Lois relatives à la repentance

Chapitre deux

Après avoir établi la nécessité de la techouva pour obtenir l’expiation, le Rambam s’intéresse à la nature exacte de celle-ci. Plus précisément, il définit ce qui caractérise l’abandon de la faute et ses différentes manifestations. Il expose aussi la particularité de la période entre Roch Hachana et Kippour, propice à la techouva. Les derniers paragraphes de ce chapitre sont consacrés au cas de l’offense commise envers autrui.

  1. Qu’est-ce qu’un repentir parfait ? C’est lorsque l’occasion de répéter la faute commise par le passé se présente et que le contrevenant, alors qu’il est en mesure de commettre la faute, s’abstient de fauter, en raison de sa repentance et non par crainte des hommes, ni en raison d’un affaiblissement de sa force physique. Comment cela? Voici qu’il avait eu des rapports interdits avec une femme. Un certain temps après, il s’est retrouvé seul avec elle, dans la même province, alors qu’il éprouvait la même attirance pour elle et possédait toujours la même vigueur physique, mais il s’est abstenu et n’a pas transgressé, c’est un véritable repentant. C’est ce qu’a dit le roi Salomon: «Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse, avant qu’arrivent les mauvais jours et que surviennent les années où tu diras : « Je n’y trouve pas de désir » ».  Et s’il ne se repent qu’à un âge avancé, alors qu’il n’est plus capable de faire ce qu’il faisait, bien que son repentir ne soit pas optimal, il lui sert néanmoins et il est considéré comme un repentant.  Même s’il a commis des transgressions toute sa vie durant et s’est repenti le jour de sa mort, mourant ainsi en situation de repentir, toutes ses fautes lui sont pardonnées, comme il est dit: «avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière, la lune et les étoiles, et que les nuages remontent aussitôt après la pluie», ce qui fait référence au jour de la mort. On en conclut que s’il s’est souvenu de son Créateur et s’est repenti avant de mourir, le pardon lui est accordé.
  1. Qu’est-ce que le repentir? Cela consiste pour le pécheur à abandonner sa faute, à l’extirper de sa pensée et à se résoudre en son cœur à ne jamais récidiver, ainsi qu’il est dit: «Que le méchant abandonne sa voie, l’homme inique ses pensées et qu’il revienne à D.ieu». De même il regrettera d’avoir transgressé, comme il est dit: «Après m’en être retourné, j’ai regretté ; après avoir pris conscience, je me suis frappé la cuisse». Et il prendra à témoin D.ieu, Qui connaît les secrets, qu’il ne commettra plus jamais cette faute, ainsi qu’il est dit: «et nous ne dirons plus «nos dieux» à l’œuvre de nos mains». Il faut se confesser verbalement et exprimer ces résolutions que l’on a prises en son cœur.
  1. Qui se confesse verbalement seulement, sans avoir pris en son cœur la résolution d’abandonner la faute, ressemble à une personne qui s’immerge dans un bain rituel pour se purifier, tout en tenant à la main un rampant mort, qui est une source principale d’impureté : l’immersion ne compte pas pour lui tant qu’il n’a pas jeté le rampant. De même est-il dit: «Qui reconnaît sa faute et l’abandonne obtient miséricorde». Il faut mentionner expressément la faute commise, lorsqu’on se confesse devant D.ieu, ainsi qu’il est dit: «Hélas, ce peuple a commis une grave faute, ils se sont fait des dieux d’or».
  1. Les comportements suivants font partie des chemins du repentir: que le repentant ne cesse d’implorer D.ieu avec pleurs et supplications de pardonner ses fautes ; qu’il distribue la charité à la hauteur de ses moyens ; qu’il s’éloigne considérablement de ce qui a été sa faute ; qu’il change son nom, pour ainsi dire: «Je suis quelqu’un d’autre, je ne suis pas cet homme qui a commis ces méfaits» et qu’il amende toutes ses actions vers le bien et le droit chemin ; qu’il s’exile de son lieu de résidence. L’exil fait expiation de la faute, car il conduit l’homme à l’abaissement, à la modestie et l’humilité.
  1. Il est très louable pour le repentant de se confesser publiquement et de faire connaître aux autres ses méfaits. Il révélera ainsi aux autres les fautes qu’il a commises envers autrui et leur dira: «Certes, j’ai fauté envers untel en lui faisant ceci et cela. Aujourd’hui, je me repens et je regrette». Quiconque se montre orgueilleux et ne fait pas connaître aux autres ses fautes, préférant dissimuler celles-ci, son repentir n’est pas complet, ainsi qu’il est dit: «Celui qui dissimule ses péchés ne réussira pas». Dans quel cas cela s’applique-t-il? Concernant les fautes commises envers autrui. En revanche, il n’est pas besoin de publier les fautes commises à l’égard de D.ieu ; au contraire, ce serait faire preuve d’effronterie que de révéler ses fautes. Plutôt, on se repentira devant D.ieu, béni soit-Il, en énumérant ses fautes devant Lui et, en public, lorsque d’autres entendent les mots que l’on prononce, on confessera ses fautes en utilisant une formule globale. C’est un bienfait pour l’homme que sa faute n’ait pas été révélée, comme il est dit: «Heureux celui dont les fautes sont remises, dont les péchés sont couverts».
