Lois relatives à la Maison d’élection
Chapitre un
Ce chapitre expose la mitsva de la Thora de construire pour D.ieu un Sanctuaire. Il retrace aussi l’histoire du Temple de Jérusalem et présente les règles relatives à la construction et à la fabrication de ses éléments essentiels.
- C’est un commandement positif de faire une maison pour D.ieu, destinée à ce qu’on y offre les sacrifices, et l’on s’y rend pour les fêtes trois fois par an, ainsi qu’il est dit : « ils feront pour Moi un sanctuaire ». Le tabernacle construit par Moïse dans le désert est déjà décrit en détail dans la Thora ; il n’était que provisoire, ainsi qu’il est dit : « car vous n’êtes pas encore parvenus… ».
- Lorsque les juifs entrèrent en terre d’Israël, ils installèrent le tabernacle de Moïse à Guilgal, durant les quatorze années que durèrent la conquête et le partage. De là, ils vinrent à Shilo et y construisirent un édifice de pierre dépourvu de plafond sur lequel ils étendirent les tentures qui avaient recouvert le Tabernacle. Le Temple de Shilo dura 369 ans et fut détruit à la mort d’Héli le grand-prêtre. Ils se déplacèrent à Nov et y construisirent un sanctuaire, qui fut détruit à la mort du prophète Samuel ; ils vinrent ensuite à Guivone et y construisirent un sanctuaire. De Guivone ils vinrent ensuite à la demeure éternelle, Jérusalem. La période de Nov et Guivone fut de 57 ans.
- Dès lors que le Temple fut construit à Jérusalem, tous les autres endroits furent interdits pour construire une Maison pour D.ieu et pour l’offrande d’un sacrifice. Pour l’éternité, il n’y a de Temple qu’à Jérusalem uniquement, sur le Mont Moria, dont il est dit : « et David s’exclama : Ceci est la Maison de l’Éternel D.ieu et ceci est l’autel d’offrande pour Israël » et il est dit : « ceci est mon lieu de repos à jamais ».
- L’édifice du Temple construit par Salomon est déjà décrit en détail dans le livre des Rois. Quant au troisième Temple qui sera reconstruit à l’époque messianique, bien qu’il soit décrit dans le Livre d’Ézéchiel, il n’y est pas parfaitement détaillé. Les bâtisseurs du second Temple, à l’époque d’Ezra, construisirent celui-ci sur le modèle du Temple de Salomon avec certains éléments décrits par Ézéchiel au sujet du troisième Temple.
- Voici les éléments essentiels dans la construction du Temple. On y fait une salle appelée Kodech (Saint), une salle appelée Kodech Hakodachim (Saint des saints), et devant l’entrée du Kodech un endroit appelé Oulam (vestibule) ; l’ensemble des trois est appelé Heikhal. On fait une autre enceinte, tout autour du Heikhal à une certaine distance, à l’instar des tentures qui formaient le pourtour de la cour du tabernacle dans le désert. Tout l’espace qui est entouré par cette enceinte, dans la même disposition que la cour du tabernacle, est appelé Azara (parvis) et le tout, à savoir Kodech Hakodachim, Kodech, Oulam et Azara, est appelé Mikdach (Sanctuaire, Temple).
- On fait dans le Temple sept objets : (1) l’autel pour les holocaustes et les autres sacrifices ; (2) la rampe par laquelle on monte sur l’autel ; l’autel muni de sa rampe est situé dans le parvis, devant l’Oulam, décalé vers le sud ; (3) la cuve d’ablution (kior) munie de (4) son socle, afin que les cohanim se lavent les mains et les pieds avant le service ; le kior est placé dans l’espace entre l’Oulam et l’autel, décalé vers le sud, c’est à dire sur la gauche de celui qui entre dans le parvis par la porte Est. On fait aussi (5) l’autel des encens, (6) le candélabre (menora) et (7) la table des pains de proposition, tous trois disposés à l’intérieur du Kodech, devant le Saint des saints.
- Le candélabre est au sud, sur la gauche de celui qui entre dans le Kodech, et la table – sur laquelle se trouvent les pains de proposition – est au nord, c’est-à-dire à droite ; tous deux le candélabre et la table sont situés à côté du mur qui fait séparation avec le Saint des saints, à l’extérieur. L’autel des encens est situé entre les deux, décalé vers l’extérieur. On délimite par des marques dans le parvis l’espace accessible aux israélites et l’espace accessible aux cohanim. On construit sur les côtés du parvis des salles pour les divers besoins du Temple. Chacune de ces salles est appelé loge.
- Lorsqu’on construit le Heikhal et le parvis, on les construit avec de grandes pierres extraites d’une carrière. Si l’on ne trouve pas de pierres, on les construit avec des briques. On ne taille pas les pierres sur le mont du Temple, mais on taille et on équarrit les pierres à l’extérieur puis on les incorpore à l’édifice, ainsi qu’il est dit : « de grosses pierres, des pierres lourdes, pour faire les fondations du Temple en pierres de taille » ; et il est dit : « ni le marteau, ni la hache, aucun outil de fer ne fut entendu dans le Temple durant sa construction ».
- On n’y construit aucun élément en bois qui fait saillie du mur, mais seulement en pierre ou en brique avec de la chaux. Et on ne construit pas de galeries en bois dans le parvis, mais seulement en pierre ou en brique.
- On dalle tout le parvis de lourdes pierres. Si une dalle s’est descellée, même si elle reste en place, elle est impropre du fait de cette dégradation et il est interdit à un cohen qui sert dans le Temple de se tenir dessus durant le service, jusqu’à ce qu’elle soit refixée au sol.
