Lois relatives aux Tsitsit

Chapitre deux

Le Premier Chapitre a expliqué ce que sont les tsitsit, les franges posées aux quatre coins des vêtements. Elles sont composées de huit fils, dont l’un est un fil d’azur (tekhélet). Cette couleur fait l’objet du présent chapitre : le Rambam définit la nature de cette couleur et décrit le déroulement de sa fabrication.

  1. L’azur (tékhélèt) dont la Thora parle généralement est une laine teinte en un bleu mélangé de blanc. Cela correspond à l’apparence du ciel (exposé au soleil) lorsque le ciel est dégagé. L’azur mentionné dans le contexte des tsitsit est spécifique puisqu’il s’agit d’une couleur obtenue à partir d’une substance bien définie, de telle manière que la beauté de la couleur subsiste et ne s’altère pas. Toute couleur obtenue autrement est impropre à l’utilisation pour les tsitsit, même si elle ressemble au ciel. Par exemple, la couleur obtenue de l’isatis, dont on extrait l’indigo, ou d’une autre substance colorante noire est impropre à l’utilisation pour les tsitsit. Dans le cas d’une chèvre qui a eu un petit semblable à une brebis, la laine de ce dernier est impropre à l’utilisation pour les tsitsit.
  2. Comment produit-on la couleur azur pour les tsitsit? On prend la laine à teindre et on la trempe dans la chaux. Puis, on la lave jusqu’à ce qu’elle soit propre et on la fait bouillir avec de la saponaire ou une herbe aux propriétés semblables, comme le font les teinturiers, afin qu’elle puisse absorber la couleur. On apporte ensuite du sang de ‘hilazone, créature de la mer présente dans la mer Méditerranée, dont la couleur ressemble à celle de la mer et dont le sang est noir comme de l’encre. On met le sang dans une cuve, accompagné de certains ingrédients, comme le kimonia ou un ingrédient aux propriétés semblables, comme le font les teinturiers; on le fait bouillir, et on y plonge la laine jusqu’à ce qu’elle prenne la couleur du ciel; tel est l’azur pour les franges.
  3. Le tekhélet des tsitsit doit avoir été teint pour la mitsva. S’il n’a pas été teint pour la mitsva, il est impropre à l’utilisation. Si l’on a teint un peu de laine dans la cuve qui contient la teinture afin de tester la qualité de cette dernière, toute la teinture qui reste dans la cuve devient impropre à l’utilisation. Comment doit-on donc procéder pour tester la teinture ? On prend un peu de teinture de la cuve à l’aide d’un petit récipient, et on y place la laine devant servir à l’essai. La laine du test est ensuite brûlée, puisqu’elle a été teinte comme essai et non pour la mitsva des tsitsit, et la teinture qui se trouve dans le petit récipient est renversée, parce qu’elle a été entamée et est devenue impropre. On teint ensuite la laine destinée à servir de tekhélet avec le reste de la teinture qui n’a pas été entamé.
  4. La laine azur pour les tsitsit ne peut être achetée qu’à un expert, car on craint qu’elle n’ait pas été teinte à l’intention de la mitsva. Et bien qu’elle ait été achetée à un expert, s’il est arrivé qu’elle a été testée et que le test indique qu’elle a été teinte avec l’une des autres substances colorantes noires qui ne subsistent pas sans s’altérer, elle est impropre.
  5. Comment teste-t-on la laine d’azur pour savoir si elle a été teinte conformément à la loi ou non? On prend de la paille, des sécrétions de limace et de l’urine ayant fermenté quarante jours durant; on laisse tremper la laine d’azur dans tous ces ingrédients pendant vingt-quatre heures. Si sa couleur subsiste et ne s’affaiblit pas, elle est valable. Mais si elle s’atténue, un second test est nécessaire : on prend une pâte à base de farine d’orge que l’on a fait fermenter pour de la sauce de poisson (muria); on met cette laine d’azur dont l’aspect a changé à l’intérieur de cette pâte, et l’on cuit la pâte au four. On retire ensuite la laine d’azur du pain et on l’observe: si sa couleur s’est encore affaiblie, elle est impropre. Mais si elle s’est accentuée et a foncé par rapport à son aspect d’avant la cuisson, elle est valable.
  6. Une cour dans laquelle on vend de la laine azur et dont le sérieux a été reconnu, on peut y acheter de la laine azur sans vérification : cette présomption de validité demeure tant qu’elle n’a pas été remise en question. De la laine azur qui a été mise en dépôt chez un gentil est impropre, de crainte qu’il ne l’ait échangée. Mais si elle se trouvait dans un récipient fermé par un double sceau, ce qu’on appelle un «sceau dans un sceau», elle est valable. En revanche, s’il n’y avait qu’un seul sceau, elle est impropre.
  7. De la laine azur trouvée sur la place dumarché, même en fils coupés, est impropre à l’utilisation pour les tsitsit. Mais s’il s’agit de fils retors, ils sont valables. Un habit pourvu de franges qui a été acheté à un juif au marché est présumé conforme à la loi. Concernant un tel habit acheté à un gentil, la règle suivante est appliquée : si on l’a acheté à un commerçant, il est valable car on suppose que ce dernier aura acheté cet habit à un juif expert ; mais si on l’a acheté à un gentil qui est un particulier, il est impropre.
  8. Pour un vêtement entièrement rouge, entièrement vert ou d’une autre couleur, les fils normalement blancs des franges doivent être faits de la même couleur que le vêtement, c’est-à-dire que si le vêtement est vert, on fait des fils verts, et si le vêtement est rouge, on fait des fils rouges. Si le vêtement est entièrement en tekhélet, on fait les fils normalement blancs en une couleur autre que le noir, parce que cela apparaît comme le tekhélet. On enroule un fil de tekhélet autour de tous les autres, à la manière des autres franges qui ne sont pas colorées.
  9. Plus sévère est le châtiment de celui qui ne met pas à son vêtement les fils blancs des tsitsit que le châtiment de celui qui ne met pas le fil d’azur. En effet, les fils blancs sont disponibles pour tous, tandis que l’azur n’est pas disponible en tout lieu et à toute époque, parce qu’il s’agit d’une teinte bien spécifique, comme nous l’avons dit.
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