  1. Bien que le repentir et le cri vers D.ieu soient toujours bénéfiques, ils le sont d’autant plus durant les dix jours entre Roch Hachana et Kippour et sont alors immédiatement acceptés, ainsi qu’il est dit: «Recherchez D.ieu quand Il est accessible, appelez-Le quand Il est proche». Dans quel cas a-t-on établi une différence entre les dix jours de repentance et le reste de l’année? Concernant le repentir et la prière d’un particulier. En revanche, s’agissant de la collectivité, à tout moment où la collectivité se repent et crie vers D.ieu d’un cœur entier, elle est immédiatement exaucée, ainsi qu’il est dit: «Quel grand peuple a des divinités aussi proches, comme l’Éternel notre D.ieu l’est de nous à chaque fois que nous l’invoquons».
  1. Le jour de Kippour est un temps de repentir pour tous, pour l’individu comme pour la multitude; c’est l’aboutissement de la période destinée pour Israël à la rémission et au pardon. C’est pourquoi, tous les juifs ont l’obligation de se repentir et de se confesser le jour de Kippour. Le devoir de confession le jour de Kippour consiste à commencer à se confesser la veille, avant de prendre le repas précédant le jeûne, de crainte que l’on s’étouffe en mangeant et que l’on meure avant de se confesser. Et bien que l’on se soit confessé avant d’avoir pris son repas, on se confesse de nouveau le soir de Kippour lors de la prière d’Arvit, puis de nouveau à la prière du matin, à la prière de Moussaf, à la prière de Min’ha et à la prière de Néïla. À quel endroit de la prière dit-on les confessions? Lors de la récitation de la prière individuelle, chacun dit les confessions après sa prière, c’est-à-dire à la fin de la Amida, avant de reculer; lors de la prière collective, l’officiant dit les confessions au milieu de sa prière, à la quatrième bénédiction.
  1. La formule de confession adoptée par tout Israël est: «En fait, nous avons (tous) fauté»; c’est là l’essentiel de la confession. Les fautes que l’on a déjà confessées un jour de Kippour, on les confesse de nouveau lors du prochain jour de Kippour même si l’on s’est maintenu dans le repentir et que l’on n’a pas trébuché de nouveau, comme il est dit: «Car je reconnais mes fautes, et mon péché est toujours devant moi».
  1. Le repentir et le jour de Kippour ne font expiation que pour les fautes entre l’homme et D.ieu, par exemple, lorsqu’une personne a mangé d’un aliment interdit, a eu des rapports interdits ou a commis d’autres fautes semblables. En revanche, les fautes commises envers autrui – comme quelqu’un qui a blessé, maudit, volé autrui, etc. – celles-là ne sont jamais pardonnées tant que l’offenseur n’a pas payé à la victime ce qu’il lui doit en réparation et qu’il ne l’a pas apaisée. Même s’il a restitué ce qu’il devait, il doit apaiser la victime et solliciter son pardon. Même s’il n’a contrarié son prochain que verbalement, il doit l’apaiser et le prier instamment jusqu’à ce que ce dernier lui pardonne. S’il n’accepte pas de pardonner, l’offenseur fait venir une délégation de trois de ses amis et ils le prient instamment de pardonner. S’il n’accède pas à leur demande, l’offenseur fait venir à nouveau une délégation de trois amis une seconde, puis une troisième fois. Et s’il se refuse toujours à pardonner, l’offenseur le laisse et s’en va. Celui qui n’a pas pardonné est alors le fautif. En revanche, s’il s’agit d’une offense faite à son maître qui lui a enseigné la Thora, l’offenseur devra continuer d’aller et venir, fût-ce mille fois, jusqu’à ce que son maître lui pardonne.
  1. Un homme n’a pas le droit d’être cruel en refusant de se laisser apaiser lorsqu’on lui demande pardon. Au contraire, il se laissera facilement apaiser et sera difficilement irritable. Et lorsque l’offenseur lui demandera pardon, il lui pardonnera d’un cœur entier et de bonne volonté. Même si l’offenseur l’a persécuté et lui a causé beaucoup de tort, il ne se vengera pas et ne gardera pas rancune. Telle est la ligne de conduite observée par la descendance d’Israël et dictée par leur cœur droit. Mais les païens au cœur insensible ne se comportent pas ainsi et gardent une haine sans fin. De même est-il dit au sujet des Gabaonites, parce qu’ils ne pardonnèrent pas et ne se laissèrent pas apaiser malgré les sollicitations du roi David: «Or, les Gabaonites ne faisaient pas partie des enfants d’Israël».
  1. Celui qui a commis une faute envers autrui, si l’offensé est mort avant qu’il ne lui ait demandé pardon, il fera venir dix personnes auprès de sa tombe et déclarera devant eux: «J’ai fauté envers l’Éternel, D.ieu d’Israël, et envers cette personne à qui j’ai fait ceci et cela» et il lui sera pardonné. Et s’il lui devait de l’argent, il le restituera à ses héritiers ; s’il ne sait pas qui est l’héritier, il déposera l’argent au tribunal et confessera devant les juges sa faute.
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