- La meilleure façon d’accomplir la mitsva consiste à renforcer l’édifice et à l’élever autant que les moyens de la communauté le permettent, ainsi qu’il est dit : « et d’élever la résidence de notre D.ieu ». On l’embellit selon les moyens dont on dispose et, si on peut le revêtir entièrement d’or et augmenter sa magnificence, c’est là une mitsva.
- On ne construit pas le Temple durant la nuit, ainsi qu’il est dit : « et le jour où le Sanctuaire fut édifié » ; ce verset enseigne, disent les Sages, qu’on l’édifie le jour et non la nuit. On travaille à sa construction depuis l’aube jusqu’à la sortie des étoiles. Tous sont tenus de participer à sa construction et d’aider, tant par leur personne que par leur moyens financiers, aussi bien les hommes que les femmes, comme pour le sanctuaire édifié dans le désert. Cependant, on n’interrompt pas les écoliers dans leur étude de la Thora pour la construction. Et la construction du Temple ne repousse pas le repos du chabbat et des jours de fête (Yom Tov).
- L’autel ne doit être construit qu’avec des pierres ; le verset de la Thora : « un autel de terre tu me feras » ne signifie pas que l’autel doit être fait en terre, mais que l’autel doit être attaché au sol, c’est-à-dire qu’il ne peut être construit ni au-dessus d’une arche, ni au-dessus d’une cavité. Quant au verset: « Et lorsque tu Me feras un autel de pierres », on a appris par tradition orale que l’utilisation de pierres pour construire l’autel n’est pas facultative, mais obligatoire.
- Toute pierre entamée au point d’accrocher l’ongle lorsqu’on le passe dessus comme lors de l’examen d’un couteau d’abattage rituel, est impropre à servir pour la rampe et l’autel, ainsi qu’il est dit : « c’est en pierres entières que tu construiras l’autel de l’Éternel ». D’où apportait-on les pierres pour l’autel ? On extrayait ces pierres d’un sol vierge : on creusait jusqu’à une profondeur où l’on pouvait observer que le sol n’avait jamais été travaillé ni bâti, et de là on extrayait les pierres pour l’autel ou bien encore on prenait des pierres de la mer ; ce sont ces pierres que l’on utilisait pour construire l’autel. De même, les pierres du Heikhal et des cours doivent être entières.
- Si des pierres du Heikhal ou des cours ont été entamées ou qu’un morceau a été brisé, elles sont invalides ; elles ne pourront pas être rachetées pour être réaffectées à un usage profane et seront enfouies. Toute pierre qui a été touchée par le fer, même si elle n’a pas été entamée, est impropre à la construction de l’autel et de la rampe, ainsi qu’il est dit : « Car tu lèverais ton épée dessus et tu la profanerais ». Celui qui utilise dans la construction de l’autel ou de la rampe une pierre touchée par le fer est passible de la flagellation, car il est dit : « Tu ne les construiras pas avec des pierres taillées ». Celui qui utilise dans la construction une pierre entamée transgresse un commandement positif.
- Si une pierre a été entamée ou touchée par le fer après avoir été incorporée dans la construction de l’autel ou de la rampe, seule cette pierre devient impropre tandis que les autres sont valables. On enduisait de chaux l’autel deux fois par an, à l’approche de Pessa’h et de Souccot. Pour ce faire, on appliquait la chaux à l’aide d’un tissu mais non à l’aide d’une truelle en fer, de peur qu’elle touche une pierre et la rende impropre.
- On ne fait pas de marches pour accéder à l’autel, ainsi qu’il est dit : « tu ne monteras pas sur mon autel par des marches ». Mais on construit un plan incliné du côté sud de l’autel, qui va en descendant du sommet de l’autel jusqu’au sol, c’est ce qu’on appelle la rampe. Celui qui monte sur l’autel par des marches est passible de la flagellation. De même, celui qui brise une pierre de l’autel, ou de l’ensemble du Heikhal ou du parvis entre l’Oulam et l’autel, de manière destructive, est passible de la flagellation, car il est dit à propos de l’injonction d’éradiquer l’idolâtrie lors de l’entrée en Terre d’Israël: « vous briserez leurs autels etc., vous n’agirez pas ainsi avec l’Éternel votre D.ieu ».
- Le candélabre et ses ustensiles, le revêtement de la table et ses ustensiles, le revêtement de l’autel des encens, et tous les autres ustensiles du service, doivent être faits uniquement en métal. S’ils ont été faits en bois, en os, en pierre ou en verre, ils sont impropres au service.
- Si la communauté est pauvre et n’a pas les moyens de faire les ustensiles en or, ils peuvent être faits même en étain. Et si la communauté s’enrichit, ils seront faits en or. Même les bols pour recevoir le sang des sacrifices, les broches pour retourner les membres brûlés sur l’autel et les pelles pour retirer la cendre de l’autel des sacrifices, ainsi que les récipients de mesure, seront faits en or si la communauté le peut, et on recouvrira même les portes du parvis avec de l’or si les moyens le permettent.
- Les ustensiles doivent être fabriqués depuis le début à l’intention d’un usage sacré, c’est-à-dire pour le Temple. S’ils ont été fabriqués initialement pour un usage profane, ils ne peuvent pas être utilisés pour D.ieu. Les ustensiles destinés à D.ieu, tant qu’ils n’ont pas été effectivement utilisés pour le service, peuvent être utilisés pour un usage profane. Mais une fois qu’ils ont été utilisés pour le service, ils ne peuvent plus servir à un usage Des pierres et des poutres qui ont été taillées en vue de servir pour la construction d’une synagogue ne pourront pas servir à la construction sur le mont du Temple.
