Lois relatives à la prière et à la bénédiction des cohanim
Chapitre cinq
Le fidèle en prière est comparé à un sujet devant son roi. Son attitude doit donc traduire la conscience de se tenir « devant D.ieu ». Ce chapitre expose huit dispositions qui doivent être respectées par déférence.
- Il y a huit choses auxquelles on doit veiller et se conformer quand on prie. Cependant, ce ne sont pas des conditions sine qua non à la récitation de la prière et si l’on se trouve en situation peu commode ou en situation de force majeure, ou même encore si on ne les a pas respectées en transgressant délibérément, elles ne font pas obstacle à l’accomplissement du devoir de la prière. Ces huit choses sont : la position debout, l’orientation vers le Temple, une posture correcte, la correction de la tenue vestimentaire, la correction de l’emplacement, la modulation de la voix, les inclinations et la prosternation.
- La position debout : comment cela ? La Amida est récitée uniquement debout. Celui qui est assis dans un bateau ou dans une voiture se mettra debout s’il le peut ; sinon, il priera assis à sa place. Un malade peut prier en étant même allongé sur le côté, à condition qu’il puisse se concentrer. De même, quelqu’un qui a faim ou soif est considéré comme un malade : par conséquent, s’il est capable de se concentrer, il prie ; sinon, il ne prie pas avant d’avoir mangé ou bu. Celui qui chevauche un animal prie assis à sa place et n’a pas besoin de descendre, même s’il y a quelqu’un pour tenir et surveiller son animal, afin qu’il ait l’esprit tranquille.
- L’orientation vers le Temple : comment cela ? Si l’on se trouve hors de la terre d’Israël, on tourne son visage vers la terre d’Israël pour prier. Si on se trouve en terre d’Israël, on oriente son visage vers Jérusalem. Si on se trouve à Jérusalem, on oriente son visage vers le Temple. Si on se trouve dans le Temple, on oriente son visage vers le Saint des Saints. Un aveugle, quelqu’un qui ne parvient pas à déterminer les directions ou quelqu’un qui voyage en bateau, prie en dirigeant son cœur vers la Présence Divine.
- Une posture correcte : comment cela ? Lorsqu’on prie, on doit avoir les pieds joints. On dirigera ses yeux vers le bas comme si l’on regardait le sol, et son cœur vers le haut, comme si l’on se tenait dans les cieux. On serrera les mains, main droite sur main gauche, contre le cœur, et on se tiendra avec abnégation comme un serviteur devant son maître dans la peur, la crainte et l’effroi. On ne placera pas les mains sur les hanches.
- La correction de la tenue vestimentaire : comment cela ? On arrange tout d’abord sa tenue vestimentaire, on se fait beau et élégant, ainsi qu’il est dit : « Prosternez-vous devant l’Éternel, dans la splendeur de la sainteté ». On ne doit pas prier vêtu d’un simple tricot de corps, ni la tête découverte, ni pieds nus si l’usage local veut que l’on ne se tienne pas sans souliers en présence de gens importants. On ne doit pas tenir des tefiline à la main ou un rouleau de la Thora au bras en priant, parce qu’on serait ainsi préoccupé à ce qu’ils ne tombent pas. Cette règle est valable en tout lieu. On ne doit pas non plus tenir d’objets, ni d’argent à la main. On peut toutefois prier avec le loulav à la main durant les jours de la fête de Souccot, parce que c’est la mitsva du jour. Un homme qui porte un fardeau sur la tête lorsque l’heure de la prière arrive, le rabat sur son dos et prie ainsi, si le fardeau pèse moins de quatre kav. Mais s’il pèse quatre kav ou plus, il doit le poser au sol avant de prier. Tous les Sages et leurs disciples ont l’habitude de prier seulement en étant enveloppés d’un talit.
- La correction de l’emplacement ; comment cela ? On se tient dans un endroit bas, en tournant le visage vers le mur. Il faut aménager des fenêtres ou des portes en direction de Jérusalem afin de prier face à celles-ci, comme il est dit : « Il avait, dans sa chambre supérieure, des fenêtres ouvertes dans la direction de Jérusalem ». On doit avoir une place fixe pour la prière. On ne doit pas prier dans une ruine, ni derrière une synagogue à moins de se tourner vers la synagogue. Il est interdit de s’asseoir à côté d’une personne en train de prier ou de passer devant elle, à moins de s’en éloigner de quatre coudées.
- On ne doit pas se tenir sur un endroit surélevé de trois tefa’him ou plus par rapport au sol pour prier. On ne doit pas non plus prier debout sur un lit, sur un banc ou sur un siège. Concernant une construction surélevée, si elle a une surface supérieure ou égale à quatre coudées sur quatre coudées – ce qui correspond à la surface minimale d’une maison – elle est considérée comme un étage à part entière et il est donc permis de prier à cet endroit. De même, si cette construction est entourée de cloisons de toutes parts, bien qu’elle n’ait pas une surface de quatre coudées sur quatre coudées, il est permis de prier à cet endroit. En effet, cette construction formant un domaine à part, sa hauteur ne se distingue pas.
