Et si le toit de la loge n’était pas au même niveau que le sol du parvis, le toit non plus n’était pas sanctifié, car les toits et les salles construites à l’étage ne furent pas sanctifiés par la sainteté du parvis. C’est pourquoi on ne pouvait consommer, sur ces toits, la viande des sacrifices les plus saints qui devaient impérativement être consommés à l’intérieur du parvis, ni y faire l’abattage des sacrifices de moindre sainteté qui pouvaient être abattus à n’importe quel endroit du parvis.
- Si des loges sont construites dans un espace non sanctifié et s’ouvrent sur un espace sanctifié, leur intérieur est considéré comme sanctifié pour ce qui est de pouvoir y consommer les sacrifices les plus saints, mais on n’y fait pas l’abattage des sacrifices de moindre sainteté car elles n’ont pas la même sainteté que le parvis. De même, une personne qui entre en état d’impureté dans une telle loge est exempte de la peine de retranchement et n’est pas non plus tenue d’apporter une offrande d’expiation en cas d’acte involontaire. Et le toit d’une telle loge est non sanctifié de tout point de vue.
- Les galeries souterraines s’ouvrant sur le parvis étaient sanctifiées alors que celles qui s’ouvraient sur le mont du Temple ne l’étaient pas. Les fenêtres – c’est-à-dire les ouvertures dans le mur du parvis– et l’épaisseur du dessus du mur avaient la même sainteté que l’intérieur du parvis, que ce soit pour la consommation des sacrifices les plus saints que pour la peine prévue en cas d’entrée dans le parvis en état d’impureté.
- Si les membres du Grand Tribunal veulent élargir Jérusalem ou élargir le parvis, ils en ont le droit. Ils peuvent étendre le parvis jusqu’où ils veulent mais uniquement dans les limites du mont du Temple ; et ils peuvent étendre les limites de la muraille de Jérusalem jusqu’où ils veulent.
- La ville de Jérusalem et le parvis du Templene peuvent être élargies qu’avec l’accord du roi, d’un prophète, des Ourim veToumim et du Grand Sanhédrin composé de soixante et onze anciens, ainsi qu’il est dit : « Conformément à tout ce que Je te montre, la forme du tabernacle et la forme de tous ses objets, et ainsi vous ferez » pour les générations futures. La sanctification doit donc s’effectuer dans les mêmes conditions que le tabernacle érigé par Moïse qui était un roi.
- Comment élargit-on la ville de Jérusalem? Le tribunal apporte en offrande deux sacrifices de reconnaissance (toda) et prend un pain ‘hamets que chacune de ces offrandes comporte. Le tribunal marche en procession derrière les deux pains qui sont portés l’un derrière l’autre par les cohanim. Pendant la procession, les lévites se tiennent à chaque coin de Jérusalem et sur chaque grosse pierre avec harpes, luths et cymbales, en chantant : « Je t’exalterai, D.ieu, car Tu m’as relevé, etc. ». La procession continue ainsi jusqu’à ce qu’elle parvienne à l’extrémité de l’endroit que l’on veut sanctifier de la sainteté de Jérusalem et elle s’arrête à cet endroit. Là, on consomme l’un des deux pains du sacrifice de reconnaissance et le second est brûlé. C’est sur l’indication du prophète que l’on brûle l’un et que l’on mange l’autre.
- De même, lorsqu’on élargit le parvis, on sanctifie la partie supplémentaire en y consommant les restes d’une oblation (min’ha) : tout comme la sanctification de Jérusalem s’opère au moyen des pains du toda, qui ne peuvent être consommés qu’à l’intérieur de son enceinte, la sanctification du parvis s’opère au moyen des restes d’une oblation, qui ne peuvent être consommés qu’à l’intérieur de son enceinte. Ces restes sont consommés à l’extrémité de l’endroit que l’on sanctifie.
- Tout endroit qui n’a pas été sanctifié avec l’aval de toutes les personnes mentionnées et avec la procédure indiquée n’est pas pleinement sanctifié. Quant à Ezra qui fit deux offrandes de reconnaissance par lesquelles il sanctifia Jérusalem, il le fit uniquement à titre de souvenir de la sanctification initiale opérée par Salomon. En effet, ce n’est pas par l’action d’Ezra que le lieu fut sanctifié, puisque de toute façon il n’y avait ni roi, ni Ourim veToumim. À quoi tenait donc la sainteté de Jérusalem à cette époque? À la sanctification initiale par le roi Salomon, à l’époque du premier Temple, puisqu’il avait sanctifié le parvis et Jérusalem pour l’époque du Temple et pour l’avenir, lorsque le Temple serait détruit.
- C’est pourquoi on peut offrir tous les sacrifices, en dépit de l’absence du Temple, et consommer la viande des sacrifices les plus saints dans tout l’espace qui constituaitle parvis, bien que celui-ci soit détruit et ne soit plus entouré de ses enceintes. De même on peut consommer les sacrifices de moindre sainteté et la seconde dîme dans tout Jérusalem même dépourvue de ses murailles. Car la sanctification initiale par le roi Salomon a sanctifié le lieu en son temps et pour toutes les époques à venir.
- Pourquoi est-ce que je dis que la sanctification initiale du site du Temple et de Jérusalem eut effet pour toutes les générations et que la sanctification initiale du reste du pays d’Israël au regard de l’année sabbatique, les dîmes et autres mitsvot qui dépendent de la terre, ne fut pas définitive ? Parce que la sainteté du Temple et de Jérusalem tient à la Présence Divine, et la Présence Divine ne disparaît pas. C’est là aussi ce qu’on comprend du verset: « Je désolerai vos Sanctuaires » ; comme les Sages l’ont dit, même en état de désolation, leur sainteté perdure. En revanche, l’assujettissement de la Terre d’Israël à l’année sabbatique et aux dîmes ne tenait qu’à la conquête collective de la terre par tout le peuple. Avec la perte de la terre qui fut reprise aux juifs lors la destruction du premier Temple, l’effet de la conquête a disparu et la terre est devenue dispensée par la Thora de l’obligation des dîmes et de l’année sabbatique, n’étant plus la terre qui est la conquête d’Israël. Lorsqu’Ezra monta ensuite en Terre d’Israël lors du retour d’exil et la sanctifia, il ne la sanctifia pas par la conquête, mais par l’installation des juifs dans le pays. C’est pourquoi, tout lieu où s’installèrent les exilés au retour de Babylonie et qui reçut cette seconde sanctification à l’époque d’Ezra est aujourd’hui encore sanctifié, bien que la terre nous ait été reprise. Ces endroits sont donc encore aujourd’hui assujettis aux lois sur l’année sabbatique et sur les dîmes de la façon que nous avons expliquée dans les lois relatives à la terouma.