- Des ouvriers qui travaillent en haut d’un arbre ou sur le dessus d’une rangée de pierres ou d’un mur, doivent descendre pour prier, lorsque l’heure de la prière arrive, après quoi ils retourneront à leur travail. Mais s’ils se trouvent à la cime d’un olivier ou d’un figuier, ils prieront sur place, parce que leur dérangement serait trop important. Quelle prière récitent-ils ? S’ils travaillent pour leur repas uniquement, ils récitent les trois prières quotidiennes de dix-neuf bénédictions. Mais s’ils travaillent pour leur salaire en plus du repas, ils récitent Havinenou, qui est un résumé des bénédictions intermédiaires, précédé des trois bénédictions initiales et suivi des trois bénédictions finales . Dans un cas comme dans l’autre, ils ne célébreront pas d’office collectif et ne réciteront pas non plus la bénédiction des cohanim.
- La modulation de la voix : comment cela ? Il ne faut ni élever la voix dans la prière, ni prier dans son cœur sans prononcer les mots. Plutôt, il faut articuler les mots avec les lèvres en faisant entendre à ses oreilles à voix basse ce que l’on dit. Celui qui prie ne doit pas faire entendre sa voix aux autres, à moins qu’il ne soit malade ou qu’il ne puisse se concentrer sans prier d’une voix audible. Dans ce cas, il en aura le droit s’il prie seul, mais pas s’il prie en communauté, afin que les autres ne soient pas troublés par sa voix.
- Les inclinations : comment cela ? Celui qui prie doit s’incliner cinq fois à chaque prière : au début et à la fin de la première bénédiction, au début et à la fin de la bénédiction de reconnaissance, et lorsqu’il termine la prière, il s’incline et fait trois pas en arrière en étant toujours courbé, puis il salue en inclinant la tête à sa gauche, puis à sa droite et il relève ensuite la tête. Lorsqu’il s’incline les quatre premières fois, il s’incline en prononçant le mot « Béni » et se redresse en prononçant le Nom de D.ieu. Cela s’applique à une personne ordinaire. En revanche, un grand-prêtre s’incline au début et à la fin de chaque bénédiction. Quant au roi, il s’incline au début de la première bénédiction et ne relève pas la tête jusqu’à ce qu’il ait terminé toute sa prière.
- Pourquoi salue-t-on en s’inclinant tout d’abord à gauche ? Parce que la gauche de celui qui prie correspond à la droite de la Présence divine qui lui fait face. En effet, lorsqu’on se trouve devant un roi, on salue en s’inclinant d’abord à la droite du roi, puis à sa gauche ; or les Sages ont établi que l’on prenne congé de la prière comme l’on prend congé d’un roi.
- Pour toutes ces inclinations, il faut se courber au point que toutes les vertèbres de la colonne vertébrale fassent saillie et que le corps forme un arc. Celui qui s’incline légèrement en faisant un effort, de sorte qu’il apparaît qu’il se courbe de toutes ses forces, par exemple, une personne malade ou âgée, n’en éprouvera pas de scrupule.
- La prosternation : comment cela ? Après avoir redressé la tête à la fin de la cinquième inclination qui marque la conclusion de la Amida, on s’assoit sur le sol et on « tombe sur sa face », face contre sol (nefilat panim), et on adresse toutes les supplications que l’on désire. Le terme keria, partout où il est mentionné dans les textes, marque le début de la prosternation et signifie se mettre à terre en se tenant sur les genoux ; kida signifie se prosterner, genoux au sol, en inclinant son corps, face contre terre; et hichta’havaya consiste à étendre mains et pieds, de façon à être complètement allongé, face contre terre.
- Pour la nefilat panim, après la prière de la Amida, certains ont l’habitude de se prosterner en s’inclinant (kida), d’autres de se prosterner en s’étendant complètement sur le sol (hichta’havaya). Cependant, il est interdit par la Thora de se prosterner en s’étendant sur un sol de pierres, si ce n’est dans le Temple, comme nous l’avons expliqué dans les lois relatives à l’idolâtrie. Et un homme important n’a pas le droit de « tomber sur sa face », face contre sol, à moins qu’il soit sûr d’être un juste parfait, comme Josué, et certain d’être exaucé. Mais il peut légèrement incliner la tête, sans la plaquer au sol. On a le droit de faire la prière de la Amida à un endroit et de « tomber sur sa face » (nefilat panim) à un autre endroit.
- C’est une pratique communément acceptée dans tout le peuple juif de ne pas « tomber sur sa face » (nefilat panim) durant le chabbat et les fêtes, à Roch Hachana, à Roch ‘Hodech, à ‘Hanoucca, à Pourim, à min’ha de la veille de chabbat et de la veille de Yom Tov ainsi qu’à la prière d’arvit, n’importe quel jour. Certaines personnes « tombent sur leur face » (nefilat panim) à la prière d’arvit. Le jour de Kippour uniquement, on « tombe sur sa face » à chaque prière, parce que c’est un jour de supplications, de requêtes et de jeûne.
